Carlos Laffon-Parias : « Dario Hinojosa aime les défis, et moi aussi »

Courses / 16.10.2019

Carlos Laffon-Parias : « Dario Hinojosa aime les défis, et moi aussi »

Le plus espagnol des Cantiliens a déjà présenté un partant dans une épreuve de la Breeders’ Cup (Impassable, en 2015).Cette année, il tente à nouveau sa chance avec Villa Marina. Un défi de taille et peut-être la cerise sur le gâteau alors qu’il réalise une remarquable saison 2019.

Par Adrien Cugnasse

Carlos Laffon-Parias est actuellement cinquième au palmarès des entraîneurs selon les gains dans l’Hexagone. Et il est même quatrième parmi ceux installés en France. Jusque-là, pour un entraîneur classique, il n’y a rien de très surprenant. Sauf que le Cantilien a atteint ce classement en présentant 50 chevaux seulement en compétition. Et c’est là que réside le tour de force. Car comme le disent les Anglo-Saxons, les courses c’est aussi un number game… dans lequel il est vraiment difficile de tirer son épingle du jeu lorsque l’on ne dispose pas d’une large cavalerie. On le sait, en France, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) est la course qui fait exploser les statistiques. André Fabre était déjà en tête avant la grande épreuve au classement provisoire. Mais la victoire de Waldgeist (Galileo) a fait passer son ratio de gains/cheval de 35.000 € à 53.000 €. Celui de Carlos Laffon-Parias est légèrement au-dessus de 44.000 €. C’est-à-dire le deuxième meilleur parmi les professionnels français. Dans cette réussite, l’écurie Wertheimer pèse forcément beaucoup, avec cette saison pas moins de sept des dix pensionnaires les plus riches du Cantilien. Mais c’est un partenariat gagnant-gagnant, car en 2019, c’est Carlos Laffon-Parias qui a "sorti" le plus de black types (pas moins de dix) pour la casaque bleue et blanche. Quatorze sujets ayant décroché du caractère gras sur 50 partants individuels, c’est un bon indicateur de la qualité et la réussite de l’effectif. À coté des Wertheimer, parmi les black types, il a aussi pu compter sur trois Al Shira'aa Farms (Mutamakina, Corando et Sicilia) et une Hinojosa (Villa Marina).

Les apparences sont parfois trompeuses. Villa Marina (Le Havre) a gagné son Prix de l’Opéra (Gr1) et le Prix de Psychè (Gr3) en terrain très souple. Son mentor voit pourtant en elle bien plus qu’une nageuse : « Face aux meilleures pouliches de 2.400m dans le Prix Vermeille (Gr1), sur un terrain rapide, la distance était trop longue. Si cette course s’était déroulée sur 2.000m, je pense qu’elle n’aurait pas terminé plus loin que deuxième. En descendant, Olivier Peslier m’a dit qu’il pensait gagner la course pendant un instant, mais qu’il y avait 200m de trop. Il est bien sûr évident que dans le Prix de l’Opéra, le terrain assoupli ne l’a pas dérangé… »

Un défi de taille. Le 2 novembre à Santa Anita, dans le Breeders’ Cup Filly and Mare Turf (Gr1),  Villa Marina va affronter un plateau assez exceptionnel avec la championne Sistercharlie (Myboycharlie), qui reste sur six succès consécutifs au niveau Gr1. Mais la course pourrait aussi attirer l’Irlandaise Iridessa (Ruler of the World), lauréate des Pretty Polly Stakes et des Matron Stakes (Grs1) cette année. Carlos Laffon-Parias explique : « Dario Hinojosa aime les défis. Et moi aussi. Quand on a le cheval pour, il faut le faire. Nous lui avons donné tout le temps de venir et elle s’est améliorée à chaque course. Désormais lauréate de Gr1, une chose est sûre, c’est qu’elle ne restera pas à l’entraînement l’année prochaine. Elle est bien, et si ce n’était pas le cas, nous n’irions pas courir là-bas. Nous avons encore une grosse semaine avant son départ. C’est la suite logique, après l’Opéra, d’aller vers le Breeders’ Cup Filly and Mare Turf, pour ce qui sera la dernière course de sa carrière. Il faut qu’elle voyage bien et qu’elle s’adapte au profil de Santa Anita, avec sa petite ligne droite. Sistercharlie est une remarquable jument de course mais aucun cheval n’est imbattable. Il faut profiter de la forme. »

Un taux de réussite impressionnant. Éleveur-propriétaire de Villa Marina, Dario Hinojosa connaît une grande réussite avec Carlos Laffon-Parias, par le biais de Recoletos (Whipper), vainqueur de cinq Groupes dont les Prix du Moulin de Longchamp et d'Ispahan (Grs1), sa sœur Castellar (American Post), lauréate du Prix de la Nonette (Gr2) et du Prix Cléopâtre (Gr3), ou encore Chinchon (Marju), gagnant de la Singapore Airlines International Cup et des United Nations Stakes (Grs1). Et tout cela, avec une production de seulement 2 à 8 poulains par saison ces dernières années. Carlos Laffon-Parias se souvient : « Dario Hinojosa a commencé l’élevage avec Pharatta (Fairy King) qui nous avait offert la victoire dans le Garden City Breeders' Cup Handicap (Gr2), à Belmont Park. Elle est la deuxième mère de Recoletos. Et tout s’est enchaîné. C’est un véritable passionné d’élevage. Il adore étudier les croisements, un exercice dans lequel il s’investit énormément. Ses connaissances au niveau de la génétique sont importantes et je suis simplement là pour choisir les physiques. La réussite de son élevage, sans disposer de moyens illimités, c’est avant tout une question de travail. Ses chevaux sont élevés sur une très bonne terre et l’équipe de son haras est remarquable. Nous nous connaissons de longue date et il n’est plus simplement un de mes propriétaires. C’est un ami. J’entraîne ses chevaux comme s’ils étaient les miens.  »

Lui donner sa chance. L’élève de Dario Hinojosa Recoletos est désormais étalon au haras du Quesnay. Carlos Laffon-Parias détaille : « Nous avons acheté une dizaine de poulinières pour le soutenir, que nous allons revendre pleines, afin d’assurer sa présence sur le marché. Et nous allons en racheter d’autres. » Recoletos a sailli 85 juments, faisant de lui l’un des trois débutants les plus demandés du parc français en 2019. Son ancien entraîneur poursuit : « C’était un remarquable cheval de course, avec un très bon changement de vitesse. Il a gagné au niveau Groupe sur 1.600m, 2.000m et 2.200m. Peu d’étalons stationnés en France peuvent se prévaloir d’un tel profil, surtout qu’il est issu d’une superbe origine maternelle. Le fait qu’il soit par Whipper (Miesque’s Son) en arrête certains. Mais qui se souvient des pères de Linamix (Mendez), Le Havre (Noverre), Pivotal (Polar Falcon)… ? Nous croyons en lui et nous voulons lui donner sa chance, notamment en gardant à l’entraînement certains de ses produits. »

De Dyhim Diamond à Deep Impact. Le Cantilien a connu de près plusieurs futurs bons sires, comme Dyhim Diamond (Night Shift). Au sujet de son ancien pensionnaire, il nous a confié : « Il avait échoué de très peu dans les Cork and Orrery Stakes (Gr2) à Royal Ascot. C’était un vrai sprinter qui avait du mal à faire 1.400m. Doté de beaucoup de vitesse, il a produit avec plus de tenue que lui-même. Avant de partir pour l’Espagne, il a donné de bons résultats en France, surtout si l’on tient compte du fait qu’il a eu peu de produits. On lui doit notamment Turtle Bowl (Prix Jean Prat, troisième des Queen Anne Stakes et du Prix Jacques le Marois, Grs1), Bannaby (Prix du Cadran, Gr1), Milanais (deuxième du Prix Jean-Luc Lagardère, Gr1)… » L’écurie de Carlos Laffon-Parias a aussi accueilli le champion Deep Impact (Sunday Silence), alors qu’il était en préparation pour le Prix de l’Arc de Triomphe. Il se souvient : « Physiquement, ce n’était pas un cheval impressionnant. Un peu plat, il n’était pas vraiment attrayant. Il avait par contre un très bon caractère. Mais surtout, quel cheval de course et quel étalon ! Il a donné des sujets de haut niveau capables de gagner partout à travers le monde. »

Fin de carrière pour Platane. Le week-end dernier, Platane (Le Havre) s’est classée bonne troisième des EP Taylor Stakes (Gr1). Et son entraîneur annonce : « Elle s’est très bien comportée à Woodbine. Depuis Deauville [cinquième du Prix de la Nonette, Gr2, ndlr], l’objectif était d’essayer de lui faire décrocher une place au niveau Gr1. Sur le papier, la course du Canada semblait plus accessible que le Prix de l’Opéra (Gr1) par exemple. Cela permettait aussi de la laisser un peu tranquille, elle qui a commencé à courir de bonne heure cette saison. Deux mois sans compétition, celui lui a sans doute fait du bien. Platane s’est bien adaptée au parcours des EP Taylor Stakes. Elle se classe troisième, étant la seule partante sans Lasix. La pouliche a perdu la deuxième place sur le poteau mais elle n’a pas été aidée par un très mauvais numéro à la corde. Sans cela, elle aurait pu lutter pour la victoire, mais je ne pense pas qu’elle aurait gagné. Cette course était la dernière de sa carrière, elle part au haras avec une victoire de Gr3 et une place de Gr1 à son palmarès. »

Ziyad, une année sans fausse note. Après sa victoire dans le Grand Prix de Deauville (Gr2), Ziyad (Rock of Gibraltar) s’est classé bon troisième du Canadian International (Gr1, 2.400m). Carlos Laffon-Parias détaille : « Ce Gr1 canadien, c’était peut-être la course de trop. Il a commencé sa saison au mois de mars avant d’enchaîner les combats. Ziyad était un peu défraîchi, mais il est battu par un très bon cheval. Desert Encounter (Halling) vient d’aligner quatre victoires, il n’a rien à redire à son succès. On peut se dire qu’avec plus de fraîcheur, Ziyad n’aurait pas cédé la deuxième place sur le poteau. Mais on ne peut pas lui demander plus, son année est sans faute. À présent, il va se reposer. Si on voit qu’il est bien en début d’année, peut-être que nous le préparerons pour aller à Dubaï. Sinon, nous attendrons le printemps. »

Peut-être la Dubai Sheema Classic. En 2011, Carlos Laffon-Parias avait déjà fait passer Chinchon (Marju) par le Canadian International pour aller sur la Dubai Sheema Classic (Gr1, 2.400m). Il poursuit : « Ziyad est un cheval qui voyage bien et s’adapte à tout type de parcours. Reste à voir comment il sortira de l’hiver, en espérant que le climat ne sera pas trop rigoureux à Chantilly. Si toutes les conditions sont réunies, nous pourrions essayer de préparer la Sheema Classic. » L’élève et représentant des frères Wertheimer a déjà prouvé qu’il était capable d’aller au-delà des 2.400m, et au sujet d’un futur rallongement, son mentor explique : « Pourquoi pas. Mais pour voyager, les options sont sur 2.400m, une distance sur laquelle il est compétitif. »