TRIBUNE LIBRE - Le commerce représente plus de 60 % des revenus de la filière

Courses / 24.09.2019

TRIBUNE LIBRE - Le commerce représente plus de 60 % des revenus de la filière

Par Didier Krainc, vonsultant en transformation d’entreprise, manager des écuries Vivaldi et Bartok, membre du Bureau de Génération Courses

La filière hippique, on le sait, vit principalement des apports de deux catégories de contributeurs : les parieurs d’un côté et les propriétaires de l’autre.

Au galop, en 2018, les parieurs lui ont apporté, grâce au retour sur leurs enjeux PMU, 258 millions d’euros en allocations et primes. C’est officiel, le chiffre est public.

Mais malheureusement la contribution financière des propriétaires reste assez mal cernée. À ma connaissance, aucune étude, ni de l'Ifce, ni des services de France Galop, n’a tenté de la mesurer précisément. En connaître l’ampleur serait pourtant bien utile en cette période électorale où les uns et les autres débattent de l’intérêt de rééquilibrer le programme des courses en faveur de telle ou telle catégorie, ou de répartir différemment les allocations. J’en veux pour preuve, par exemple, les points de vue divergents publiés ces dernières semaines, par Jean-Claude Rouget d’un côté, qui trouve qu’il « n’y a pas assez d’argent pour les chevaux entre 37 et 42 de valeur », ce qui aggraverait la pénurie de partants dans les courses de sélection, et les protagonistes de Croissance Courses de l’autre, qui prétendent au contraire qu’il faut donner davantage aux « chevaux de petites valeurs qui constituent la base de la pyramide et font la recette. »

Ce que les propriétaires apportent au revenu global de la filière. Alors je me suis attelé à la tâche et j’ai modestement tenté d’estimer l’apport des propriétaires et du commerce des chevaux au revenu global dont profite la filière hippique française au galop. Pour cela, je me suis appuyé, d’une part, sur certains autres chiffres officiels publics (chiffres d’affaires des agences de vente, montant des ventes à réclamer, etc.) et d’autre part sur des extrapolations obtenues à partir de quelques hypothèses plausibles. Par exemple, j’ai supposé que sur les quelque 10.000 chevaux à l’entraînement en France, 7.000 généraient le paiement d’une pension d’environ 18.000 € annuels en moyenne (les autres appartenant à leurs entraîneurs).

J’obtiens alors le tableau suivant :

RÉPARTITION DES REVENUS DE LA FILIÈRE

Chiffres 2018 en M€ (galop uniquement)

Allocations 258 38%
Arqana 138 20%
Osarus 7 1%
Agences internationales 8 1%
Amiables 90 13%
Réclamers 29 4%
Pensions entraînement 126 19%
Pensions haras 16 2%
Autres frais (véto, etc.) 8 1%
TOTAL :  680 100%

Ainsi, le revenu total de la filière au galop en 2018 peut être raisonnablement estimé à 680 millions d’euros. C’est cela le "gâteau" que peuvent se partager l’ensemble des socioprofessionnels – avec leur poids économique global, leurs 70.000 emplois et les centaines de millions de taxes qu’ils rapportent à l’État.

Sur ces 680 millions, les parieurs contribuent à un peu moins de 40 %, tandis que les propriétaires, donc le commerce, pèsent plus de 60 %.

La nécessité du commerce. D’ailleurs, je l’ai vérifié à mon petit niveau, dans les comptes des deux écuries de groupe (écuries Vivaldi et Bartok) que je gère. Effectivement, j’ai retrouvé cette répartition d’environ 60/40 entre les allocations perçues en course et le commerce. C’est un fait : je ne pourrais pas équilibrer mes comptes ni satisfaire ma trentaine de porteurs de parts sans le commerce. Il me faut vendre certains de nos chevaux, soit quand nous avons la chance d’avoir une bonne proposition (ex : Pizzicato ou Golconda), soit quand malheureusement, les chevaux ne sont pas à la hauteur des espoirs placés en eux (dans ce cas ils sont cédés lors de courses à réclamer ou dans le cadre de ventes publiques appropriées, à l'issue desquelles ils partent souvent poursuivre leur carrière dans des pays à moindre niveau de compétition), soit encore quand ils sont précisément destinés au commerce dès le départ (foals ou yearlings). Il faut faire tourner l’effectif, sous peine de sclérose fatale. Et je peux vous dire que mes actionnaires, s’ils sont tous novices dans les courses, sont des entrepreneurs, des consultants, des banquiers, des chefs d’entreprises, etc. Toutes sortes de profils qui savent parfaitement ce qu’une bonne gestion veut dire. Même si leurs motivations premières n’ont pas grand-chose à voir avec l’appât du gain, bien sûr.

Avoir confiance en notre attractivité. On voit bien qu’opposer les "bons chevaux" aux "petites valeurs" est un débat totalement stérile. C’est classique dans toute communauté humaine ou toute entreprise confrontée à des problèmes de décroissance et de disette. Il faut gérer la crise et faire des économies. Du coup, certains croient pouvoir créer des catégories qu’on oppose : « Les rouges doivent se serrer la ceinture davantage que les bleus ; les petits plus que les grands, etc. ».

On ne sortira de ces chamailleries fratricides qu’en retrouvant tous ensemble le chemin de la croissance de nos activités. En ayant confiance en notre attractivité et notre capacité à se réinventer pour séduire de nouveaux parieurs d’un côté et de nouveaux propriétaires de l’autre. Quand nous aurons retrouvé la croissance, alors nous pourrons tous nous desserrer la ceinture. Faisons donc grossir le gâteau tout entier plutôt que de nous bagarrer sur la taille des parts !

En attendant, ce n’est qu’en partageant une vision claire de notre horizon à trois ou cinq ans que nous pourrons établir et faire admette des priorités acceptables par tous.

C’est pour cette raison que Génération Courses fait de son plan de croissance la priorité première et absolue de son programme.