La jeune génération veut faire bouger les lignes

Institution / Ventes / 03.10.2019

La jeune génération veut faire bouger les lignes

À la tête du haras d’Étreham, Nicolas de Chambure est l’un des jeunes éleveurs ayant fait le choix de s’impliquer à la Fédération des éleveurs du galop et il fait partie de la liste au sein du collège des éleveurs. À l’approche de l’échéance électorale, il a répondu à nos questions.

Jour de Galop. – Est-il possible de mener une politique ambitieuse alors que nombre d'éleveurs manquent de moyens ?

Nicolas de Chambure. – Il existe différentes méthodes pour monter en gamme, notamment le partenariat sur les juments qui permet de répartir les risques. C’est aussi un moyen d’avoir une jumenterie plus nombreuse. Il ne faut pas avoir peur de monter en gamme, il existe d’ailleurs des possibilités de financement pour l’achat de juments. Mais certains éleveurs n’en sont peut-être pas suffisamment informés et il y a un travail de communication à faire. La France a la chance d’avoir un système de primes et il faut le préserver, tout en sachant qu’il a été mis en place pour encourager l’investissement et l’amélioration de l’élevage.

Oui, il faut donc mener une politique ambitieuse, mais aussi être lucide sur les possibilités de vente quand on réalise un croisement.

Il faut d’autre part souligner les signaux positifs de ces dernières années avec le retour des investissements de certains propriétaires français et l’arrivée de nouveaux étalons intéressants pour cette catégorie du milieu de gamme.

S’agissant plus précisément de l’obstacle, le dynamisme des propriétaires, éleveurs et entraîneurs, leur volonté d’innover… a fait que de plus en plus d’entiers ont été conservés à l’entraînement en vue d’une carrière de reproducteur. Cela permet notamment de proposer des courants de sang spécifiques pour la discipline et ainsi de renouveler l’offre d’étalons. Enfin, la multipropriété – comme les syndicats ou encore les écuries de groupes –- représente aussi une opportunité pour soutenir ce marché intermédiaire. Il faut toujours plus l’encourager.

Comment renforcer la compétitivité de l'élevage français ?

En faisant ce qui vient d’être évoqué : monter en gamme. Il faut investir dans des bonnes juments et des étalons attractifs. Aujourd’hui et depuis quelques années, le marché est redevenu dynamique avec l’arrivée d’une vague d’étalons qui ont donné un nouvel élan au parc français. À ce sujet, il faut souligner l’excellent travail effectué par les étalonniers et leur capacité, ainsi que celle de certains propriétaires-éleveurs, à soutenir leurs jeunes reproducteurs. La notion d’amélioration de la race chevaline est importante. Un retour en arrière, sur l’origine des textes de loi ayant abouti au pari mutuel, se révèle riche d’enseignements. Les paris hippiques n’ont été autorisés qu’à titre dérogatoire, à condition de prendre une part active à la sélection du cheval en France et à l’amélioration de la qualité de notre élevage. On comprend dès lors l’importance, sur le plan historique, de la bonne tenue des courses de Groupe dans notre pays. Sur une perspective plus récente, il est intéressant de noter qu’à l’échelle de la planète, le galop est en développement. Et il y a donc une demande internationale qui n’est pas encore satisfaite en ce qui concerne les chevaux d’une certaine qualité. Les éleveurs français doivent être capables de tirer profit de ce marché.

À l’étranger, la situation est comparable. En Irlande, la vente de Goffs qui vient de se clore, et dont la formule a des similitudes avec celle d’août à Deauville, a elle aussi été portée par les acheteurs internationaux. Chacun doit avoir la possibilité d’élever ce qu’il veut et de la manière dont il le souhaite. Cela ne pose aucun problème lorsqu’il s’agit de faire courir sa production sous ses propres couleurs. Mais lorsqu’il s’agit de vendre, l’éleveur doit bien appréhender en amont les exigences du marché. Et les étalonniers, ou encore les agences de vente, ont leur part de responsabilité dans l’information et le conseil apportés aux éleveurs.

La formation des éleveurs et de leurs équipes – sanitaire, gestion de la fertilité, poulinage... – est-elle assez développée ?

On peut toujours faire plus. Mais sur ce sujet, les haras font en général du bon travail. La Fédération des éleveurs a toujours été force de proposition pour organiser des colloques et des formations sur des sujets variés : techniques d’élevage, fiscalité, nutrition…

Un point sur lequel nous devons encore progresser, c’est la communication autour de nos métiers. Il faut faire connaître la filière aux jeunes et les inciter à se former aux emplois que nous proposons dans nos haras. Tout cela doit passer par une revalorisation de l’image de nos métiers pour leur donner envie de nous rejoindre.

La transmission est une chose qui me tient à cœur. Nous devons trouver un bon équilibre entre les technologies et le savoir-faire des hommes de chevaux. Il faut garder le bon sens paysan qui fait la force d’un pays chargé d’histoire comme le nôtre. Pour y parvenir, il est important que les savoirs soient transmis aux jeunes générations. C’est ainsi que nous préserverons le côté naturel de l’élevage des galopeurs. Le bien-être des animaux en dépend et l’image de notre univers aussi. Car la préservation du bocage, par exemple, est un gage de biodiversité et des animaux élevés de manière naturelle constituent pour le grand public une belle preuve du respect que nous leur portons.

Les jeunes qui se sont investis dans la Fédération des éleveurs font office de caisse de résonance en transmettant le message des professionnels de leur génération. Et pour beaucoup, la gouvernance actuelle apparaît comme obsolète et anachronique. Le système entrave un renouvellement des idées et des personnes. Nous nous sommes plongés dans l’étude des rouages de la gouvernance et nous voulons être force de proposition pour faire évoluer la composition du Comité et du Conseil d’administration. C’est un point où nous ferons preuve d’intransigeance. Nous plaidons en faveur d’un nombre plus réduit de cooptés qui ne pourront pas exercer plus de deux mandats successifs. C’est un temps au-delà duquel il devient en effet moins évident d’être une force de proposition.  

Enfin il est important d’avoir conscience du fait que nous vivons dans une période où les gens exigent une information régulière, accessible et transparente. Il y a des avancées, des choses positives, mais qui est au courant ? Le manque de communication de l’Institution crée de l’incompréhension et des tensions. Il est difficile de suivre l’évolution des différents dossiers. Une conférence de presse après chaque réunion du Comité pourrait être bénéfique pour le climat général de la filière.