David Salabi : « Génération Courses veut faire partager son enthousiasme ! »

Institution / Ventes / 08.10.2019

David Salabi : « Génération Courses veut faire partager son enthousiasme ! »

Entrepreneur à succès, David Salabi fait partie de cette nouvelle génération d’éleveurs et de propriétaires qui veulent faire évoluer les courses françaises. Il se présente sur la liste des éleveurs au sein de Génération Courses.

Jour de Galop. – Votre emploi du temps est déjà bien rempli, entre le travail, la famille et les chevaux, alors pourquoi vous engager en politique ?

David Salabi. – Ce n’est pas la première fois que je donne de mon temps à la filière, car j’ai déjà fait partie de la commission propriétaires. Ma première source de motivation, c’est le constat que beaucoup reste à faire. La deuxième, c’est le fait que j’ai la ferme conviction qu’il est possible d’inverser les courbes, que ce soit au niveau du PMU ou de l’institution. Oui, la relance est possible. Mais à condition que l’on parvienne à régler un certain nombre de problèmes. J’y crois aussi car les courses en elles-mêmes, c’est un "produit" exceptionnel. Au sein de Génération Courses, nous partageons tous cet optimisme et ce volontarisme. Enfin, je crois au mélange de la culture entrepreneuriale d’un Steve Burggraf par exemple et du savoir des hommes de chevaux comme Henri Bozo. Cette rencontre des compétences, avec de l’énergie et de l’ambition, a un grand potentiel. Nous voulons faire évoluer les choses, avec pragmatisme, sans faire table rase du passé. Avec beaucoup de bienveillance pour l’institution et pour les acteurs des courses.

Si vous entrez au comité de France Galop, comment imaginez-vous votre engagement ?

Génération Courses a communiqué sur son programme, qui compte cinq P : propriétaire, public, programme, pari et personnel. En ce qui me concerne, j’ai une attirance pour les dossiers concernant les propriétaires, mais aussi pour tout ce qui touche au public. Au sujet des propriétaires, nous voulons créer une interface entre cet univers parfois difficile à percer et ceux qui aspirent à y investir, notamment les entrepreneurs qui sont à la recherche de points d’appui pour accompagner leur découverte. Voilà ce que Steve Burggraf et moi-même pouvons apporter. Nous pouvons former un duo et faire venir d’autres investisseurs dans la filière.

Les courses sont-elles toujours attirantes pour quelqu’un comme vous ?

À chaque fois que nous organisons une manifestation ouverte à de nouveaux investisseurs, ils sont ravis et même enthousiastes. Je suis très optimiste quant à la possibilité de faire venir aux courses des entrepreneurs. Ils y retrouvent beaucoup de choses qui font le sel de l’entrepreneuriat : l’adrénaline, la stratégie, la préparation, le goût de la victoire, la grandeur des enjeux… Les courses leur font découvrir d’autres univers, rencontrer d’autres personnes. Cerise sur le gâteau, c’est aussi du rêve et du partage. Et, en ce moment, le rêve, tout le monde en a besoin. Nous vivons dans un monde où le Fonds euro va disparaître, où les taux d’intérêt sont négatifs… Les gens sont donc à la recherche de sens dans leurs investissements, au-delà du rendement, car ce dernier n’existe plus ! Et les investisseurs d’un certain niveau sont toujours à la recherche du "beau", de l’élégance.

Mais est-il pour autant facile de leur faire franchir le pas ?

Très concrètement, lorsque j’ai ciblé les bons profils, le taux de conversion était assez élevé. Mais cela demande du temps, il faut s’occuper d’eux et toujours chercher à améliorer leur expérience.

Cela revient donc à se poser la question suivante : est-ce à France Galop de s’occuper du recrutement des propriétaires ?

France Galop doit continuer à améliorer "l’expérience client" qu’elle offre aux propriétaires et aux éleveurs. Et ce, dès le départ, c’est-à-dire au moment des agréments. Et ensuite à chaque phase de contact administratif, comme lorsqu’il faut nommer un cheval par exemple. Les choses se sont améliorées, mais la situation n’est toujours pas satisfaisante. Pour les néophytes, se lancer en tant que propriétaire, c’est un processus assez lourd et ils ne se sentent pas accueillis. On a parfois l’impression de se retrouver face à l’administration française, alors qu’il s’agit d’un "investissement plaisir". L’institution doit personnaliser la relation, avec des personnes avenantes et formées dans cet objectif. On doit aussi faire beaucoup mieux pour l’accueil sur les hippodromes, la célébration des victoires… Cela fait partie des sujets forts sur lesquels nous travaillons à Génération Courses et que nous voulons traiter activement à France Galop dès 2020.

Mais le recrutement en tant que tel, c’est encore autre chose : c’est le rôle de l’ensemble des acteurs de la filière. C’est un devoir collectif car tous les acteurs, grands comme petits, sont impactés positivement à chaque fois qu’un nouvel investisseur se manifeste. Notre objectif, c’est d’accroître la taille du gâteau, pour que chaque acteur ait plus à se partager.

On peut recruter à tous les niveaux, de l’achat de yearling à l’écurie de Groupe. La passion des courses a ceci de particulier qu’elle se transmet de manière virale. Mais pour cela, il faut accepter de s’ouvrir, de faire l’effort d’accompagner les gens à l’entraînement, de prendre le temps d’expliquer quand on va aux courses…

Et concernant le grand public ?

Le pire pour un propriétaire, c’est de gagner une course alors que l’hippodrome est vide. C’est un facteur énorme de découragement. Les grandes journées de courses sont réussies sur le plan de la célébration et de l’enthousiasme du public. Mais faire revenir du monde, cela doit être un combat de tous les instants, que cela soit en semaine ou lors des week-ends sans évènement. Et pour le public aussi, il faut continuer à améliorer l’expérience. C’est un travail au long cours, dans un monde où tout le monde veut tout… tout de suite. Mais il y a des éléments encourageants, le début d’une reconquête. On se rend compte que, lorsque l’institution, au lieu de tout gérer en interne, responsabilise certains prestataires, elle gagne en efficacité. C’est notamment le cas lors des Jeuxdi à ParisLongchamp. La réussite de ces soirées du jeudi influe positivement sur l’image et l’audience des courses. C’est une première étape, il faut aller plus loin. Nous sommes dans un monde où la communication à bon escient permet d’aller plus vite que par le passé. Le côté visuel des courses, c’est du pain bénit pour les réseaux sociaux. Tout cela, c’est plus une question de savoir-faire que de gros budgets. Il faut s’ouvrir à ces compétences spécifiques. De par mon activité professionnelle, c’est un environnement que je connais bien. Dans tous les métiers, nous vivons une époque d’ultra-spécialisation. France Galop doit se concentrer sur son cœur de métier, la gestion des courses. Surtout que l’institution n’a pas la taille ni les moyens d’attirer les meilleurs, en interne, pour la communication par exemple.

Parmi vos adversaires politiques, certains vous accusent de sectarisme. Est-il vrai que vous ne vous intéressez qu’à l’élite ?

Je vais vous parler de mon parcours personnel. Ayant grandi dans un HLM, j’ai passé une partie de mon enfance avec les parieurs du côté de la pelouse. Un univers avec lequel j’ai encore des connexions. Plus tard, j’ai connu le propriétariat, l’élevage sans sol et même l’élevage sur mes propres terres, puisque j’ai investi avec mon associé Philippe Druon dans le haras du Thenney. J’ai eu des chevaux dans toutes les catégories : du gagnant de réclamer au placé classique. Ce parcours m’a permis de côtoyer une large palette d’acteurs des courses, soit autant de manières de vivre le sport hippique. Je place toutes ces personnes sur le même plan, sans aucun sectarisme. Je prends autant de plaisir avec mes chevaux en 30 de valeur qu’avec ceux qui évoluent au niveau Groupe. L’économie est importante. Mais, au fond, ce qui nous fascine, c’est le fait de vibrer tout au long de l’histoire d’un cheval, de partager des émotions avec nos proches… Ces accusations de sectarisme ne me touchent pas du tout, car elles ne nous concernent pas. Génération Courses rassemble des gens très différents. C’est même un exemple d’antisectarisme.

Vous qui êtes un client du PMU de longue date, que pensez-vous de la situation de l’entreprise ? Le PMU va-t-il dans le bon sens ?

Les premières décisions de Cyril Linette, qui consistent à redonner au pari ses lettres de noblesse, avec un jeu qui n’est pas basé sur le hasard, avec des gains en rapport avec l’intelligence du joueur… cela me parle beaucoup. En tant que joueur, ce que j’aime, c’est faire le papier et essayer d’être plus intelligent que les autres. C’est l’essence des courses. Si les quelques bonnes nouvelles en termes de résultats sont liées à ce recentrage, j’en suis ravi. Ce qu’il manque dans le discours de Cyril Linette, c’est l’innovation. Quand va-t-elle intervenir ? Il nous manque des clés de compréhension pour le savoir et appréhender la situation avec finesse. Nous sommes en attente de nouveauté, pour répondre aux attentes des parieurs et faire venir les jeunes. D’une manière plus générale, un business sans innovation… c’est un business qui meurt sur le long terme. Si on part du principe que la direction du PMU est à la hauteur, on peut penser que nous sommes dans une phrase de transition qui va être suivie d’innovations. Nous restons attentifs, mais on peut comprendre qu’il y a besoin de temps.

Comment réconcilier partants pour le jeu et sélectivité du programme ?

C’est possible si l’on cumule la redynamisation du propriétariat avec l’apparition de nouveaux jeux et la mise en place de mini-meetings… Ce sont les bonnes courses qui sont les plus attrayantes pour les parieurs, notamment du fait de leur régularité, à condition de rassembler suffisamment de partants.

Quelle est votre position concernant la fermeture de Maisons-Laffitte ?

Il faudrait plus de transparence pour savoir où doivent se faire les économies. Elles portent sur Maisons-Laffitte, mais ne pouvions-nous pas faire d’autres arbitrages ? En tant qu’amoureux des courses, j’ai forcément envie de sauver Maisons-Laffitte. Je serais ravi de voir émerger un projet privé qui soit viable. Il faut regarder ce qui fonctionne bien ailleurs et diffuser les bonnes pratiques. On remarque que la responsabilisation d’une entité pour la gestion et l’animation d’un hippodrome fonctionne. Les bons exemples viennent de province. Citons de manière non exhaustive La Teste, Compiègne, Nantes, Vichy, Clairefontaine… soit autant de sociétés autonomes qui cumulent fréquentation et qualité d’accueil. Dans chaque cas, avec pragmatisme, des solutions adaptées à la réalité locale ont été trouvées. Enfin, l’ouverture des hippodromes aux entreprises, c’est encore une manière d’inciter des gens à franchir la grille de cet endroit qu’ils ne connaissent pas. À Paris comme en province.