Merci Milord !

Courses / 29.10.2019

Merci Milord !

Par Christopher Galmiche

La nouvelle est tombée ce mardi à la mi-journée, sous forme d’un message que David Powell nous a envoyé. « Milord Thomas semble en pleine forme mais son check up vétérinaire faisant paraître une très légère prise de risque, nous avons décidé de mettre un terme à sa carrière de course. Il sera présent dimanche à Auteuil pour la parade des anciens champions avant de partir à la retraite chez ses éleveurs. » Quelques mois après la retraite de la reine d’Auteuil De Bon Cœur ** (Vision d'État), c’est au tour du roi de se retirer également de la compétition après une carrière pleine d’exploits.

L’hommage de Jacques Ricou. Retiré des pistes un an avant son fidèle compagnon Milord Thomas, Jacques Ricou a rendu hommage à son cheval de cœur en ces termes : « Durant ma carrière, j’ai pu croiser beaucoup de chevaux de grande qualité. J’ai eu la chance d’avoir un premier champion, Jaïr du Cochet, en début de carrière, qu'il a lancée. Et puis j’ai eu Milord Thomas qui m’a permis de terminer ma carrière en beauté. Notre première rencontre ne s’était pourtant pas bien passée [tombé sur le steeple d’Auteuil en juin 2013, ndlr], mais il était très attachant, très à l’écoute, très proche de l’homme. C’est surtout un cheval auquel j’ai fait beaucoup confiance et qui m’a fait beaucoup confiance aussi. J’ai une histoire particulière avec ce cheval. Lorsque nous avons gagné notre Grand Steeple en 2015, je savais que nous étions invincibles. Personne ne pouvait nous battre. Jamais auparavant, je n’avais été aussi sûr de gagner. Milord était un métronome. Lorsqu’il avait confiance, il savait tout faire par cœur. Il ne sautait jamais le matin. En mode course, il ne sautait qu’à Auteuil et connaissait le parcours sur le bout des doigts. Après, il y a eu cette histoire de rivière qui l’a toujours suivi. Il est vrai qu’une fois, dans le Grand Steeple 2015, il a mis un coup de frein. Mais parce que, ce jour-là, il y avait plus de photographes, plus de monde que d’habitude. C’est un cheval qui était soucieux de tous les détails. Le seul petit regret que je pourrais avoir, c’est dans le Grand Steeple 2018, où ça aurait pu mieux se passer.

La décision est très sage, respectable. C’est quand même le premier vainqueur de Grand Steeple de madame Bryant. Maintenant, il va avoir une retraite choyée, heureuse, et je serai ravi d’aller le caresser où qu’il soit ! Il ne faut pas oublier qu’il a fait vibrer et est encouragé par des milliers de gens. Milord, c’est Milord ! Ensemble, nous avons écrit quelque chose. Les gens se sont un peu attachés au couple que nous formions. C’était dur pour moi de suivre sa carrière après avoir arrêté de monter. Je regardais ses courses avec appréhension, même si j’avais toute confiance en Morgan évidemment. Cela fait bizarre de voir son fidèle compagnon monté par quelqu’un d’autre. »

Dominique Bressou, l’entraîneur et le fidèle partenaire du matin. Dominique Bressou montait Milord Thomas (Kapgarde) quasiment tous les matins. « Il n’y a pas que le Grand Steeple qui a été superbe.Toutes les belles courses que j’ai gagnées avec Milord Thomas ont été formidables. Le Maurice Gillois a été une grande surprise. J’avais couru cette épreuve car il était bien et je n’avais plus de courses à conditions à courir. Gagner un Grand Steeple, c’est vrai que c’est extraordinaire. Nous sommes arrivés confiants. Le cheval était très bien. C’est vrai que le Grand Steeple n’est jamais gagné tant que le poteau n’est pas passé. Dans sa préparation, il était exceptionnel. L’arrêter alors qu’il est en bonne forme, c’est un soulagement. C’est le cheval d’une carrière, il est unique. Je voulais absolument qu’il arrête en bonne forme et surtout pas qu’il arrive un incident à Auteuil. J’ai monté Milord presque tout le temps. C’est un cheval adorable avec ses petites manies, toujours plein de gaieté. Même aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’il est nonchalant. Quand il vous voit arriver, il hennit, quand vous le sellez, il vous fait voir qu’il a envie de sortir. Il a ses petites manies à lui. »

La révélation au débourrage. C’est donc chez ses éleveurs que Milord Thomas va partir à la retraite, suite à sa sixième place dans le Prix Héros XII (Gr3) et à son défilé dimanche à Auteuil. Ses éleveurs, ce sont André Michel et son filleul Thomas Le Boucher, qui l’ont élevé au haras du Lieu des Champs. Pour le champion d’Auteuil, tout commença au second semestre 2008. André Michel nous avait expliqué après la victoire de Milord dans le Grand Steeple 2015 : « Nous, les éleveurs, nous les voyons toujours avec les yeux de l’amour. Mais je dirais que c’était un cheval commun lorsqu’il était jeune. Dans les prés, c’était un cheval comme les autres, joli, bien fait, pas trop de gabarit, allant. Mais bon, bien malin qui aurait pu dire qu’il aurait cette destinée. Par contre, lorsqu’on l’a mis au débourrage, très, très vite, David Powell m’a dit qu’il avait quelque chose en plus, dans sa façon de galoper, dans sa façon de faire. Il m’avait dit qu’il devrait être un bon cheval. Il ne s’est pas trompé. J’avais donné dix pour cent de Milord Thomas à mon filleul [Thomas Le Boucher, d’où Milord Thomas, ndlr] pour son quinzième anniversaire. Je lui avais dit que je lui donnais dix pour cent et qu’à ses dix-huit ans, le cheval aurait 3ans et que s’il prenait de l’argent, il pourrait faire la fête. »

Une longue et riche carrière. Difficile de retenir seulement quelques courses de la carrière de Milord Thomas. C’est en fin d’année de 4ans, après avoir montré de la qualité à 3ans, qu’il a vraiment explosé. Vainqueur d’un Prix Maurice Gillois (Gr1) de haut vol, il a survolé trois Prix La Haye Jousselin (Gr1) tout en finissant deuxième en 2017 en courant rapproché par la force des choses et troisième en 2018. Dans le Grand Steeple d’automne, il n’a jamais fini plus loin que troisième en cinq tentatives. Il a aussi enlevé un Grand Steeple, en 2015, et a fini quatrième de la grande course en 2016 et 2018.

Le premier champion d’Auteuil 2.0. Milord Thomas jouit d’une grande popularité parce que son entourage a joué rapidement la carte des réseaux sociaux. Grâce à l’activité de Thomas Le Boucher, le jeune coéleveur de Milord, nous avons pu suivre les préparations du champion, ses vacances, ses courses en backstage. Bref, tout ce qu’il faut pour populariser un champion et un exemple à suivre pour tout le monde des courses.

[à plat]

Milord Thomas en chiffres

47 courses, 12 victoires, 31 places

8 victoires de Groupe, dont 5 Grs1

Prix Maurice Gillois (Gr1) 2013

Prix Héros XII (Gr3) 2014, 2016

Prix La Haye Jousselin (Gr1) 2014, 2015, 2016

Prix Ingré (Gr3) 2015

Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) 2015 (pour voir la vidéo de la course : https://www.youtube.com/watch?v=bV4C6AldsLY)

2.505.475 € de gains