Nicolas Clément : « Il faut développer le propriétariat et soutenir les allocations »

Courses / 31.10.2019

Nicolas Clément : « Il faut développer le propriétariat et soutenir les allocations »

Nicolas Clément est le président de l’Association des entraîneurs de galop. À quelques jours des élections du Galop, il prend la parole et expose ses convictions.

Jour de Galop. – Vous présentez une liste dans les collèges des entraîneurs. Quelle est la principale mesure que vous proposez ?

Nicolas Clément. – La principale mesure, c’est de maintenir, voire développer, les allocations. Les comptes d’exploitation de nombreux collègues sont très dépendants des prix de course. Ces dernières années, les charges ont explosé, comme les salaires. Dans le même temps, les allocations stagnent, ce qui un sujet de grande préoccupation pour tous. Il est encore un peu tôt pour juger des effets du plan Linette, par exemple. Mais j’espère que la nouvelle mandature s’accompagnera d’une dynamique qui permettra de sauver notre activité. Nous sommes très conscients que les deux acteurs principaux des courses sont les parieurs et les propriétaires. C’est un chantier énorme qui nous attend, celui de redonner de l’attractivité aux courses, de relooker les paris en proposant des choses nouvelles : un jockey contre l’autre, une casaque contre l’autre, un pays contre un autre… Les paris hippiques ne doivent pas être ringards. Les néophytes sont un peu perdus par la gamme d’offre des paris. Il faudrait au moins faire des tests pour comprendre ce qui peut plaire à ces personnes. Nous sommes aussi très inquiets suite à la privatisation de la FDJ.

En ce qui concerne les propriétaires, un vrai travail doit être mené sur l’accueil sur les hippodromes, le parcours client. Concernant la gouvernance, nous sommes pour un rapprochement avec le Trot, pour permettre des économies d’échelle. Nous pensons aussi que nous devons être unis, plat et obstacle, Paris et régions. Nous nous positionnons clairement pour le maintien du 2/3-1/3.

Les entraîneurs français semblent aujourd'hui dans une situation difficile. Que pouvez-vous nous dire sur l'état réel de cette situation ?

Sans pouvoir faire un vrai panorama de notre profession, on sait qu’il y a beaucoup de précarité dans la profession. C’est préoccupant. On peut avoir des impayés, prendre des parts de cheval, entrer dans une spirale qui peut mal finir… Encore une fois, on a besoin de développer le propriétariat et de soutenir les allocations pour éviter ce genre de situations. Le passage de la T.V.A. à 20 % a aussi beaucoup fragilisé l’équilibre du propriétaire et donc, mécaniquement, celui de notre profession. Nous ferons tout pour repasser au taux réduit. C’est une mesure capitale pour les propriétaires et donc les entraîneurs.

La multipropriété peut-elle être une solution de développement du propriétariat ?

Nous sommes convaincus qu’il faut encore développer la multipropriété. L’exemple australien est édifiant. Ils ont moyenne huit propriétaires par cheval. Cela crée du buzz, cela crée de l’activité courses, et cela marche, tout simplement ! L’ambiance des courses, les allocations, le parcours client, le système de communication : tout concourt à attirer de nouveaux investisseurs. On a même vu l’apparition d’un nouveau métier, qui consiste en la création de syndicats, et leur management. La multipropriété, c’est un moyen de populariser les courses.

Cette année, comme depuis plusieurs années, les entraîneurs étrangers sont venus gagner des courses en France, à tous les niveaux de compétition. Quelle est votre position sur ce sujet ? Est-ce logique ? Faut-il y remédier ou laisser faire la compétition ?

C’est très vrai pour les courses frontalières, notamment dans l’Est. Nous sommes pour un protectionnisme intelligent. C’est-à-dire essayer de protéger les acteurs nationaux dans les courses "alimentaires". Tout ce qui est black type, en revanche, c’est une compétition internationale. Les entraîneurs anglo-saxons ont dominé cette année surtout dans les courses de 2ans. Cette situation n’est pas due à un manque de talent des professionnels français, mais plutôt un manque de matière première. Regardez l’élevage outre-Manche : ils ont des étalons et des juments fabuleuses. Les top-chevaux d’Arqana partent aussi majoritairement en Angleterre. La matière première n’est pas la même ! C’est ça qui fait la différence à ce niveau. C’est un faux procès que celui d’incriminer nos entraîneurs. Ils ont fait ce qu’ils ont pu avec ce qu’ils avaient dans leurs boxes. On en revient au problème des propriétaires et de leurs moyens. Il y a aussi une politique forte pour les jeunes chevaux outre-Manche. Le propriétaire lambda en Angleterre va plutôt se diriger vers un jeune cheval, quand le programme français va plutôt inciter à investir dans les vieux chevaux.

Un des faits marquants de ces dernières années, c'est la délocalisation de beaucoup d'entraîneurs en région. Comment analysez-vous cela, aujourd'hui et pour l'avenir ?

L’obstacle a montré la voie, avec la réussite fantastique des entraîneurs de Royan notamment. Deux facteurs expliquent cette délocalisation : les coûts ne sont pas les mêmes, et le programme incite aussi à rester en région, au moins jusqu’à un certain niveau. Le vieillissement de la population des entraîneurs en région parisienne est préoccupant. Il y a peu de jeunes pour prendre la suite. J’ai l’impression qu’ils ont peur de se lancer en région parisienne, alors que dans cinq ou dix ans, il y aura des opportunités formidables !

Une dernière question plus personnelle. Vous avez assez récemment été élu président de l'Association des entraîneurs. Quel est votre regard sur cette fonction ?

J’ai décidé de prendre la relève parce que les entraîneurs doivent être représentés au sein de l’Institution. En étant présents sur le terrain, en allant à la rencontre de nos collègues en régions, nous faisons remonter nos besoins et nous soutenons ces dossiers auprès de la société-mère. Nous souhaitons par exemple pouvoir défendre ou réclamer un cheval sur internet, que les vaccinations soient digitalisées. Nous appelons aussi à la création d’un livret de secours, destiné à soutenir les professionnels, en le finançant par les amendes payées par les entraîneurs.

Notre travail porte aussi et surtout au niveau des commissions de programme. Nous voulons un programme cohérent équilibré. Nous sommes très conscients qu’il faut faire des partants et éviter les courses creuses, mais il faut un équilibre calendaire et géographique. Il faut que les chevaux aient des courses là où ils sont, en tout cas jusqu’à un certain niveau. Le programme, c’est capital. Il ne faut pas que les réunions P.M.H. cannibalisent les réunions PMU.

Enfin, espérons que cette nouvelle mandature sera aussi une période d’investissement. L’accueil des propriétaires et la prospection sont plus que jamais indispensables.