Antoine de Talhouët-Roy : « L’obstacle est l’une des deux jambes du galop français ! »

Élevage / 26.09.2019

Antoine de Talhouët-Roy : « L’obstacle est l’une des deux jambes du galop français ! »

Le haras des Sablonnets réalise une remarquable percée sur les obstacles, en tant qu’éleveur, mais aussi en tant que propriétaire. Antoine de Talhouët-Roy nous a confié les coulisses de cette diversification réussie et grandissante.

Par Adrien Cugnasse

En 2018, Quel Destin (Muhtathir), élevé en association avec Lucien Bermond, a gagné deux Groupes dont le Coral Finale Juvenile Hurdle (Gr1). Mais l’année 2019 est un cru encore supérieur pour le haras des Sablonnets. En effet, pas moins de six produits de cet élevage (en nom propre ou en association) ont décroché du caractère gras. Grakownia (Barastraight) s’est classée deuxième du Prix d’Iéna (L). Massila (Barastraight) est une spectaculaire gagnante du Prix Finot (L). Tombée du Ciel (Zanzibari) a pris la troisième place du Prix Girofla (L). Ciel de Neige (Authorized) s’est classé troisième du Boodles Juvenile Handicap Hurdle (Gr3) à Cheltenham. Baie des Îles (Barastraight), lauréate du Prix des Drags (Gr2) 2018, a décroché la deuxième place du BBA Ireland Limited Opera Hat Mares Chase (L), en février 2019, à Naas. Gagnant de Gr1 en 2017, Top Notch (Poliglote), a remporté le 32Red Casino Chase (L) en janvier à Kempton.

Merci Barastraight ! Antoine de Talhouët-Roy nous a confié : « Je suis le premier étonné par ce taux de réussite sur les obstacles. Ce qui est très agréable, c’est que trois de ces chevaux sont issus de notre étalon Barastraight (Barathea). En outre, Tombée du Ciel est une fille de Zanzibari (Smart Strike), lequel a rejoint notre cour d’étalons avant les débuts de sa fille. » Proposé à seulement 1.000 €, Barastraight est déjà le père de sept black types dont les lauréats de Groupe Easy Game (Navan Novice Hurdle, Gr2), Baie des Îles (Prix des Drags, Gr2) et Forthing (Grand Prix de Pau, Gr3). Or, sur ses dix saisons de reproduction, il ne compte qu'une génération avec plus de vingt produits. Il a connu un regain d'intérêt en 2019 avec 45 saillies. Antoine de Talhouët-Roy poursuit : « C’est un cheval qui a très peu sailli, mais ses statistiques sont excellentes, surtout qu’il n’a pas forcément eu de bonnes juments. Les gens lui reprochent d’être alezan. Chez les reproducteurs, il y en a pourtant de très bons, comme Tip Moss (Luthier), Doctor Dino (Muhtathir) ou encore Muhtathir (Elmaamul) ! Les responsables du haras de Cercy m’ont sollicité pour Barastraight et je les remercie pour l’intérêt qu’ils portent à mon étalon. Ce n’est pas une décision facile mais j’ai choisi de le conserver chez nous. J’espère que les gens vont ouvrir les yeux sur ses qualités de reproducteur. C’est aussi un cheval attachant, très gentil, proche de l’homme. Je vais continuer à le soutenir. Benoît Gabeur est le coéleveur de Top Notch mais aussi de Massila. Après la victoire de cette dernière, il m’a confié non sans humour : « Je crois que je ne vais pas avoir le choix, il va falloir que je réutilise Barastraight ! » C’est un cheval que j’ai acheté par l’intermédiaire de Laurent Benoit aux États-Unis où il était un peu oublié. Il a débuté la monte ici en 2010. Nous avons toujours cru en lui. Il a l’air de suivre le chemin de Smadoun (Kaldoun), mon cheval de cœur, qui avait débuté de manière modeste au haras avant d’atteindre les sommets de la compétition avec le temps. »  

Saisir les opportunités du programme. Antoine de Talhouët-Roy a délibérément fait le choix de faire courir sur les obstacles et nous a confié : « Comme beaucoup de monde, j’avais bien noté le fait que le programme black type pour femelles de 3ans allait se densifier. C’est l’un des facteurs qui m’ont incité à conserver certaines de nos élèves dans l’objectif de les valoriser sous les couleurs du haras. Elles se sont toutes bien comportées. Trois sur quatre sont black types : Grakownia, chez Arnaud Chaillé-Chaillé, Massila, sous la responsabilité de Gabriel Leenders, et Tombée du Ciel, chez Anne-Sophie Pacault. La quatrième, Messaline (Smadoun sur une mère par Barastraight), a débuté par une victoire sur les haies des Sables-d'Olonne. Parmi les inédits, il y a Inspecteur Ledru (Smadoun) qui est chez Donatien Sourdeau de Beauregard. Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup Ric Hochet, la bande dessinée dont Inspecteur Ledru est l’un de ses personnages. C’est un poulain qui est bien nommé, car il est doué pour l’investigation : si vous allez le voir au box, il vous fait les poches ! »

L’amour de l’obstacle. Antoine de Talhouët-Roy explique son goût pour cette discipline : « Je me sens très à l’aise dans le monde de l’obstacle, je me retrouve dans ses valeurs. Il y a un supplément d’âme dans cette discipline. On y parle de sport et d’amour du cheval, pas de trading. C’est aussi un univers à l’ambiance très familiale. J’apprécie sa simplicité, dans le bon sens du terme. Dans la vie, il est toujours plus agréable de pouvoir faire les choses simplement. L’obstacle, c’est aussi un spectacle exceptionnel. Un bon sauteur, c’est un régal pour les yeux. Et de grandes émotions, avec de multiples rebondissements et beaucoup de suspens. Je suis très heureux de voir que deux de mes trois enfants me suivent dans cette aventure. Ils viennent avec plaisir à Auteuil lorsque nous avons un partant. J’ai beaucoup de chance de vivre ces instants privilégiés à leurs côtés. D’une manière plus générale, je pense pouvoir dire que l’obstacle est l’une des deux jambes du galop français. Attaquez une jambe et le corps s’écroule. Il faut coûte que coûte défendre le 2/3 1/3. Chaque jour, on mesure l’importance de l’obstacle pour notre filière en termes d’économie, de mise en valeur du savoir faire français, de formation des hommes de chevaux… Si on touche à l’obstacle, les passionnés ne se redirigeront pas vers le plat. Ils n’en ont pas les moyens. Ils quitteront le monde des courses, tout simplement. »

Le droit de rêver. Si Tombée du Ciel a été exportée en Grande-Bretagne au mois de mai, pour le compte de Simon Munir et d'Isaac Souede, ce n’est pas le cas de Grakownia et de Massila. Au sujet de cette dernière, Antoine de Talhouët-Roy explique : « Massila a gagné le Prix Finot de 12 longueurs, avec une spectaculaire réduction kilométrique. Selon la presse, cela ne s’était pas vu depuis plusieurs décennies. Avec elle, nous avons le droit de rêver ! Forcément, nous avons eu des offres. Mais elle n’est pas sur le marché. Avec les chevaux, on est partagé entre la raison et le rêve. C’est le premier cheval que je confie à Gabriel Leenders, qui est issu d’une famille que j’estime beaucoup et j’ai envie de continuer l’aventure. »