De nouvelles perspectives pour les courses de poneys en France

Courses / 17.10.2019

De nouvelles perspectives pour les courses de poneys en France

Lentement mais sûrement, les compétitions hippiques à poney se développent dans notre pays. Cécile Madamet, cheville ouvrière de cette filière, et Mathias Hebert, en charge du dossier à la Fédération française d’équitation (FFE), nous ont expliqué comment ils souhaitent faire passer la discipline à la vitesse supérieure.

Par Adrien Cugnasse

Cécile Madamet nous a récemment confié : « Les choses ont évolué ces trois dernières années. On voit que la mayonnaise prend. Des clubs me contactent. Au-delà de l’Ouest, où la tradition est forte, on constate une belle activité dans le Centre et le Sud-Ouest. Il n’est pas évident de faire adhérer les enseignants à ce projet, car la nouvelle génération à des aprioris sur les courses. Mais cela plaît aux enfants et c’est notre meilleur argument. L’ambiance de travail est très bonne avec la FFE. L’objectif est de faire émerger des experts fédéraux, qui feront office de conseillers techniques et de promoteurs auprès des clubs. Parmi les institutions, nous avons le soutien de l’Association des entraîneurs. Nicolas Clément et  François-Xavier de Chevigny sont de précieux alliés. Nous voulons d’ailleurs proposer aux meilleurs des stages à Chantilly. Lorsque nous les sollicitons, les jockeys répondent d’ailleurs présent. Nous avons des bonnes relations avec le Club des gentleman qui nous prête une oreille attentive pour un projet de championnat des poneys lors du week-end des amateurs. »

Un vivier pour le personnel de demain. Mathias Hebert, conseiller technique national, nous a expliqué : « Je tiens à saluer l’action de Cécile Madamet. Elle consacre énormément d’énergie à cette cause, avec l’idée que c’est quelque chose de bénéfique pour l’ensemble de la filière, hippique comme équestre. Le monde des courses manque de personnel. Avant d’être jockey ou lad, il faut être cavalier. On ne peut pas débuter sur des chevaux de course. Il faut bien que les jeunes mettent le pied à l’étrier, avant de passer par les courses de poneys puis d’aller vers les pur-sang. Même si nous rencontrons parfois quelques freins institutionnels, il est très motivant de constater que les professionnels des courses apportent un véritable soutien à la compétition sur poney. Le fait que les grandes casaques sponsorisent les épreuves de Deauville était par exemple un acte fort. »

Rendre la discipline plus accessible. Mathias Hebert poursuit : « Un nouveau règlement a été mis en place. C’est la phase deux du développement de la discipline. Les compétitions actuellement en place sont, en quelque sorte, l’élite de la catégorie. Mais le fossé entre les formidables petits compétiteurs que l’on a pu voir à Deauville ou à Craon, avec l’enfant qui débarque pour découvrir les courses avec son gentil poney de club est trop important. Et ce fossé est un frein à la diffusion des courses comme activité dans les clubs. Il faut donc stimuler la création d’une base large dont les meilleurs iront fournir le haut niveau des épreuves à poney, et peut-être un jour intégrer la profession. Dans cet objectif, nous venons d’ouvrir la possibilité aux clubs d’organiser eux-mêmes des journées de courses à poney. Le cahier des charges, dans ce contexte, est bien plus accessible et cela doit permettre aux clubs de s’en emparer pour développer la discipline. On peut imaginer des journées de compétitions pluridisciplinaires, en dehors des périodes de courses, sur certains hippodromes. C’est une diversification supplémentaire pour les champs de course, en particulier en province. Il faut aussi avoir conscience que les épreuves d’initiation sont moins pratiques à organiser lors d’une réunion de courses, où tout est minuté, car les enfants ont besoin de temps durant cette phrase de découverte. »

S’ouvrir à de nouvelles idées. Mathias Hebert détaille: «  Nous avons évoqué la possibilité de remettre en place des courses d’initiation pour des cavaliers plus âgés, avec des animaux qui ne sont pas des chevaux de course et qui vont donc beaucoup moins vite qu’un pur-sang. En essayant eux-mêmes la discipline, cela peut susciter des vocations chez des enseignants qui auront à leur tour l’envie d’initier leurs jeunes élèves. La FFE, pendant les vacances scolaires, accueille des poney-clubs venus de la France entière pour des stages en pleine nature, en Sologne. Nous allons proposer à ces jeunes, qui restent une semaine au parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron, des initiations aux courses sur une piste de galop. On pourrait aussi imaginer des partenariats avec l’Afasec, une institution qui aurait beaucoup à gagner en soutenant les épreuves à poney. »

Regarder ce qu'ili se passe à l’étranger. Cécile Madamet nous a confié : « L'Angleterre a dix ans d'avance. Plusieurs actions sont remarquables, comme le Youth Training Sheme, soit des stages à destination d'enfants n'ayant pas de poney et peu de moyens, où tout leur est fourni. Ils sont aussi invités à visiter le centre d'entraînement de Newmarket, à découvrir l’école des courses… En association avec la British racing school, des summer camp sont organisés. Ces stages pour l'élite proposent de la pratique et des courses, mais aussi des cours de diététique, du fitness, l’étude du Code des courses… En Angleterre, deux catégories de courses complémentaires cohabitent, les race course series – soit la crème de la crème, sur hippodrome – et les point to point… Sans parler des très nombreux professionnels occupant des postes divers, ce système a fait naître bien des vocations de compétiteurs. En 2017, après dix ans de fonctionnement, on dénombre 185 jockeys – ou amateurs – issus des courses de poneys »