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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Jean-Claude Rouget : « Le manque de partants des Arc Trials ? D’abord une conséquence de la politique générale ! »

Courses / 17.09.2019

Jean-Claude Rouget : « Le manque de partants des Arc Trials ? D’abord une conséquence de la politique générale ! »

Par Adeline Gombaud

Sottsass (Siyouni) a dominé d’une classe le Qatar Prix Niel (Gr2) ce dimanche, la course que Jean-Claude Rouget avait choisie pour le préparer au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Une course de cinq partants seulement, et l'entraîneur a son explication...

Jour de Galop. – John Gosden a déclaré dans nos colonnes que Sottsass l’avait impressionné, et qu’il voyait en lui le danger principal pour Enable, avec Japan, un autre 3ans. Que lui répondez-vous ?

Jean-Claude Rouget. – Que Sottsass n’a aucune référence face aux principaux favoris de l’Arc, que ce soit Enable, Japan, Waldgeist, Magical… On verra le jour J s’il a le niveau de ces chevaux ! En attendant, le cheval est bien rentré de sa course. C’est le principal.

Sottsass a gagné le Niel en ne faisant réellement que 150m de course. « C’est parfait », avez-vous commenté, en rappelant que l’Arc arrivait dans trois semaines… Pourquoi avoir choisi cette course, si vous estimez qu’elle est trop proche de l’Arc ?

Il n’y avait pas beaucoup d’autres options. La seule, cela aurait été de courir le Guillaume d’Ornano, mais je n’avais pas envie de le préparer pour courir le 15 août. Il avait besoin de plus de temps après avoir gagné un Jockey Club couru sous une forte chaleur. Cela peut marquer les organismes… On voit d’ailleurs que cette course a fait du mal. Heureusement, Sottsass est un poulain solide et il est encore là !

Pensez-vous que quatre semaines entre les Arc trials et l’Arc serait un délai plus pertinent ?

La tradition veut que ces courses se disputent à trois semaines de l’Arc. Mais pourquoi ne pas en discuter ? Ce n’est pas non plus gravé dans le marbre ! Pour les trois courses sur 2.400m, oui, je pense qu’un intervalle de quatre semaines serait plus pertinent. Parce que 2.400m, en terrain léger, par temps chaud, cela peut laisser des traces. C’est sans doute moins vrai pour des courses comme le Pin ou le Petit Couvert…

Est-ce ce délai qui explique, selon le vous, le manque de partants dans le Niel et le Foy ?

Le Niel, de tout temps, on sait que c’est la course d’un cheval, du meilleur 3ans, et que cela peut faire fuir les autres… Mais plus généralement, s’il n’y avait pas plus de partants dans ces courses, c’est qu’il n’y avait tout simplement pas assez de chevaux de cette qualité en France ! D’une part, cette année, il y a eu certainement plus de "casse" qu’à l’accoutumée compte tenu des conditions climatiques. D’autre part, et c’est pour moi la réelle explication, on paye la politique générale du galop français en matière de programme et de répartition des allocations...

Qu’entendez-vous par là ?

Rien n’est fait pour inciter les propriétaires à investir dans les jeunes chevaux. Prenons l’exemple d’une Classe 2 : il y a 14.000 € à gagner pour le lauréat. Et il faut un cheval en 40 de valeur au moins pour les gagner ! À côté de ça, on a des handicaps remportés par des chevaux en 23 de valeur pour 11.500 € d’allocation au premier ! Il y a trop d’argent pour les mauvais chevaux. Je ne parle pas des chevaux moyens. Je parle des mauvais, ceux en moins de 25 de valeur… Oui, il faut changer les répartitions des allocations, mais en donnant plus aux chevaux entre 37 et 42 de valeur ! Cela représente beaucoup de chevaux et ce sont eux les dindons de la farce. La nouvelle configuration du programme n’a rien arrangé. Que fait-on avec un cheval en 37 ou 38 de valeur ? On peut essayer un Quinté, très difficile à gagner, mais une fois qu’on l’a gagné, il faut aller vers les gros réclamers… Si on en trouve, car les réclamers à gros taux deviennent rares à l’automne ! Voilà ce que l’on propose aux propriétaires qui investissent dans les jeunes chevaux… On est loin du rêve. Regardez en Angleterre : ils ont un réservoir de bons chevaux bien supérieur aux nôtres ! Un cheval comme Headman a gagné deux Grs2 chez nous, alors qu’il n’a pu faire l’arrivée dans les Irish Champion Stakes. Si le programme continue à se refermer (disparition de plusieurs paliers ces dernières années), les Britanniques viendront de plus en plus souvent courir nos courses. Quant à la répartition des allocations entre Paris et les pôles nationaux pour les jeunes chevaux, la différence du niveau des allocations, de l’ordre de 40 % pour les maidens, ne correspond pas à la différence de qualité des chevaux.

Le 41/59 de Jean-Claude Rouget

Jean-Claude Rouget aime les chiffres et pour illustrer ses propos, il a fait quelques calculs. Au 16 septembre, il a couru 146 chevaux différents. Les cinq les plus riches ont amassé 41 % des allocations totales de l’écurie (hors prime propriétaire). Les 141 autres ont donc gagné 59 % du total. Soit un gain moyen de 17.085 €. « C’est la démonstration par les chiffres qu’il y a beaucoup d’argent pour les très bons chevaux. En gros, Sottsass fait notre année ! Mais pour tous les autres, les 17.075 € sont bien maigres en regard des investissements consentis par leurs propriétaires ! »