BREEDERS’ CUP - Quand une statuette peut valoir des millions

International / 31.10.2019

BREEDERS’ CUP - Quand une statuette peut valoir des millions

Il ne s’agit pas d’une première car la Breeders’ Cup Classic (Gr1) s’est déjà courue sans européens. Mais au terme d’une saison qui n’a pas sorti un vrai bon spécialiste du dirt aux États-Unis, cette absence ternit un peu plus l’épreuve la plus attendue de la réunion de samedi à Santa Anita, laquelle, très vraisemblablement, ne désignera pas le Horse of the year.

Par Franco Raimondi

Le Vieux Continent affiche deux victoires dans le Classic : celles du français Arcangues (Sagace), en 1993, et de Raven’s Pass (Elusive Quality), qui avait battu Henrythenavigator (Kingmambo) pour un jumelé européen, en 2008, sur la P.S.F. de Santa Anita. En plus de ça, l’Europe compte sept places, dont les deux fameuses de Giant’s Causeway (Storm Cat) et Sakhee (Bahri), battus de très peu par le monstre Tiznow (Cee’s Tizzy) en 2000 et 2001. Même un certain Galileo (Sadler’s Wells) s’y est essayé. L’édition 2019 était probablement la bonne pour espérer voir une victoire européenne, mais honnêtement, on n’a pas vu de cheval du Vieux Continent être en mesure de relever le défi.

Un petit cru sur le dirt. La saison aux États-Unis n’a pas sorti un bon 3ans sur le dirt. Chez les chevaux d’âge, le meilleur est McKinzie (Street Sense), qui a aligné deux victoires et quatre défaites en 2019, un bilan qui n’est pas au goût des Américains, friands de statistiques et qui détestent les perdants. Il paraît très compliqué que le Classic désigne le Horse of the year, sauf si McKinzie ou le 3ans Code of Honour (Noble Mission), qui a gagné les Travers Stakes (Gr1), l’emportent de douze longueurs. Les autres chevaux en vue, Vino Rosso (Curlin), la jument Elate (Medaglia d’Oro) et Yoshida (Heart’s Cry), n’ont pas assez d’atouts pour convaincre les votants.

Bricks and Mortar, en tête aux sondages. On le sait, le titre de Horse of the year est pris très au sérieux aux États-Unis. Ce n’est pas seulement une question de prestige, c’est aussi une question d’argent. Le principal candidat, d’après les sondages, est Bricks and Mortar (Giant’s Causeway), invaincu cette année et déjà acheté comme étalon par Teruya Yoshida. Dans l’acte de vente, il est prévu un bonus au cas où le cheval serait élu Horse of the year. Pour en arriver là, il sera dans l’obligation de remporter le Breeders’ Cup Turf (Gr1), sur une distance, les 2.400m, qu’il ne connaît pas et que, dans le même temps, les autres courses sur le dirt ne donnent pas un autre candidat en puissance. Sur ces trente dernières années, les spécialistes du gazon ont décroché la couronne à  trois reprises. Le Wertheimer Kotashaan (Darshaan) l’a obtenue en 1993 et le miler Wise Dan (Wiseman’s Ferry) en 2012 et 2013. Le premier avait tout gagné, le deuxième n’avait connu la défaite qu’à une seule reprise lors de chacune des ces deux saisons. Ce qu’il faut savoir, c’est que ces années-là, les différentes catégories sur le dirt n’avaient pas proposé un cheval capable de remporter cette récompense.

Midnight Bisou, pourquoi pas une pouliche ? Cette année, il se peut qu’il y ait des surprises. La pouliche Midnight Bisou (Midnight Lute) a dominé sa catégorie en enregistrant sept succès en autant de sorties. Elle sera la base de tous les parieurs aux États-Unis dans le Distaff (Gr1) et il faudrait vraiment qu’elle ait le pire des parcours pour qu’elle termine battue. Huit sur huit, même sans n’avoir jamais affronté les mâles, c’est suffisant pour convaincre les électeurs. Havre de Grâce (Saint Liam) n’avait pas réussi à faire un sans-faute en 2011, mais elle avait décroché le titre de Horse of the year malgré une quatrième place dans le Classic. Zenyatta (Street Cry) fut plébiscitée en 2010, l’année de sa seule défaite dans le Classic. C’était une façon de la récompenser après sa deuxième place derrière Rachel Alexandra (Medaglia d’Oro) qui, en 2009, avait réalisé un huit sur huit et avait battu les poulains dans les Preakness Stakes (Gr1) et dans deux autres Grs1. Le cas de Midnight Bisou ressemble davantage à celui d’Azeri (Jade Hunter), qui avait gagné huit courses en 2002 face aux femelles, dont le Distaff, et n’avait personne en face d’elle.

Elle sera proposée à Fasig-Tipton. Pour Midnight Bisou, comme pour Bricks and Mortar, ce n’est pas qu’une question de prestige. Mardi, après la Breeders’ Cup, elle sera présentée à la vente de novembre de Fasig-Tipton et un titre, plus ou moins assuré, peut avoir de lourdes conséquences. Havre de Grâce était passée sur le même ring en 2012, l’année où elle a décroché sa couronne, et fut achetée dix millions de dollars (8,99 M€) par Mandy Pope. Pour Jeff Bloom, qui avait déniché Midnight Bisou pour 80.000 $ (72.000 €) à la breeze up d’Ocala, et ses associés, un succès de la pouliche, avec dans le même temps les autres candidats défaits, aura une incidence de plusieurs millions sur le prix de vente.

Mitole, un candidat venu du sprint. Deux autres chevaux peuvent prétendre à la couronne. Le sprinter Mitole (Eskendereya) n’a connu qu’une défaite cette saison et il a déjà trouvé sa place d’étalon chez Spendthrift Farm. Il reste un détail : son tarif. S’il gagne le Sprint et si les autres grands candidats perdent, les éleveurs oublieront son pedigree de yearling à 30.000 $ (27.000 €) et payeront un prix de saillie plus cher pour s’offrir un Horse of the year en puissance. Côté argent, une victoire dans le Filly & Mare Turf (Gr1) ne va changer grand-chose pour Peter Brant, le propriétaire de Sistercharlie (Myboycharlie). En cas de victoire, cette dernière parachèvera une saison parfaite. La jument n’est pas à vendre, mais le trophée d’Horse of the year n’a pas de prix.