Les Deux Glorieuses d’Édouard Monfort

Courses / 03.09.2019

Les Deux Glorieuses d’Édouard Monfort

C’est l’histoire d’une réussite quasiment insolente ! Moins d’un an après son installation comme entraîneur à Luché-Pringé (Sarthe), Édouard Monfort a décroché non pas sa première, mais ses deux premières victoires de Listed. Et cela en l’espace de trois jours, lors des Trois Glorieuses de Craon. Il a répondu à nos questions lundi soir, la tête encore un peu dans les nuages…

Par Anne-Louise Échevin

Jour de Galop. – Samedi, Plegastell (Planteur) vous offre une première Listed dans le Prix Étalons Haras Montfort & Préaux - Critérium de l’Ouest (L). Et, lundi, Just Sherry (Intense Focus) survole le Prix Dirickx - Défi du Galop (L). Deux Listeds en trois jours et en plus à Craon. Pour un homme de l’Ouest, ce doit être un très grand moment ?

Édouard Monfort. – C’est vrai que c’est un peu improbable ! J’étais assez confiant, nous avions visé ces courses, même si les pouliches montaient de catégorie. Et je sais que tout peut arriver dans une course ! Je n’ai pas trop de mots pour expliquer tout ce qu’il vient de se passer… Les courses étaient visées, les chevaux étaient au top et ont répondu présent, il n’y a pas eu d’aléas… Et c’est vrai que Craon est un endroit mythique pour nous, avec une ambiance incroyable : du monde, une vraie foule qui vibre pour les courses. C’est ce que l’on cherche lorsque l’on va aux courses.

Avec Plegastell, c’était un pari car la pouliche venait de s’imposer pour ses débuts à Saint-Malo. Pourquoi aller sur cette Listed et quelle va être la suite ?

C’est une pouliche que nous avons toujours estimée. J’y croyais mais je ne pouvais pas vraiment me permettre de dire, avant la course, que j’allais gagner. Je m’attendais à ce qu’elle coure bien. Pour la suite, nous ne savons pas encore. Il y a des offres donc il est possible qu’elle soit vendue. Sinon, il y a deux autres options : aller sur le Prix de Condé face aux mâles, pour ensuite viser le Critérium de Saint-Cloud, ou aller directement sur le Prix Marcel Boussac.

Directement dans le grand bain !

Oui mais ce n’est pas tous les jours que l’on tombe sur des chevaux comme cela et, dans la vie, il faut oser ! Surtout lorsqu’on est un jeune entraîneur : il faut tenter des choser, rêver… Et se faire plaisir.

Just Sherry avait déjà montré des moyens mais elle a eu un passage à vide au printemps, après avoir couru à Cagnes-sur-Mer. Que s’est-il passé ?

Après Cagnes, la pouliche a souffert d’une entorse. Ensuite, elle a eu beaucoup de mal à fleurir, je ne sais pas trop pourquoi. Elle n’a pas eu de bons résultats mais ne courait pas si mal que cela malgré tout. Et, d’un coup, au mois de juin, elle s’est mise à fleurir. Le fait d’avoir gagné la course de cavalières à Pornichet l’a aussi totalement déclenchée, elle a repris du moral. Et je crois qu’elle ne fait que progresser avec les courses. Le matin, elle était incroyable.

C’est une belle histoire : vous aviez acheté Just Sherry pour seulement 10.500 € à Goffs, et la voilà gagnante de Listed. Qu’est-ce qui vous avait plu chez elle ?

Oui, il y a une vraie histoire avec Just Sherry : c’est le type d’histoires qui fait rêver dans les courses. Un cheval acheté par cher et qui ne fait que progresser. L’an dernier, elle avait beaucoup couru et avait eu des courses dures : lors de ses dernières courses en Angleterre, elle était montée très offensif, avec les œillères. Elle avait couru quelques jours avant son passage en vente et pourtant, lorsqu’elle est sortie de son box, elle n’avait pas l’air d’une jument éprouvée. Alors je me suis dit : elle peut être sympa pour cet hiver, pour courir des petits réclamers… Ce n’est finalement pas ce qu’il s’est passé ! Elle a été mon premier partant, mon premier gagnant, et mon deuxième gagnant de Quinté. De plus, lorsque je l’ai achetée, je n’avais pas de propriétaire. J’ai appelé Franck Raoul, qui est son propriétaire principal. C’est un vieux copain : nous montions ensemble en amateurs et nous nous "tirions la bourre" ! Il a accepté. Et il y a aussi Max [Maxime Monfort, ndlr], Nicolas Even qui est un autre copain, ma sœur, ma copine et moi sur Just Sherry… C’est une belle histoire. Comme l’était ma première victoire de Quinté, avec une jument de l’un de mes anciens mentors, François Rohaut !

Et Plegastell a été l’une de vos toutes premières pensionnaires…

Plegastell est arrivée chez moi le lendemain de la vente d’octobre Arqana. J’ai reçu deux pouliches suite à cette vente, mes deux premières…. Et Just Sherry a été la troisième à arriver dans mes boxes ! Actuellement, j’ai pas mal de jeunes qui n’ont pas encore débuté, des 3ans arrivés tardivement et quelques chevaux d’âge sympas… Je pense que l’on peut réaliser de jolies performances encore au mois de septembre et octobre.

Vous avez actuellement 22 chevaux déclarés à l’entraînement. Étant donné votre réussite, pensez-vous vous développer assez rapidement en nombre ?

Honnêtement, je suis un peu perdu ! Tout est arrivé d’un coup. C’est peut-être même too much, comme on dit. Je sais qu’il faut toujours avancer mais aussi qu’il faut garder la tête froide, ne pas brûler les étapes. Ne pas s’enflammer. Ceci étant dit, il ne faut pas non plus refuser les chevaux !  Je suppose que, durant l’hiver, j’aurai 30 à 35 chevaux. Je vis un peu un rêve. Tout s’est parfaitement enchaîné et quand la forme est là, il faut en profiter. Et il faut penser à viser plus haut, toujours.

Vous avez été l’un des meilleurs amateurs de l’Ouest. Vous avez aussi appris le métier d’entraîneur auprès de Willie Mullins, André Fabre, Jean-Claude Rouget… Cette formation a-t-elle fait la différence ?

Je crois honnêtement que l’amateurisme est la meilleure des écoles. Nous sommes amateurs mais tout de même professionnels. Il faut savoir prendre des claques, se remettre en question… Après, il faut évidemment aller apprendre auprès des meilleurs. Ils ne sont certainement pas là où ils sont par hasard : il y a des raisons à leur réussite.

Et comment expliquez-vous votre réussite ? Au 2 septembre au soir, vous comptabilisez 11 victoires en 2019 – dont deux de Listed – pour 51 partants, soit 21,5 % de réussite à la gagne… Et 52 % de réussite dans les cinq premiers !

Je ne peux pas l’expliquer… Je pense qu’il faut surtout souligner que tout ce qui arrive est la conséquence d’un travail d’équipe. Il n’y a que mon nom sur le programme, mais ce n’est pas que moi. Il y a Lina, mon ostéopathe, Maxime, mon maréchal-ferrant, Stéphane, mon vétérinaire, tous mes employés… Et aussi Mathieu Brasme et son équipe. Vraiment, c’est important. Nous nous sommes toujours épaulés avec Mathieu et, lorsque je me suis installé à Luché-Pringé, dans les écuries de Guy Henrot. Mathieu était là pour m’accompagner, pour me présenter les lieux, les pistes. C’est un endroit formidable ! On comprend bien la réussite de Guy Henrot… C’est un lieu où l’on se sent bien, que l’on soit homme ou cheval. Je suis très content de m’y être installé et, dans l’immédiat, je ne pense pas en bouger.