Frédéric Sanchez, l’étoile montante des entraîneurs français de pur-sang arabes

29.10.2019

Frédéric Sanchez, l’étoile montante des entraîneurs français de pur-sang arabes

Champion des apprentis de sa génération, devenu entraîneur de lauréats de Gr1 PA, Frédéric Sanchez a voyagé partout à travers le monde. Et son odyssée hippique ne fait que commencer.

Les prémices. Frédéric Sanchez est né à Aix-en-Provence, dans une famille sans lien avec les courses. Sa jeunesse fut consacrée à une toute autre ambition sportive, celle de devenir footballer professionnel. Sous les couleurs de la France, il a notamment marqué contre l’Italie alors qu’il avait 11 ans, sentant alors que le destin était en marche. Néanmoins, ne grandissant pas suffisamment, il fut confronté à la déception de celui qui ne peut poursuivre son rêve. Pourtant, sa petite taille allait se révéler un atout lorsque son père lui a suggéré de devenir jockey.

C’est d’ailleurs un ami de son père qui lui a conseillé de commencer par l’Afasec. Et le jeune Frédéric Sanchez a donc pris la route de Chantilly, entrant en apprentissage chez John Hammond, entraîneur anglais installé en France. Ce dernier, qui vient d'annoncer récemment sa retraite, n’a jamais dépassé les 70 pensionnaires, malgré ses succès au meilleur niveau. À cette époque, son effectif comptait notamment un sujet du calibre de Suave Dancer (Green Dancer). Un champion que Frédéric Sanchez a monté à l’entraînement lorsque son cavalier habituel n’était pas disponible. Bien sûr, un tel privilège ne lui fut pas concédé au départ, car comme il l’explique non sans humour : « À ce stade, je tombais tous les jours. »

Sa chance est apparue le jour où John Hammond et son assistant David Anderson l’ont présenté dans une course face à l’autre apprenti de l’écurie, lequel était d’un an son aîné. Frédéric Sanchez a terminé devant son collègue et son mentor a alors accepté d’essayer de faire de lui un jockey. Il a passé un hiver à Santa Anita, avant de revenir en France. Et c’est à ce moment-là qu’il est devenu tête de liste chez les apprentis.

Monter en course. Frédéric Sanchez fut deux fois champion des apprentis français (en 1991 et 1992). Durant ses 18 années de carrière, il a monté 800 gagnants. Il fut dans le top-dix français durant neuf saisons. À 24 ans, l’opportunité de monter trois mois à Hongkong s’est présentée. Ce fut un succès, et il est finalement resté toute la saison, en compagnie de Patrick Biancone. Il a mené trois pensionnaires de ce dernier à la victoire au niveau Gr1, ainsi qu’un cheval de Tony Cruz. Frédéric Sanchez n’a jamais remporté de Gr1 en France, même si l’un des temps forts de sa carrière fut la deuxième place d’Abbatiale (Kaldoun) dans le Prix de Diane. Cet accessit fut assez tragique car la pouliche s’est accidentée à 20m de l’arrivée, où elle fut battue d’un nez.

Durant les saisons hivernales, il a complété son expérience hongkongaise par des périodes de compétition au Japon et à Singapour. Frédéric Sanchez a passé la saison 2001-2002 à Dubaï, chez Erwan Charpy, en tant que deuxième jockey pour soutenir Seb Sanders. Il se souvient : « Tadhg O’Shea était mon apprenti. J’espère que j’ai pu lui apporter quelque  chose ! »

Alors qu’il était à Dubaï, Frédéric Sanchez a monté des pur-sang arabes du cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan. Ils étaient entraînés par Julian Smart et Julio Peromingo. Son poste était celui de deuxième jockey, les premières montes étant pour Wayne Smith. Il a ainsi pris part à la Kahayla Classic, terminant à la sixième place sur Alto de Maligne (Djelfor). Ce dernier était entraîné, comme le lauréat, Nez d’Or (Dormane), par Julian Smart.

Une nouvelle vie, une nouvelle carrière. Alors que s’annonçait la trentaine, la bataille pour faire le poids commençait à devenir difficile. Il explique : « J’étais le premier dans ma famille à faire ce métier. Personne ne m’a poussé à continuer. » Après la suspension de Patrick Biancone à Hongkong, Frédéric Sanchez s’est envolé pour les États-Unis, un pays où il a brièvement eu l’opportunité d’entraîner. Les prémices d’une nouvelle carrière au sujet de laquelle il nous a confié : « Je pensais que l’entraînement était une activité qui pouvait me plaire. Mais je n’ai jamais eu l’ambition d’avoir 100 chevaux, je préférais une petite écurie. Plutôt que de raccrocher totalement, je me suis dit que je pouvais continuer à monter, tout en entraînant. C’est ainsi que ma conversion a commencé. J’ai alors rencontré ma femme, Stéphanie. Nous sommes ensembles depuis treize ans. C’était le moment idéal pour débuter une nouvelle vie. Nous avons commencé en Espagne, à San Sebastian, c’est-à-dire à deux pas de la France où il est d’ailleurs facile d’aller courir. Nous avions entre dix et quinze chevaux. Malgré de bons résultats lors des deux premières années, nous avons décidé de revenir en France, notamment à cause des coûts liés au fait d’être installés à l’étranger. »

Les Sanchez se sont donc installés à Chantilly pendant trois années, avant de déménager à Pau. Cela fait donc sept ans qu’ils sont basés dans le Sud-Ouest avec une vingtaine de chevaux, dont une moitié de pur-sang arabes. À défaut de sujet de niveau Groupe, l’écurie compte plusieurs pur-sang anglais compétitifs dans les handicaps. L’écurie tourne, mais c’est surtout avec les pur-sang arabes que Frédéric Sanchez a éclaté au grand jour.

Une opportunité. L’ancien jockey voit un lien direct entre sa période dubaïote et la confiance que lui accorde le fils du président d’alors, Son Altesse le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan. Les premiers pas ont pourtant été peu fructueux, avec l’arrivée de Thabit (Munjiz) : « Ils m’ont envoyé un cheval en me disant : ce n’est pas un champion, vois si tu peux en faire quelque chose ! »

Thabit a finalement remporté l’édition 2016 de la Coupe du Sud-Ouest (Gr3 PA). À La Teste-de-Buch, il dominait notamment Mabrooka (Mahabb) et Sir Bani Yas (Amer). Des frères et sœurs de Thabit ont alors rejoint l’effectif. Bandar (Munjiz) s’est classé troisième du Derby français (Gr1 PA) de Nafees (Azadi) et il a gagné un Gr3 PA au Maroc, avant d’être le premier partant de son entraîneur dans le Kahayla Classic. Le professionnel pense que leur sœur est meilleure : Najah (Munjiz) a d’ailleurs gagné le Prix Razzia III (Gr3 PA) lors de sa première sortie publique. Elle a ensuite remporté deux Grs2 PA à Toulouse. Mais sa carrière a été écourtée par une blessure. C’est donc Hayyan (Munjiz) qui lui a permis de remporter son premier Gr1 PA cette année, en signant le doublé des Derby anglais et français.

Frédéric Sanchez commente : « Hayyan est le quatrième produit de la mère, Dahwa (Tidjani), sur lequel je peux compter. Avec le cheikh Mansour, qui est issu de la famille régnante d’Abu Dhabi, les chevaux et les hommes ont droit au respect. Et ce sont des personnes très honnêtes. Je suis heureux d’entraîner pour eux. »

Le lien avec cette souche est très fort puisque son autre lauréat de Gr1, Bayan (Munjiz), est un fils de Mowafaka (Tidjani), elle-même propre sœur de Dahwa. Cette pouliche est passée d’un maiden à un Gr2 PA puis à un succès de Gr1 PA en l’espace de quatre sorties cette saison. Elle fut une courageuse sixième à ParisLongchamp dans le Qatar Arabian Trophy des Juments (Gr1 PA). À présent, elle va prendre du repos en vue de l’année prochaine.

Avant le Derby anglais, Frédéric Sanchez n’envisageait pas de faire courir Hayyan dans la Qatar Arabian World Cup. Peu avant l’échéance anglaise, l’entraîneur annonçait d’ailleurs : « S’il gagne aujourd’hui, nous pourrions viser la grande épreuve l’année prochaine. Il n’a que 4ans pour l’instant, c’est trop jeune. Peut-être ira-t-il à Abu Dhabi pour la Jewel Crown. Mais il faut que nous prenions soin de nos chevaux d’âge. »

Le premier Gr1 PA d’Hayyan a placé son entraîneur au centre de l’attention. Ce dernier explique : « Lorsque vous gagnez en tant que jockey, vous descendez de cheval, vous rentrez à la maison où vous dînez avec vos amis et votre famille. Lorsque l’on est entraîneur, il faut être disponible 24h sur 24, tous les jours. Je suis très proche de mon équipe. Et c’est la raison pour laquelle  je préfère avoir une petite écurie. J’aime aussi être proche de mes pensionnaires… ils sont un peu comme mes enfants »

Par le passé, Frédéric Sanchez aurait aimé entraîner à Hongkong. À présent, ses objectifs ont changé : « Nous sommes très pris avec notre effectif en France. Mais peut-être qu’un jour, il serait intéressant de passer l’hiver à Abu Dhabi et l’été ici. »