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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Hubert Tassin : « Le temps des économies est derrière nous. Nous pouvons entrer dans une nouvelle ère »

Institution / Ventes / 27.10.2019

Hubert Tassin : « Le temps des économies est derrière nous. Nous pouvons entrer dans une nouvelle ère »

Hubert Tassin est administrateur de France Galop. À l’approche de l’échéance électorale, c’est en tant que tête de liste au collège des propriétaires pour la liste de l’association P.P. – Province Paris pour le galop français – qu’il a répondu à nos questions.

Jour de Galop. – Cela fait longtemps que les P.P. sont installés dans le paysage politique des courses. Cependant, il y a un fait nouveau cette année, c’est la liste séparée faite par des candidats AQPS. Êtes-vous inquiet ? Et était-il possible d’éviter pareille situation ?

Hubert Tassin. – Cela est une affaire d’hommes, davantage que de philosophie. Plus globalement, le fait qu’il y ait sept listes de propriétaires n’est pas bon. En réalité, il n’y a que deux ou trois philosophies politiques dans notre univers ; nous aurions dû retrouver à peu près ce nombre de listes… Personnellement, je pense que cela va beaucoup fragiliser la représentation des professionnels, qui sont de fait déjà minoritaires face aux membres associés. Il est donc vraiment dommage que nous n’ayons pas réussi à nous entendre entre certaines listes, car il n’existe pas sept visions des courses différentes !

Mais alors pourquoi cet éclatement ?

Je crois que cela vient en réponse à une époque marquée par la fin d’une longue période de croissance pour les courses et par l’entrée dans le monde de la concurrence, en particulier avec les paris sur le football.

C’est très dommage parce qu’à mon sens, nous arrivons enfin au bout de la politique d’économies. La situation est enfin stabilisée. Mais malgré cela, il y a une inquiétude très préjudiciable. Ce n’est pas dans ce climat d’anxiété que l’on redressera la barre.

Vous venez de dire qu’il existait deux ou trois tendances fortes. Quelle est celle des P.P. ?

Nous pensons que le modèle des courses françaises, associatif, coopératif et mutuel, basé sur le financement des allocations par le pari, est LE bon modèle. Dans ce bon modèle, il y a des points forts et, parmi eux, une assise d’acteurs, propriétaires, éleveurs et entraineurs ainsi qu’un fort maillage territorial. Voilà notre vision. Ensuite, il faut prendre en compte que de 1995 à 2010, les courses ont connu une période de croissance basée sur une augmentation de l’offre et aidée par une macroéconomie plutôt porteuse. L'année 2010 a été l’année de la crise de croissance. Encore une fois, en quinze ans, nous avons progressé deux fois plus vite que l’inflation. Sur une activité aussi puissante qu’est le PMU, c’est très fort. C’est une crise de croissance normale, mais qui a été accentuée par l’arrivée des paris sportifs et par un monopole donné à la Française des Jeux sur ces mêmes paris sportifs en dur. La réponse n’a, certes, pas été aussi rapide qu’elle aurait dû l’être… Nous avons mis dix ans. Mais je vous le répète, je pense que nous sortons de cette période en ayant géré la crise de croissance et un bouleversement de l’univers concurrentiel.

Que voulez-vous dire par là ?

Nous avons stabilisé le chiffre d’affaires du PMU et l’offre a été remise à plat. Nous avons aussi réalisé d’importantes économies. Il y encore à faire, mais l’essentiel a été fait. Grâce à cela, nous avons stabilisé les allocations. Ces économies ont bien sûr été portées par le PMU, mais aussi, ne l’oublions pas, par les sociétés de courses, à commencer par celles de province, et aussi par les sociétés-mères. Bien sûr, il reste les fameux 320 M€ de coûts hors allocations pour les sociétés-mères. Mais pour moi, le temps des économies est passé. Ayons simplement en tête que la stabilisation des allocations repose également sur une macroéconomie favorable, car l’activité du financement des courses par le pari, rappelons-le, c’est d’abord un chômage en baisse et un pouvoir d’achat en hausse. La prise de conscience n’a pas été immédiate, d’accord, mais elle a eu lieu. Les économies et les coupes, dont Maisons-Laffitte est le dernier symbole, c’est derrière nous. Nous devons nous consacrer à entrer dans une nouvelle ère.

Que faire alors ?

Il y a deux sources de financement. La première, c’est de retrouver un accord de partenariat avec l’État qui tienne compte à la fois de cet univers concurrentiel et d’engagements. L’accord gagnant-gagnant dont on parle tout le temps n’a pas été signé, car d’un côté, il y a de hauts fonctionnaires qui nous demandent sans arrêt de faire toujours plus d’économies, trop selon moi, et de l’autre le fait que les hommes politiques n’aient pas pris position en notre faveur, ou plus exactement soient restés neutres. Aujourd’hui, les choses ont changé. L’État a conscience que s’il continue comme ça, les revenus des paris hippiques deviendront accessoires et que, mécaniquement, les sommes qu’il percevra de notre part seront de moins en moins élevées. Nous avons également le sentiment qu’au plus haut niveau de l’État, la préoccupation concerne nettement plus le double maillage, points de vente PMU et hippodromes, que les emplois dans la filière. Le maillage des points de vente, on comprend pourquoi. Aujourd’hui, vraiment, l’État se préoccupe de l’aménagement du territoire et c’est là-dessus que l’on va pouvoir baser notre nouveau partenariat. Ce maillage, qui a été perçu jusqu’alors avec pas mal de mépris par nos hauts fonctionnaires, est devenu un sujet politique, un enjeu même. L’arrivée de madame Gourault comme ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales n’est pas étrangère à cela. Cet accord gagnant-gagnant doit être trouvé pour des raisons financières et de mission de service public, le double maillage étant le premier sujet de service public pour eux.

En lisant votre profession de foi, on s’aperçoit aussi que la relance peut venir des courses elles-mêmes.

Justement, c’est là qu’apparaît la deuxième source de financement. Il faut que les courses entrent dans le monde numérique du XXIe siècle, ce qui n’est pas le cas. L’offre des courses a été augmentée en misant notamment sur la télévision, mais maintenant le parieur doit être la première priorité. Le monde des courses a subi de plein fouet la concurrence du foot, mais aussi le fait que les nouvelles générations ne sont accessibles que par les moyens numériques. Sur le jeu, il faut remettre de l’offre de manière raisonnée, en remodelant le Quinté +, car la clientèle qui cherche de la grosse cote doit être satisfaite. Il faut se pencher vers de nouveaux jeux et surtout sur la cote fixe. L’univers d’aujourd’hui, c’est le foot, et par conséquent la cote fixe, et nous n’y pouvons rien. Nous demandons que dès l’année prochaine, la totalité des courses courues sur le territoire français soient accessibles par internet. Est-ce normal qu’avec mon téléphone, je puisse acheter des actions à Jakarta en une minute et que je ne puisse pas voir des réunions de province P.M.H. ? Évidemment que non ! Dans les années qui suivent, 2021-2022, il faudra organiser sur toutes ces courses ce que j’appelle du P.M.H. déporté. D’un côté, nous aurions une offre premium et de l’autre une offre débridée, ce qui est le principal atout du football, où l’on peut parier sur n’importe quel match complètement improbable. Pourquoi pourrais-je jouer sur un match autrichien et ne pas pouvoir parier sur une course à Saint-Galmier ? J’y crois vraiment à cette croissance, d’autant plus que cet investissement serait raisonnable. À partir de 2021, en agissant, nous serons à nouveau en phase de croissance.

Vous avez évoqué Maisons-Laffitte, quelle est votre position à ce sujet ?

Il y a un déséquilibre Paris-province qui est flagrant, notamment en termes de coûts. Cette fermeture est malheureuse mais il ne fallait pas que les régions continuent de payer pour Maisons-Laffitte. Ce n’était pas tenable. Des solutions comme celles qu’a proposées Jacques Myard auraient été intelligentes si elles l'avaient été il y a trois ou quatre ans.

Et le 2/3-1/3 en obstacle ?

Pour commencer, je veux que l’on reste sur du 50-50 avec le trot. C’est dans le contrat de mariage. Obstacle-plat, c’est pareil, c’est inscrit dans le contrat de mariage. Je ne mésestime pas le retard de chiffre d’affaires PMU en obstacle. Le PMU nous dit : « Faites-nous de bonnes courses pour que l’on vous fasse de bons paris. » Je lui réponds : « Inventez-nous des paris qui correspondent à nos courses ! » Notre programme est clair au sujet du 2/3- 1/3 : on ne déshabille pas Paul pour habiller Jacques. C’est la croissance qui va permettre de retrouver l’équilibre. La solution viendra, par exemple, des catégories moyennes en obstacle. Je dis souvent que pour que l’Institution redevienne ce qu’elle a été, il faut qu’elle soit portée par les acteurs des courses. Pour en revenir à la révolution numérique que nous préconisons, le fait pour un propriétaire d’avoir l’opportunité de voir son cheval sur n’importe quel hippodrome le valoriserait. Le problème du nombre de partants en obstacle est un problème de classe moyenne et en ce sens, notre proposition contribuerait à le résoudre.

Aujourd’hui, Édouard de Rothschild annonce un référendum au sujet de la prime aux vieux. Votre sentiment ?

J’étais contre l’abandon de cette prime aux "vieux". Dans la négociation, j’ai obtenu des avancées. J’étais opposé à ce que dans la baisse d’allocations, qui était nécessaire, on tape sur les uns plus que sur les autres. J’étais pour une baisse proportionnelle, en maintenant les taux bien sûr. La baisse proportionnelle que je préconisais aurait évité de fracturer le milieu. Le problème autour de cette prime est avant tout psychologique, c’est d’abord un ressenti. Il est difficilement acceptable de recevoir de France Galop un SMS : « Bravo vous avez gagné » lorsque l’on ne touche rien comme éleveur ! Cela a été considéré comme une injustice car à une allocation devrait toujours correspondre une prime. On aurait pu faire les choses plus finement. C’est pour ça que dès avril, nous avions lancé une consultation en demandant aux gens leur avis, ce qui a été plutôt bien reçu. En revanche, du côté de France Galop, cela a déplu et ma démission avait été demandée par certains simplement parce que j’avais osé demander leur avis aux gens. Édouard de Rothschild m’avait soutenu et il y a encore quelques jours, il m’a rappelé que cette idée avait du bon ! (rires)