O’Brien et l’Arc de Triomphe : mode d’emploi

International / 03.10.2019

O’Brien et l’Arc de Triomphe : mode d’emploi

Par Franco Raimondi

Aidan O’Brien a sellé 67 gagnants de 86 classiques (c’est un titre que le Grand Prix de Paris mérite bien) et il a gagné 43 fois les onze grandes courses intergénérations de la seconde partie de la saison avec 26 sujets différents. Mais en croisant les chiffres, surprise ! Ses champions qui remplissent ces deux conditions ne sont qu’une petite douzaine.

Les onze courses dont on parle sont par ordre chronologique : les Eclipse Stakes, les King George VI and Queen Elizabeth Stakes, les Sussex Stakes, le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois, les Juddmonte International, le Prix du Moulin de Longchamp, les Irish Champion Stakes, le Prix de l’Arc de Triomphe, les Queen Elizabeth II Stakes, les Champion Stakes et le Breeders’ Cup Turf. J’ai choisi des épreuves de 1.600m à 2.400m, mais pas les courses réservées aux femelles. Aidan O’Brien les a toutes gagnées, sauf les Champion Stakes, et parmi ses 26 lauréats, trois sont arrivés à Ballydoyle après la campagne classique : le néo-zélandais So you Think (High Chaparral), Excelebration (Exceed and Excel) et Declaration of War (War Front). Il reste 23 sujets, 100 % O’Brien, dont deux n’ont pas disputé de classique sous l’entraînement d'Aidan O’Brien : Mount Nelson (Rock of Gibraltar) et Magical (Galileo), très longue à fleurir.

Les classiques et les super Grs1. Douze chevaux de Ballydoyle qui gagnent un classique et l’une des grandes courses de la seconde partie de la saison, ce n’est pas un si mauvais score. Surtout que sur les 67 gagnants classiques, 21 sont des femelles, et certaines sont restées entre filles. Les lauréats du St Leger et de l’Irish St Leger (10 au total) ont souvent évolué ensuite dans les courses de tenue. Ajoutez à cela que d’un point de vue philosophique, les classiques sont faits pour sélectionner les meilleurs d’une génération. Les années creuses peuvent bien arriver !

Arc oblige, concentrons-nous sur les chevaux de Ballydoyle qui ont remporté un classique et une grande course sur 2.000m ou plus. Ils sont sept : Australia (Galileo), Cape Blanco (Galileo), Dylan Thomas (Danehill), Galileo (Sadler’s Well), High Chaparral (Sadler’s Wells), Japan (Galileo) et Magician (Galileo). Japan sera le cinquième qui prendra part à la course phare après Dylan Thomas qui a gagné en 2007 à 4ans, High Chaparral troisième à deux reprises en 2002 et 2003 et Cape Blanco, treizième en 2010. Magical (Galileo) et lui permettront à Aidan O’Brien de franchir le cap des 50 partants.

Le premier partant en 1999. Le premier partant d’Aidan O’Brien fut Genghis Khan (Sadler’s Wells) qui, en 1999, servait de leader à Montjeu (Sadler’s Wells), entraîné par John Hammond, mais il n’était pas assez vite pour mettre la pression sur El Condor Pasa (Kingmambo), sauf durant les premiers 200m. Tout à la fin, son capitaine d’un jour a dominé le japonais. Depuis ce premier essai Aidan O’Brien a eu au moins un partant chaque année si l’on excepte 2000, l’année du champion Giant’s Causeway (Storm Cat) qui ne tenait pas 2.400m, et en 2006 quand Dylan Thomas, qui avait 3ans, fut dirigé sur les États-Unis après avoir remporté les Irish Champion. Coolmore avait déjà comme candidat le Fabre Hurricane Run (Montjeu) dans une édition qui semblait promise à Deep Impact (Sunday Silence) et fut gagnée par Rail Link (Dansili).

Les duos. Le duo de cette année est une formule qu’Aidan O’Brien a utilisée déjà deux fois dans les dix dernières années, en 2015 (Found et Tapestry) et 2013 (Ruler of the World et Leading Light). Dans les deux dernières éditions, il a couru cinq chevaux avec comme meilleur résultat la quatrième place d’Order of St George (Galileo) en 2017, l’année du premier sacre d’Enable, alors que Capri (Galileo) s’est classé cinquième derrière Enable en 2018. Order of St George était un membre du Dream Team 2016, quand Ballydoyle avait fourni, avec trois partants, le célèbre tiercé des Galileo avec Found, Highland Reel et le marathonien associé à Lanfranco Dettori.

Une réussite moyenne. La réussite de Ballydoyle dans les trois premiers est de 7 sur 49 (14,2 %). Bonne mais pas exceptionnelle compte tenu de la qualité des chevaux alignés. Au contraire des classiques, dans lesquels Ballydoyle présente souvent des leaders et des chevaux d’une valeur encore à situer, dans l’Arc de Triomphe ce sont les bons au départ. Parmi les 49 chevaux différents qui ont couru à ParisLongchamp sous l’entraînement Aidan O’Brien, on compte 25 gagnants de Gr1, dont 15 classiques. Un seul parmi les sept chevaux qui ont terminé dans les trois premiers était âgé de 3ans. Il s’agit d'High Chaparral, troisième en 2002 alors qu’il effectuait sa rentrée après le doublé Derby & Irish Derby.

Japan, un 3ans au profil spécial. Mauvais signe pour Japan ? On a le droit de se poser la question mais le lauréat du Juddmonte Grand Prix de Paris est un classique un peu spécial. Déjà, la course n’est pas considérée comme un classique au sens strict. Il avait déjà montré qu’il était le meilleur 3ans d’Angleterre et d'Irlande dans le Derby, quand il n’était pas encore prêt, et l’a confirmé en se promenant à ParisLongchamp mais surtout en dominant le valeureux Crystal Ocean (Sea the Stars) dans les Juddmonte International (Gr1). Japan, donc, n’est pas un poulain qui a dû suivre la préparation dure pour le Derby. Il est arrivé à Epsom encore frais et a progressé de cinq livres sur le rating affiché lors de sa malheureuse troisième place.

Magical et Found, des photocopies. Les deux gagnants de l’Arc de Triomphe signés Aidan O’Brien sont les 4ans Dylan Thomas et Found. Les deux ont couru leur trial dans les Irish Champion Stakes : le mâle s’était promené dans une édition qui offrait une opposition médiocre, la pouliche est tombée sur le français Almanzor (Wootton Bassett) qui avait affiché un 127 à Leopardstown avant de doubler dans les Champion Stakes en 129. Almanzor était imbattable sur 2.000m. Alors, bon signe pour Magical ? Son parcours est similaire à celui de Found, sauf quelques détails. Magical avait raté les classiques à 3ans alors que Found s’était classée deuxième dans les 1.000 Guinées irlandaises (Gr1). Les deux ont couru l’Arc de Triomphe à 3ans sans figurer, et ont disputé le Breeders’ Cup Turf : Found a gagné, Magical a donné une course à Enable (Nathaniel). Leur campagne de 4ans est presque en photocopie avec une seule différence, le fait que Found ait couru la Coronation Cup (Gr1). Tout le reste est similaire : deux courses pour se dégourdir les jambes, la Tattersalls Gold Cup (Magical a gagné, Found s’est classée deuxième), les Prince of Wales’s (Gr1) à Royal Ascot, les Eclipse Stakes (Gr1), un petit break et ensuite les Yorkshire Oaks (Gr1) et le Gr1 de Leopardstown. Avant l’Arc, Magical a remporté deux Grs1 à 4ans alors que Found avait aligné cinq deuxièmes places. À deux reprises, Magical a trouvé plus fort qu’elle cette année, avec Crystal Ocean et Enable. Et dimanche elle rencontrera la patronne pour la cinquième fois…

Aidan O’Brien et l’Arc

Année Nb de Part. Meilleur classement Âge Jockey
1999 1 Gengis Khan (14) 3 Johnny Murtagh
2001 2 Milan (5) 3 Mick Kinane
2002 2 High Chaparral (3) 3 Mick Kinane
2003 2 High Chaparral (3) 4 Mick Kinane
2004 1 Acropolis (4) 3 Jamie Spencer
2005 1 Scorpion (5) 3 Mick Kinane
2007 4 Dylan Thomas (1) 4 Kieren Fallon
2008 3 Soldier of Fortune (3 dh) 4 Seamie Heffernan
2009 3 Fame and Glory (6) 3 Johnny Murtagh
2010 3 Fame and Glory (4) 4 Johnny Murtagh
2011 3 So you Think 5 Seamie Heffernan
2012 4 Camelot (7) 3 Lanfranco Dettori
2013 2 Ruler of the World (7) 3 Ryan Moore
2014 3 Ruler of the World (9) 4 Lanfranco Dettori
2015 2 Found (9) 3 Ryan Moore
2016 3 Found (1) 4 Ryan Moore
2017 5 Order of St George (4) 5 Donnacha O'Brien
2018 5 Capri (5) 4 Donnacha O'Brien