Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Cristian Demuro : « Une des raisons qui m’ont poussé à venir en France, c’était le rêve de gagner le Prix de l’Arc de Triomphe »

Courses / 20.09.2019

Cristian Demuro : « Une des raisons qui m’ont poussé à venir en France, c’était le rêve de gagner le Prix de l’Arc de Triomphe »

Samedi, Cristian Demuro a battu son record de 100 victoires en une saison sur le sol français. Le lendemain, il décrochait la 102e avec Sottsass, le cheval qui peut lui permettre d’accomplir son rêve d’enfant : remporter l’Arc…

Par Franco Raimondi

Ce jeudi soir, Demuro comptait donc 103 succès. Il ne cesse d’améliorer ses statistiques depuis son arrivée en France, en 2013. Il a franchi le cap des 1.500 victoires. Outre sa réussite en Italie (845), en France (514) et dans le circuit de la JRA (138), il s’est offert des victoires dans la Ligue 2 du Japon, aux États-Unis et même à Royal Ascot. Onze saisons, dont neuf avec plus de 100 victoires, c’est quelque chose… Bien dans sa tête, Cristian Demuro nous confie : « Comme chaque année, l’objectif était de faire mieux que la précédente. C’est chose faite grâce au travail de mon agent, Bruno Barbereau, et de mon patron, M. Gérard Augustin-Normand. Je suis très heureux car je sens que j’ai la confiance des entraîneurs. En début de saison, on ne sait pas sur quels chevaux on va pouvoir compter. Le cas de Sottsass dans le Qipco Prix du Jockey Club (Gr1) est très représentatif. »

Soixante-cinq Groupes et un rêve… Si Cristian Demuro a enregistré 65 succès de Groupe en huit saisons, il n’a encore jamais remporté une épreuve de ce niveau lors du week-end de l’Arc. Sa victoire la plus importante a été obtenue avec Dice Roll (Showcasing) dans le Critérium de la Vente d’Octobre Arqana (Classe 1). Le jockey nous explique : « Peut-être que cette année sera la bonne. Et pourquoi pas dans la plus belle ?… Une des raisons qui m’ont poussé à venir en France, c’était le rêve de gagner le Prix de l’Arc de Triomphe. Et je suis finalement tombé sur un vrai cheval d’Arc comme Sottsass. J’avais déjà eu le bon feeling à Chantilly quand il a remporté le Jockey Club. Sa rentrée dans le Prix Niel (Gr2) est une confirmation. »

Retour sur le Prix Niel. Cristian Demuro revient avec beaucoup de recul sur une course dont le scénario a failli virer à la catastrophe : « Je ne voulais pas lui donner une course dure, surtout pour son premier essai sur 2.400m. J’ai préféré courir le risque de me retrouver enfermé plutôt que de le pousser et le mettre dans le rouge pour garder le sillage du leader. C’est pour ça que je me suis retrouvé bloqué à la corde. J’aurais pu carrément arrêter Sottsass et le déboîter en faisant le tour du petit paquet, mais c’était encore plus risqué. » Tous ceux qui ont assisté au Prix Niel 1997 ont pensé : est-ce que Cash Asmussen, à la place d’Olivier Peslier, aurait laissé Sottsass et Demuro se décaler de la corde ? Cristian avait 5 ans à l’époque : « Je n’ai aucun souvenir de cette course-là, même si j’en ai entendu parler… Olivier est un confrère très correct, il a monté Mutamakina (Nathaniel) pour gagner, pas pour me coincer à la corde. C’est la première règle de ce métier : on est là pour monter son cheval, pas pour gêner un autre ou régler ses comptes avec un confrère.  Quand un petit passage s’est ouvert, Sottsass en a profité car il était plein ressources. Je trouve qu’il a gagné de façon très impressionnante, en quatre foulées et sans avoir une course dure. Cette rentrée m’a rassuré aussi sur sa tenue, car son leader a imposé un train très sélectif. »

En mode analyste. Le pilote italien s’est familiarisé avec la science du chrono de son agent. C’est désormais en fin connaisseur qu’il analyse les trials de dimanche dernier : « Les chronos des trois courses sur 2.400m sont sur la même ligne, à une différence près : Sottsass a gagné son trial presque sans courir. Voilà déjà la première raison de mon optimisme pour le jour J. Il y a encore du chemin à faire mais, à l’exception d’Enable (Nathaniel), je ne vois pas un cheval meilleur que Sottsass. Par exemple, je n’échangerais pas mon cheval avec Japan (Galileo). La ligne du Niel (Gr2) est peut-être un peu sous-estimée, mais je sais que j’avais plein de gaz. Je suis convaincu que dans une course idéale, avec le chemin dégagé à 400m du poteau, il aurait gagné au canter par quatre longueurs… »

Les détails font la différence. Sottsass est un cheval d’Arc mais, de là à le gagner, le chemin est encore long. Cristian Demuro a déjà sa petite idée sur le déroulement de la course : « Je pense que ce ne sera pas un Arc à 18 partants. À mon sens, c’est une bonne chose, car il y aura moins d’aléas. Il y a des chevaux qui vont devant, Coolmore mettra un de ses leaders, Enable aime partir de loin… Il faut s’attendre à une course régulière, dans laquelle chacun aura sa chance. C’est vrai que l’Arc de Triomphe est toujours une course particulière, avec une ambiance spéciale, et chaque détail a son importance. Déjà, au tirage au sort, une mauvaise place à la corde peut vite vous desservir. Il faut surtout que le cheval soit capable de résister à la pression de l’avant-course. À ce sujet, j’ai trouvé Sottsass plus cool que dans Prix du Jockey Club. Il suait un peu au rond mais il s’est vite calmé. »

Pas de Japon cette année. L’année dernière, Cristian Demuro s’est envolé pour le Japon une fois franchi le cap des 100 victoires. Son programme pour cet hiver sera différent : « J’aime bien le Japon et l’ambiance là-bas. En plus, j’y retrouve mon frère Mirco. Le week-end dernier, il a remporté son millième succès. Mais, cette année, c’était très dur d’obtenir une licence. Je sais que Lanfranco Dettori passera presque deux mois au Japon. D’autres pilotes de premier ordre comme Christophe Soumillon, Ryan Moore, William Buick et Oisin Murphy ont demandé leur licence. Ils m’ont proposé une licence de deux semaines, mais ça ne valait pas le coup, car ça ne me laisse pas le temps de trouver de bonnes montes et la concurrence sera très dure. Je resterai en France avec l’objectif de conserver ma quatrième place au classement des jockeys et pourquoi pas de me rapprocher de la troisième place. Je me sens bien ici et 2020 sera placé sous le même signe que 2019, avec le même agent, la même casaque et la volonté de toujours faire mieux. »

LES VICTOIRES DE CRISTIAN DEMURO DEPUIS 2009

Année

En France

Au Japon

En Italie

Total

Groupes

2019

103

3

106

8

2018

100

18

12

130

10

2017

91

29

13

133

14

2016

87

17

104

10

2015

66

34

31

131

5

2014

45

12

35

92

5

2013

22

29

50

101

7

2012

16

264

280

6

2011

222

222

2010

153

153

2009

45

45

Total

514

138

845

1497

65