La période dorée de Jean de Cheffontaines

Élevage / 08.09.2019

La période dorée de Jean de Cheffontaines

La période dorée de Jean de Cheffontaines

Par Adeline Gombaud

« Au premier semestre, je n’ai pas gagné une course et j’ai perdu un yearling… Depuis le 1er août, j’ai eu cinq partants… pour cinq victoires ! Ce sont les courses, avec leurs hauts et leurs bas. Il faut savoir faire le dos rond, surtout lorsqu’on élève. Je savoure. Ces victoires, c’est avant tout une grande joie. » Jean de Cheffontaines est un propriétaire-éleveur comblé. Plegastell (Planteur), Cavan Joa (Kentucky Dynamite) et Merlevenez (Whipper), les trois chevaux qui défendent sa casaque cette année, viennent de lui offrir un coup de cinq en cinq semaines… Et Alpha Joa (Kentucky Dynamite), qui court sous les couleurs de Rouge et Gris Racing, une entité créée par Jean de Cheffontaines, et qui regroupe un cousin et deux de ses amis, a réalisé un beau meeting de Clairefontaine.

Plegastell, et les intuitions d’Édouard Monfort. La star de l’écurie, pour le plat, c’est Plegastell, la lauréate du Prix Étalons du Haras de Montfort & Préaux - Critérium de l’Ouest (L) pour sa deuxième sortie seulement. Plegastell a mis en lumière son tout jeune entraîneur, Édouard Monfort, et Jean de Cheffontaines se félicite de lui avoir fait confiance dès son installation : « En 2018, je n’ai eu qu’une seule yearling. J’avais choisi Planteur pour la mère de Plegastell car cette famille croise bien avec le sang de Danehill. Comme j’élève pour faire courir, je m’occupe peu des modes. Planteur est un superbe cheval, performant jusqu’à 6ans, avec quatre entraîneurs différents… Étant breton d’origine, j’ai une certaine sympathie pour la famille Monfort et j’avais dit à Édouard que je lui mettrais un cheval quand il s’installerait. C’est ainsi que Plegastell est arrivée chez lui. Mais je mentirais si je disais que c’était juste une question de sympathie. Pour moi, Édouard était, de loin, le meilleur gentleman de sa génération. C’était vraiment un grand cavalier. C’était une certaine garantie pour sa carrière d’entraîneur ! Et il s’avère qu’il est très doué dans son nouveau métier. Outre ses qualités d’homme de cheval, qu’il a su inculquer à son équipe et notamment au cavalier du matin de Plegastell, il a aussi cette science de l’engagement… Je n’aime pas que mes 2ans débutent trop tôt. Donc je lui avais dit que Plegastell pourrait débuter en septembre. Je ne voulais pas non plus qu’elle commence à Deauville, en août. Mais il m’a tout de suite dit qu’il y avait cette Listed à Craon, et qu’il fallait la débuter à Saint-Malo, corde à droite, que ça serait une bonne préparation… »

Le grand saut ? Plegastell a gagné son maiden, puis sa Listed, sans puiser dans ses réserves. Désormais, il faut viser plus haut : « Plegastell n’est pas engagée dans le Marcel Boussac, mais nous réfléchissons à la supplémenter. Nous allons suivre de près le Prix d’Aumale, dimanche, et l’étranger aussi… J’ai aussi vu une très bonne pouliche jeudi, celle de Pascal Bary et de la famille Niarchos ! L’autre option, c’est le Prix de Condé, face aux mâles. Mais ce sera un lundi, à Chantilly, et l’ambiance ne sera évidemment pas la même que celle du dimanche de l’Arc. Cela aussi, on en tient compte ! »

Jean de Cheffontaines a connu une réussite certaine avec ses 2ans, bien qu’il n’élève pas pour faire des poulains uniquement précoces. On lui doit Pleuven (Turtle Bowl), par exemple, qui a gagné le Prix Roland de Chambure (L) avant d’être exporté aux États-Unis. « Je n’aime pas les courses de 2ans du printemps, quand on voit le physique de certains poulains qui ne leur permet pas d’encaisser ce genre d’efforts ! J’ai eu la chance de côtoyer François Boutin. C’était un formidable entraîneur de 2ans. Mais il savait distinguer ceux qui pouvaient être exploités à cet âge, et ceux que l’on devait attendre… De mon côté, j’élève pour courir, même s’il m’arrive de vendre de temps en temps pour des questions de trésorerie. Je veux produire des chevaux qui durent, qui me font plaisir. Et Plegastell, nous en sommes certains, sera meilleure à 3ans ! »

L’obstacle aussi. Jean de Cheffontaines a connu aussi de belles émotions en obstacle, et tout récemment avec Merlevenez, gagnant à Auteuil ce vendredi. Il est entraîné par Antoine de Watrigant, avec qui Jean de Cheffontaines collabore depuis des années. « J’ai confié des chevaux à Antoine pour l’aider quand il a perdu les représentants d’Alain Chopard. Ce n’était pourtant pas très pratique pour moi, vu l’éloignement géographique. J’ai été récompensé car Antoine les a remarquablement bien exploités. C’est aussi un très bon acheteur de yearling. L’obstacle, j’y ai pris goût avec mon père, passionné également de concours hippiques… D’ailleurs, j’aime que mes 2ans sautent, même s’ils ne sont pas destinés à l’obstacle. Cela les canalise, leur apprend l’équilibre… »

L’initiateur. Jean de Cheffontaines est éleveur sans sol. Depuis 2009, il élève au haras de Maulepaire, où stationnent ses trois poulinières. « J’en ai eu jusqu’à cinq, mais j’ai réduit cette année à trois juments. J’ai trouvé le haras idéal pour élever. Pierric Rouxel gère cela de main de maître. L’élevage, vraiment, c’est difficile, c’est une école d’humilité… » Jean de Cheffontaines aime partager sa passion. « C’est même un devoir que nous avons. On accuse beaucoup France Galop de ne pas faire assez de prospection, mais à mon sens, c’est à nous, propriétaires existants, d’attirer de nouvelles personnes. C’est la responsabilité de chacun. Il faut faire attention au message qu’on communique. J’explique à mes amis qu’il faut d’abord aimer les courses et les chevaux, et qu’il s’agit d’un loisir, sans objectif de rentabilité. Quand on part sur des bases saines, c’est plus simple. Gérault de Sèze, par exemple, s’est associé avec moi sur certains chevaux. Il loue 50 % de la carrière de course de Plegastell. Mais jamais je n’impliquerai des "néophytes" dans l’élevage. C’est trop fastidieux, trop long… Je pense qu’il est plus amusant, pour des gens arrivant dans ce monde, de commencer avec un cheval clé en main ! »