Les courses ont encore leur destin en main… pour le moment

International / 17.10.2019

Les courses ont encore leur destin en main… pour le moment

Membre du Parlement britannique et ancienne ministre des sports, Tracey Crouch n’a pas pu se rendre à la Conférence internationale des autorités hippiques en raison des négociations autour du Brexit. Mais elle s’est exprimée dans une vidéo. C’est un discours implacable et plein de réalisme.

Tracey Crouch a notamment déclaré : «  J’ai été fière d’avoir eu la responsabilité de notre secteur économique hippique, le meilleur du monde. Les courses emploient des dizaines de milliers de personnes, divertissent des millions de spectateurs sur les hippodromes et génèrent des milliards pour l’économie mondiale. Elles sont enracinées dans les pratiques sociales et culturelles de nombreux pays.

Les normes actuelles sont mises au défi et les attentes sociales évoluent plus rapidement que jamais. Les leaders des courses hippiques doivent avoir conscience de cette révolution et de la manière dont elle impacte les politiques. Il n’y a aucun autre domaine où ces changements se manifestent plus que sur le bien-être animal, que ce soit à l’élevage, lors des transports et, bien sûr, dans le sport. J’ai personnellement travaillé sur des campagnes autour du bien-être animal ayant des résonnances politiques, comme l’opposition à la "chasse au trophée", la chasse au renard ou l’abattage des blaireaux en Grande-Bretagne [pour lutter contre la tuberculose du bétail, ndlr].

Dans beaucoup de pays, les courses ont un "permis social d’exploitation". Cela veut dire que le grand public accepte les pratiques et les procédures d’une filière. Mais ce permis est accordé en échange de la compréhension des courses hippiques et de leur capacité à bien traiter les chevaux. Si les courses hippiques n’arrivent pas à le prouver, alors son permis pourra facilement lui être enlevé. En tant que politique, la consultation de mon courrier est souvent un bon baromètre de l’opinion. De plus en plus, les associations de défense des animaux et leurs supporters me font part de leurs inquiétudes sur le bien-être des chevaux, y compris dans les courses et surtout autour des grands rendez-vous. Les filières hippiques du monde entier doivent être prêtes à répondre à tous ces challenges. C’est pourquoi il s’agit aujourd’hui d’un débat de grande importance.

Le sport doit s’ouvrir et être prêt à mieux communiquer sur tout ce qu’il met en place pour assurer un standard élevé quant aux normes de bien-être des chevaux. En tant que ministre des sports, j’ai eu la chance de visiter les fantastiques installations vétérinaires et anti-doping de Cheltenham. Montrer tout ce soin et cette attention au plus grand nombre possible est l’une des clés. Cela fera son chemin jusqu’aux politiques.

Il faut aussi des preuves claires. Les défis émotionnels présentés par les opposants doivent être contrés par des preuves indiscutables des investissements effectués en matière de bien-être animal. Et par les preuves du succès de ces opérations. Si ces preuves n’existent pas, alors la filière va au-devant de grands problèmes.  

Vous devez être prêts à repenser vos attitudes à l’intérieur même du sport et à voir les choses avec un œil plus extérieur. Il ne s’agit pas d’apaiser les opposants mais de comprendre comment le public et les politiques qui n’évoluent pas dans le monde des courses vont ressentir cette question du bien-être. C’est pour toutes ces raisons que je suis enchantée d’avoir rejoint le Horse Welfare Board établit par British Racing. Il est logique et juste que des voix extérieures aux courses les défient et contribuent à améliorer le bien-être des chevaux.

Il vous reste donc à avoir des débats éclairés au sein de l’Institution des courses, ce qui permettra d’être proactifs et raisonnables dans les changements à faire. Le cas échéant, vous allez subir des changements imposés par les politiques, sans prendre en compte tous les détails liés à l’Institution, mais qui seront l’écho de l’opinion publique.

Nous sommes à un moment clé pour le secteur. Il est temps de s’emparer de l’agenda politique sur le bien-être animal, sous peine de perdre toute une génération de fans des courses et de se retrouver avec une activité en déclin. Beaucoup de choses positives ont été mises en place mais il y a encore beaucoup de travail à faire. »