André VIIIe, un empereur et ses triomphes

Courses / 07.10.2019

André VIIIe, un empereur et ses triomphes

Par Franco Raimondi

Trente-deux années après sa première victoire, avec Trempolino, en 1987, il est l’empereur, André VIIIe, le patron de l’Arc de Triomphe. Il lui a fallu attendre treize ans depuis le succès de Rail Link (Dansili). Il avait alors fait pleurer tout un pays, le Japon, qui attendait Deep Impact (Sunday Silence). Dimanche, c’est la reine Enable (Nathaniel) et ses millions de supporters qu’il a mis à genoux. Pendant cette période, il a aligné les places (huit) et ses chevaux ont été battus par des champions comme Sea the Stars (Cape Cross), Trêve (Motivator), Golden Horn (Cape Cross) et Enable, pour ne citer que ces quatre.

André Fabre a remporté huit Arcs de Triomphe (quatre de plus que ses dauphins au classement !) avec huit chevaux différents et pour huit propriétaires différents, dont deux avec le Gestüt Ammerland dans la case éleveur, ceux de Hurricane Run (Montjeu) et Waldgeist (Galileo). Ses huit merveilles sont issues de huit étalons différents.

Tout a commencé avec Trempolino. Ce n’est pas par hasard si chaque année, avant l’Arc de Triomphe, Lanfranco Dettori répète : « Il y a aussi le cheval d’André Fabre, qu’il faut toujours respecter. C’est sa course et il peut inventer quelque chose. » Fabre/Arc, c’est une formule magique que j’ai apprise en 1987, alors que j’étais un jeune journaliste. C’était une édition promise à Reference Point (Mill Reef) qui se présentait fort de ses succès dans le Derby, les King George VI and Queen Elizabeth Stakes et le St Leger. En bon étudiant de courses, j’avais appris que le St Leger était la course de trop si l’on veut gagner l’Arc. Reference Point était à ranger dans la catégorie des favoris bidons. J’étais arrivé à Longchamp avec, dans mes poches, le coup sûr à la place de Tony Bin (Kampala), que je ne voyais pas comme gagnant, et dans la queue du guichet de la salle de presse, je cherchais l’inspiration. C’est à cet instant que sur l’écran télé est passée la rediffusion du Prix Niel. À cette époque, la course n’était pas encore la préparatoire de référence. La belle fin de course de Trempolino (Sharpen Up) m’avait séduit. Je suis reparti avec les tickets de Trempolino à cheval, Tony Bin placé, un petit jumelé et le trio avec Tryptich (Riverman). Un triomphe pour le jeune entraîneur et aussi pour le jeune journaliste… Même si expliquer à mes lecteurs le succès du représentant de Paul de Moussac ne fut pas facile.

Revoir l’Arc de Trempolino (https://youtu.be/8B7NQ8LcQL8)

Subotica & Carnegie. En 1992, il avait sorti Subotica (Pampabird), 4ans, qui arrivait avec une deuxième place dans le Prix Foy (Gr2). Du pur Fabre. Pour les bookmakers, le cheval n’était pas le meilleur de ses trois représentants, mais il a gagné après une belle empoignade avec la favorite, User Friendly (Slip Anchor). Tout comme Waldgeist, il avait remporté le Prix Ganay (Gr1) au printemps. Carnegie (Sadler’s Wells) était le favori en 1994 car il faisait écurie avec trois autres représentant du cheikh Mohammed Al Maktoum. Pourtant, il n’avait décroché son black type que le 22 juin. Il arrivait en cinquième ou sixième position dans les pronostics, malgré son succès dans le Prix Niel (Gr2). Il s’est imposé d’une courte encolure sur Hernando (Niniski).

Revoir l’Arc de Subotica (https://youtu.be/VtkAUme-cGY)

Revoir l’Arc de Carnegie (https://youtu.be/7NTQMRdjfF8)

Peintre Célèbre, le crack. Le quatrième Arc est l’œuvre de Peintre Célèbre (Nureyev), un crack. La confiance de l’entraîneur était si grande que l’élève de Daniel Wildenstein était son seul candidat dès les premiers forfaits. Il fut battu une seule fois à 3ans, dans le Niel, à l’issue de la fameuse course bagarre quand Cash Asmussen l’avait emmuré vivant avec Ithaki (Sadler’s Wells). Peintre Célèbre s’est même retrouvé enfermé le jour J, un instant, le temps de dire à un confrère : « Il ne sortira jamais. » Il a trouvé le passage et a gagné par cinq longueurs.

Revoir l’Arc de Peintre Célèbre (https://youtu.be/CLQbLbCW3Jw)

Sagamix sous la pluie, Hurricane Run après un Jockey Club amer. Le cinquième fut l’Arc mouillé de Sagamix (Linamix) qui, en 1998, avait fait l’impasse sur les classiques. Il a gagné en restant invaincu sous la pluie, après avoir nagé dans le Prix Niel. Un cheval délicat, qui adorait les terrains d’automne. L’Arc fut aussi sa dernière victoire.

Sept ans se sont écoulés avant de trouver un autre Fabre en tête au passage du poteau. Hurricane Run (Montjeu) aurait lui aussi gagné avec le statut invaincu si le Prix du Jockey Club (Gr1) était resté sur 2.400m. Il est ensuite passé par l’Irish Derby (Gr1) et le traditionnel Prix Niel.

Revoir l’Arc de Sagamix (https://youtu.be/eK5vYuC0EYI)

Revoir l’Arc d'Hurricane Run (https://youtu.be/toxC3Br8LfY)

Leçon apprise avec Rail Link. Le septième Triomphe est celui de Rail Link (Dansili). Les grands entraîneurs savent s’adapter au programme et l’élève du prince Abdullah, en vrai cheval de 2.400m, avait suivi le chemin du Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1), avec comme d’habitude le dernier test dans le Niel. Il n’était pas le plus joué des trois Fabre car, comme rivaux de Deep Impact, les parieurs lui avaient préféré le tenant du titre, Hurricane Run, et le 5ans Shirocco (Monsun).

Revoir l’Arc de Rail Link (https://youtu.be/-A7OAUVLWsw)

Waldgeist change les règles. Tous les analystes vous le diront : un mâle de 5ans ne peut pas gagner l’Arc de Triomphe. Non sans raison, car le dernier fut Marienbard (Caerleon), en 2002, et avant lui, il faut remonter à 1988, avec Tony Bin, et à 1975, quand l’allemand Star Appeal (Appiani) avait fait sauter le PMU.

Mais un grand entraîneur est capable de changer les règles du jeu et André Fabre nous l’a confirmé trente-deux ans après Trempolino. Quand Paris prend ses couleurs d’automne, le premier dimanche d’octobre, les chevaux de l’Empereur André VIIIe sont toujours capables de sortir la course de leur vie.