Qui es-tu, Kiseki ?

International / 08.09.2019

Qui es-tu, Kiseki ?

Qui es-tu, Kiseki ?

Trois chevaux japonais devraient être au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Mais un seul est déjà en France. Kiseki a pris ses quartiers cantiliens chez Gavin Hernon et se prépare à sa rentrée dans le Qatar Prix Foy (Gr2). Ce samedi, il a travaillé vers 7 h 15 sur Les Aigles, en compagnie de Christophe Soumillon.

Par Anne-Louise Echevin

Samedi matin oblige, Kiseki (Rulership) a fait un travail corde à gauche sur Les Aigles. Christophe Soumillon découvrait celui qui sera son partenaire dans le Qatar Prix Foy (Gr2) – et peut-être dans l’Arc – et il l’a laissé galoper sur la main, sans le solliciter. Kiseki travaille en compagnie de Monde Chat Luna (Neo Universe), petit frère de Deep Impact (Sunday Silence) qui est bien loin du niveau de son illustre aîné. Les deux chevaux n’ont pas évolué ensemble ce samedi : Kiseki est parti nettement devant, et Monde Chat Luna, avec Mickaëlle Michel, a suivi à distance. Selon la presse japonaise, le pensionnaire de Hiroo Shimizu se prépare pour une tentative dans La Coupe (Gr3) de Maisons-Laffitte, où il sera confié à la jeune Française.

Revenons à Kiseki. Nous n’avons pas appris grand-chose en observant le travail, si ce n’est que ce grand cheval a l’air en bel état et particulièrement heureux à Chantilly, voire "à la cool". De retour dans son box, Kiseki a joyeusement enchaîné les roulades, avant d’observer l’activité tout en bayant aux corneilles. Hiroaki Kiyoyama, qui s’occupe de Kiseki en France, nous a dit : « Nous sommes très contents de son galop. Il n’a pas eu un travail difficile et il devrait avoir un travail plus poussé mercredi prochain. Cela devrait l’aider à monter en vue du Prix Foy. Christophe Soumillon a dit, après être descendu de cheval, qu’il n’y avait rien à dire, que le cheval était très bien et qu’il était impatient de le monter dans le Prix Foy. Kiseki est un cheval avec beaucoup d’équilibre, détendu : il reste sur la main. Il devrait être à 90 % pour le Prix Foy. C’est une rentrée, pas un objectif. »

Soumillon, au bon souvenir d’Epiphaneia

L’équipe de Kiseki nous a expliqué qu’ils pensaient à Christophe Soumillon depuis un moment et le jockey, qui a un contrat de premier jockey et des chevaux auxquels il donne la priorité, a accepté de monter le cheval dans le Prix Foy. Hiroaki Kiyoyama a expliqué : « Christophe est l’un des meilleurs jockeys du monde. Il avait fait quelque chose d’incroyable pour nous avec Epiphaneia dans la Japan Cup. Nous l’avons contacté il y a un petit moment pour savoir s’il était d’accord pour être associé à Kiseki. Il nous a répondu qu’il était d’accord pour le monter dans le Prix Foy et peut-être dans l’Arc. Nous serions honorés de l’avoir à nos côtés. »

Un travail de détente. Kiseki est détendu en France et c’est tout le travail que fait son entourage avec lui. Il a réalisé la meilleure performance de sa carrière en se classant deuxième de la Japan Cup 2018, battu seulement par Almond Eye (Lord Kanaloa) après avoir mené à un train d’enfer. Là où Almond Eye avait encore trois vitesses à passer dans la ligne droite, ce qui lui a permis de s’imposer, Kiseki avait continué sur le même rythme tout en bouclant les 2.400m en 2’20’’90. Kiseki n’a eu que deux courses en 2019, sur des distances peut-être un peu trop courtes : il a pris la deuxième place de l’Osaka Hai (Gr1, 2.000m), puis la deuxième place du Takarazuka Kinen (Gr1, 2.200m), sans mener comme un fou. Ce cheval généreux a été préservé et n’a pas pris dur en 2019 : son objectif, c’est l’Arc.

Hiroaki Kiyoyama nous a expliqué : « Dans la Japan Cup, il est allé devant et nous savons qu’il peut mener tout en restant détendu. Mais cette année, dans les Grs1, on l’a vu dans le groupe de tête, pas forcément en train de mener, et il est aussi resté calme. Donc même s’il ne prend pas la tête de la course, nous le pensons capable de rester détendu. S’il peut mener, très bien, nous en serons heureux. En réalité, nous ne nous inquiétons pas vraiment de cela. On le voit vraiment très calme le matin mais il sait faire la différence entre le matin et l’après-midi. Jusque-là, il n’a pas forcément monté une grosse pointe de vitesse lors de ses fins de course. Mais il a beaucoup de qualité et nous lui apprenons à se détendre en course, à ne pas cracher tout son feu durant le parcours pour garder un petit quelque chose pour finir. C’est le travail que nous faisons avec lui actuellement et nous le croyons capable de bien finir dans l’Arc. Le parcours de ParisLongchamp ne nous inquiète pas vraiment. Nous avons quelques hippodromes avec montée au Japon et il y a toujours bien couru. »

Où sont les autres japonais ?

Les deux autres chevaux entraînés au Japon et annoncés au départ de l’Arc sont Blast Onepiece (Harbinger), lauréat de l’Arima Kinen 2018 (Gr1), et Fièrement (Deep Impact), lauréat du Tenno Sho - Printemps (Gr1) cette année et du St Leger l’an passé. Les deux chevaux ont couru le Sapporo Kinen (Gr2), le 18 août dernier, en préparation à l’Arc. Ils sont respectivement premier et troisième. Selon nos informations, Blast Onepiece et Fièrement arriveraient en milieu de semaine prochaine en Europe. Et ils ne devraient pas s’installer à Chantilly : les chevaux devraient aller rejoindre leur camarade Deirdre (Harbinger), lauréate des Falmouth Stakes (Gr1), à Newmarket. Ils pourront croiser Enable sur Warren Hill…

Deuxième tentative après Victoire Pisa. Kiseki est entraîné par Katsuhiko Sumii, lequel avait aligné Victoire Pisa (Neo Universe) dans l’Arc, en 2010. Victoire Pisa, poulain immense, n’avait pas convaincu à Longchamp, que ce soit dans le Niel ou dans l’Arc. Les pistes souples n’avaient peut-être pas aidé ce futur lauréat de Dubai World Cup (Gr1). L’expérience avec Victoire Pisa vient un peu en aide à Kiseki, comme l’a expliqué Hiroaki Kiyoyama : « Kiseki est très différent de Victoire Pisa. Mais nous utilisons l’expérience acquise avec ce dernier lors de sa tentative dans l’Arc. Nous sommes en contact avec le cavalier d’entraînement qui montait Victoire Pisa lors de son passage à Chantilly et nous nous inspirons un peu de cette expérience. »

Côté entraînement, l’entourage de Kiseki a pourtant dû s’adapter. Le cheval devait venir en France avec son camarade d’entraînement Roger Barows (Deep Impact), lauréat du Derby japonais en un temps record cette année. Cependant, début août, quelques jours avant le départ en France, il a été annoncé que Roger Barows avait une tendinite et il a été envoyé au haras. Hiroaki Kiyoyama a dit : « Nous sommes très déçus de ne pas avoir pu venir avec Roger Barows, c’est vraiment dommage. Nous avions un peu peur du long voyage en avion, seul, avec Kiseki, mais il a été calme et a vite récupéré. Depuis qu’il est ici, il est détendu et Monde Chat Luna est un bon partenaire d’entraînement. » Ce dernier a la réputation d’être plus volontaire le matin que l’après-midi…

Ils y croient. L’entourage de Kiseki croit aux chances du cheval dans l’Arc : ils ne seraient pas en France sinon. Les bookmakers, eux, n’y croient pas : le cheval est à 40/1. Il est logique de le voir à une cote d’outsider mais ces 40/1 sont quand même sévères. Quand il est au top, Kiseki est capable de grandes performances et il a plusieurs atouts dans son jeu : il a la tenue, il a du rythme et ne lâche rien, et il est capable de s’adapter à n’importe quel terrain. Hiroaki Kiyoyama a conclu : « Je crois que nous ne nous attendons pas à gagner l’Arc : on ne s’attend pas à gagner une telle course, on espère. Il a beaucoup de talent et, oui, nous le croyons capable de surprendre les gens. Nous croyons en lui, simplement. »