Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Faisons simple : il nous faut des bookmakers à parapluie et une garderie géante

Courses / 19.09.2019

Faisons simple : il nous faut des bookmakers à parapluie et une garderie géante

Par Mayeul Caire

Sans public sur les hippodromes, les courses mourront. Pour le faire revenir, nous avons deux propositions : des bookmakers hurleurs sous toiles colorées et une méga-garderie pour que papa et maman finissent par préférer les courses à tout autre endroit le dimanche.

Il n’y a pas de grand sport sans des tribunes pleines – et peu importe qu’il y ait ou non du monde devant la télévision. Une tribune pleine valide la popularité d’un sport, rassure les diffuseurs télévisuels et attire les sponsors. Surtout si les spectateurs ont payé cher leur place et surtout si l’enceinte recèle un nombre record de sièges. L’archi-archétype (pardon pour la répétition) de ça, c’est le Superbowl : record pour le prix des billets, record d’entrées, record d’audience et record de recettes publicitaires.

Chaque sport a ensuite ses recettes pour attirer du monde. Mettons de côté le football, un peu hors catégorie en tout, et penchons-nous sur les autres sports, plus comparables au nôtre.

Tous, ou presque, misent d’abord et avant tout sur le vivier de pratiquants. Logique… sauf que le problème, c’est que les courses n’ont pas – ou presque pas – de pratiquants. Et il en sera ainsi tant que les courses de poneys ne seront pas un phénomène de mode national, encouragé de concert par la Fédération française d’équitation et France Galop/LeTrot.

Nous avons un atout que les autres n’ont pas : le droit (toujours quasi monopolistique d’ailleurs) d’organiser des jeux d’argent sur le site de la compétition sportive. Cet avantage concurrentiel a, pendant des années, rempli nos tribunes, surtout à l’époque où le PMU ne proposait pas de paris l’après-midi. Pour celui qui voulait jouer en direct, c’était l’hippodrome ou presque rien, si ce n’est quelques rares Points courses en direct. La prise de paris sur les hippodromes reste à réinventer, même si les guichetiers itinérants implantés récemment sont plutôt une bonne idée. Il faudrait leur ajouter des points fixes vivants et voyants, inspirés des bookmakers et de leurs grands parapluies de couleur… avec autorisation et même recommandation de crier les cotes. On nous dit qu’un peu de cote fixe pourrait être introduit en France : pourquoi pas une expérimentation à petite échelle sur hippodrome ? Cela donnerait un avantage à l’hippodrome sur le point PMU, et donc une bonne raison aux gens de se déplacer.

Mis à part les joueurs, qui veut-on attirer ? Les jeunes ? Ok. Il faut leur donner à boire, mettre la musique à fond sitôt la dernière course courue et ne fermer l’hippodrome qu’à la tombée de la nuit. Ça, c’est validé, ça fonctionne… et ça s’appelle les Jeuxdis de ParisLongchamp.

Les familles ? Ah, les familles… Ces drôles de gens qui ont la curieuse idée de faire des enfants. Ma question est : doit-on cibler les enfants ? Faut-il leur réserver des attractions tellement exceptionnelles qu’ils se rouleront par terre jusqu’à ce que leurs parents, n’y tenant plus, se résolvent à prendre la route d’Auteuil ou de Longchamp ? Personnellement, je n’y crois pas une seconde. Nous pouvons faire tous les efforts du monde, nous serons toujours en dessous des Disneyland et consorts de toute espèce.

Mais alors ? Alors la question des enfants sur un hippodrome se pose, selon moi, différemment. Il s’agit simplement de garantir aux parents qui ont envie d’aller aux courses qu’ils trouveront un lieu sécurisé et divertissant où leurs enfants ne s’ennuieront pas au point de ne plus jamais vouloir revenir.

Une grande garderie pour enfants de tous âges, où le temps d’attente avant entrée est inférieur à cinq minutes, car les parents ne sont pas plus patients que leurs enfants. Surtout s’ils ne veulent pas rater la deuxième course, après avoir manqué la première parce que le gigot de belle-maman est non négociable.

L’important, ce ne sont pas les jeux. L’important, en premier, c’est que les parents qui viennent d’abandonner leur progéniture se sentent suffisamment rassurés par l’endroit pour pouvoir penser un peu à eux (c’est mérité quand on a travaillé toute la semaine). L’important, en second, c’est qu’il n’y ait pas trente minutes de queue à l’entrée. L’important, c’est qu’on ne fasse la queue qu’une seule et unique fois pour entrer dans le "Luna Park" et pas quinze fois dans l’après-midi à chaque fois que l’on change d’attraction. Après, vous pouvez leur donner des Lego géants, des ballons de football ou des pistolets à eau, les enfants seront toujours heureux. Ils vous diront merci et ne demanderont qu’à revenir aux courses. Vous serez heureux pour eux, heureux pour vous, et un peu déculpabilisés de cette double entorse à la morale bourgeoise : jouer de l’argent et abandonner vos enfants à des inconnus.

En attendant, les hippodromes seront pleins et l’amélioration de la race chevaline vous en sera éternellement reconnaissante.