Baudouin de La Motte Saint-Pierre : « C’est l’égalité qui doit prévaloir, que ce soit pour les jeunes ou pour les vieux chevaux »

Institution / Ventes / 29.10.2019

Baudouin de La Motte Saint-Pierre : « C’est l’égalité qui doit prévaloir, que ce soit pour les jeunes ou pour les vieux chevaux »

Baudouin de La Motte Saint-Pierre est la tête de liste des P.P. (Province Paris pour le galop) à l’élection du collège des éleveurs. Alors que l’échéance électorale approche, l’homme du haras du Pley a répondu à nos questions.

Jour de Galop. – Quelle est la situation actuelle des éleveurs français ?

Baudouin de la Motte Saint Pierre. – Elle est très difficile pour beaucoup d’acteurs moyens et petits. La suppression de la prime aux vieux chevaux fait beaucoup de mal. Je me bats pour la rétablir depuis que la mesure est passée, avec le soutien de nombre de mes confrères. Il faut remettre en place cette prime de manière égalitaire. L’enveloppe n’étant pas la même, on ne peut plus distribuer les mêmes sommes. Mais dans ce contexte, c’est l’égalité qui doit prévaloir, que ce soit pour les jeunes ou pour les vieux chevaux. Beaucoup de petits éleveurs ont des chevaux qui vont tard à l’entraînement ou qui sont dans des maisons où on leur donne plus de temps. Et cette situation crée une grande injustice. Mais il n’y a pas que les petits éleveurs qui veulent le retour de cette prime. De grands éleveurs, par souci d’égalité et par volonté de préserver la filière, poussent également dans ce sens. Lors du dernier Comité de France Galop, Édouard de Rothschild a proposé un référendum sur ce sujet au mois de janvier. Mais je pense qu’il ne faut pas attendre autant. Dès le prochain Comité, avec le président de France Galop nouvellement élu, il faut que nous fassions voter la remise à plat de cette prime.

C’est mon combat et je ne lâcherai rien. Je reçois des messages de soutien toutes les semaines.

Dans votre programme, vous évoquez un rééquilibrage des allocations. Que voulez-vous dire ?

Les courses de Groupe françaises ne sont pas sur-dotées, à part peut-être quelques épreuves comme le Prix de l’Arc de Triomphe. Lorsque vous remportez un Gr3, vous décrochez une allocation qui est l’équivalent d’une bonne course sur les obstacles. Le problème n’est donc pas vraiment là. Certaines épreuves sont en revanche extrêmement bien dotées, comme les Quintés par exemple. Et la province, pour nous P.P., doit bénéficier d’un rééquilibrage. On ne peut pas courir pour 4.000 €. Cela ne nous paraît anormal.

Quel regard portez-vous sur la compétitivité de l’élevage français en plat ?

Il est très difficile d’être compétitif dans les Groupes. D’ailleurs, en cette fin d’année, nous avons vu plusieurs épreuves pour 2ans où les chevaux élevés en France sont minoritaires ou absents. Je pense que nous avons mis trop de temps à améliorer le parc étalon français. Les choses ont beaucoup progressé ces dernières années, mais il faut du temps pour que les effets se fassent ressentir au niveau de l’ensemble de l’élevage de notre pays. On peut citer de manière non exhaustive Siyouni (Pivotal) ou Le Havre (Noverre) et ces deux exemples ne manqueront pas de faire école. On notera la belle initiative de la Route des étalons. L’accueil réservé par les haras est remarquable et cela permet aux éleveurs d’encore mieux connaître les reproducteurs.

Que pensez-vous du niveau de la jumenterie ?

Elle s’est indéniablement améliorée. Les éleveurs ont investi. Ils font attention et il y un turn-over beaucoup plus rapide que par le passé. Autrefois, on gardait une mère du premier au dernier poulain. À présent, au bout de quatre ou cinq produits, si une jument ne répond pas aux attentes, l’éleveur passe la main. D’importants efforts ont été consentis, mais en plat il est très difficile d’investir dans une bonne jument, compte tenu de la valeur de ce type de mère sur le marché. C’est le prix de la compétitivité. Si l’on regarde les grandes épreuves, comme l’édition 2019 du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), on voit bien qu’il est très difficile de concurrencer les chevaux étrangers. Heureusement, il y a en France des maîtres entraîneurs et des éleveurs de premier plan qui y parviennent.  

Selon vous, les éleveurs français doivent-ils encore plus orienter leur élevage vers le commerce ?

Pour les ventes de décembre, Arqana a enregistré 1.600 demandes d’inscription. L’agence a dû faire un tri énorme sur la qualité des juments. Cela prouve, encore une fois, qu’il y a de plus en plus de chevaux sur le marché. Les éleveurs français veulent améliorer la qualité de leur production et ils ont clairement déjà pris une orientation commerciale.

Quel regard portez-vous sur cette campagne électorale ?

On assiste à une multiplication des listes. C’est la démocratie. Je pense que tous les suffrages doivent s’exprimer. Mais à ce sujet, je dois dire que le Comité de France Galop, qui est issu de ces élections, n’a pas assez de pouvoir. Malheureusement, le pouvoir est en effet concentré dans les mains du Conseil d’administration. Il faudrait que le Comité puisse voter certaines décisions et s’il avait eu à choisir pour la prime à l’éleveur des vieux chevaux, le résultat n’aurait pas été le même.

Au fil des années, les idées des P.P. sont restées les mêmes et cette constance dans l’action politique mérite d’être soulignée. Ces idées, avec le temps, se sont diffusées et elles ont sûrement fait école chez certaines listes en lice pour ces élections. Notre ligne de conduite n’a jamais changé : nous aimons les chevaux pour les chevaux et les courses pour les courses. À titre personnel, j’ai consacré près de 50 ans à cette passion. Et je ne suis pas un éleveur de salon. Tous les matins, je chausse mes bottes. Il ne se passe pas un jour sans que je ne voie l’ensemble des chevaux du haras.  

En France, comme partout en Europe, on voit bien que le marché est florissant pour le haut de gamme. Mais les autres catégories, celles qui s’adressent à la majorité des propriétaires et des éleveurs français, sont à la peine. Comment relancer ce milieu de gamme ?

L’Écurie A.B.U. a donné l’exemple. Le fait d’être assez nombreux leur permet d’investir dans des chevaux de qualité, de faire courir dans de bonnes conditions mais aussi de produire avec des ambitions. Ils ont proposé aux ventes un yearling de Siyouni cette année. Cette saillie est très chère mais à plusieurs, on peut parvenir à se l’offrir. C’est un système plus courant en Irlande et en Angleterre. Outre-Manche, les syndicats de propriétaires sont nombreux et très actifs. Et parmi mes clients, je constate que de plus en plus de personnes s’associent pour acheter une jument. Il faut développer cela à plus grande échelle. Encore une fois, la France des courses a été trop lente à réagir.

Quelle est la position des P.P. sur l’obstacle ?

À titre personnel, mon attachement à l’obstacle est grand. Alors que j'étais à peine âgé de 30ans, All Ready (Fin Bon) m’a offert une victoire, sous mes couleurs, dans le Grand Cross de Craon.

Chez les P.P., l’obstacle, c’est notre cheval de bataille. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si notre secrétaire général, Jean d’Indy, est en charge de cette discipline au sein de l’Institution. Il se donne corps et âme pour que l’hippodrome d’Auteuil soit le plus beau de France. Mais surtout, il accorde beaucoup d’importance à la sécurité des jockeys et des chevaux. Pour nous, c’est essentiel, compte tenu des risques que représente cette belle discipline.

Mais l’obstacle, c’est aussi une filière d’excellence pour les entraîneurs et les éleveurs français. Nous avons les meilleures juments au monde, nos souches de sauteurs sont exceptionnelles. Les Anglais et les Irlandais ne s’y trompent pas. Mais il faut prendre garde à ne pas affaiblir notre patrimoine génétique en vendant trop de juments à l’étranger.

En France, l’obstacle connaît une baisse du nombre de partants, mais je pense qu’elle est fortement liée à une trop grande concentration des effectifs chez une poignée de professionnels. Or un entraîneur ne va pas courir cinq de ses pensionnaires dans la même épreuve et le nombre de partants s’en trouve affecté. Si les propriétaires diversifient le nombre d’entraîneurs à qui ils confient des sujets de qualité, nous verrons une amélioration du nombre de partants à Auteuil.

Enfin, nous voulons améliorer les relations entre les fédérations. Il faut faire attention à ne pas programmer trop de courses équivalentes dans un même périmètre. Il y a quelques semaines, on trouvait trois réunions dans un rayon de 80 kilomètres. Dont plusieurs cross-countries. Cela a des conséquences directes sur le nombre de chevaux au départ. France Galop doit mieux chapeauter ces fédérations afin que les réunions ne se chevauchent pas.