Paul Couderc - « La province est un formidable incubateur de passions »

Institution / Ventes / 11.10.2019

Paul Couderc - « La province est un formidable incubateur de passions »

Paul Couderc : « La province est un formidable incubateur de passions »

Éleveur et propriétaire de sauteurs bien connu dans l’Hexagone, Paul Couderc est aussi un élu qui consacre beaucoup de temps à ses mandats hippiques, au niveau de la Fédération Anglo Course, qu’il préside, mais aussi de France Galop et de la Fédération des éleveurs du galop. Alors que l’échéance électorale approche, il a répondu à nos questions.

Jour de Galop. – Comment est constituée la liste de la Fédération des propriétaires du galop ?

Paul Couderc. – La première qualité de cette liste, c’est qu’elle est représentative de toute la diversité des courses françaises, avec ses races de galopeurs, ses régions, ses disciplines, le charme de ses petits hippodromes et la sélectivité de ses grandes pistes… La deuxième, c’est qu’elle rassemble des passionnés qui connaissent parfaitement leur univers pour s’y investir pleinement. Nous faisons tous courir et nous élevons tous dans des proportions significatives. Enfin, je crois pouvoir dire que nous représentons un équilibre raisonnable entre les épreuves parisiennes, auxquelles nous aspirons tous, et le formidable incubateur de passion que représente la province, laquelle nous a pour beaucoup façonnés. Je suis un pur produit de cette école. J’ai eu le bonheur, souvent partagé avec des associés, de courir les belles épreuves d’Auteuil. Mais mon éducation hippique s’est faite dès l’enfance sur les hippodromes d’Aurillac, Gramat et Pompadour. Nous nous y rendions en famille et quiconque a connu la convivialité et l’ambiance festive de ces champs de courses ruraux ne peut qu’avoir une bonne image du sport hippique. Dans certains cas, comme le mien, cela se transforme en passion.

Que peut apporter la province à l’édifice des courses françaises ?

L’actualité la plus récente nous montre à quel point les carrières des hommes politiques français peuvent fortement s’appuyer sur ce que l’on appelle la province. Car dans ces territoires, on rencontre des personnes qui n’hésitent pas à se mobiliser pour des causes, pour des passions. En région, le bénévolat n’est pas un vain mot. Et je crois que les contacts, le dialogue pragmatique s’y établissent facilement. Le Sud-Ouest, tout comme notre liste, est un lieu de rencontre entre ceux qui font courir pur-sang anglais, anglo-arabes, pur-sang arabes et AQPS. C’est un modèle qui peut servir à réunir des socioprofessionnels qui vivent des réalités différentes. Ma candidature est forcément marquée par mon parcours au sein de la Fédération Anglo Course dont je suis devenu le président. Nous avons de l’énergie, de la passion et de la convivialité à apporter à l’institution. Prenons un exemple. Au sein de notre association de race, nous avons appris au fil des années à gérer notre programme en amont, en tenant compte du nombre de naissances et de chevaux à l’entraînement, afin d’avoir l’assurance de fournir un nombre de partants suffisants dans les courses premium. C’est un mode de fonctionnement éprouvé dont la capacité d’anticipation mérite l’intérêt. La Fédération Anglo Course organise en outre le Grand Show de l’Anglo Course à La Teste en septembre. Ce concours d’élevage, reconnu comme une vitrine par les professionnels, est l’illustration de ce que peuvent réaliser des bénévoles expérimentés et responsables. C’est la force du collectif. Et ce qui marche en province peut inspirer Paris.

Pourquoi avoir fait le choix de la Fédération des propriétaires du galop au moment de vous présenter à cette élection ?

Traditionnellement et culturellement, les propriétaires et les éleveurs d’anglo-arabes sont proches de la Fédération des éleveurs au galop. Ils entretiennent avec cette association une relation qui mêle fidélité et solidarité. Loïc Malivet nous a par exemple soutenus dans le dossier visant à fusionner les primes propriétaires avec les allocations. Nous nous sommes également rapprochés de l’Afac et de l’Association des propriétaires de chevaux de courses au galop du Sud-Ouest. Ensemble, nous défendons les propriétaires français, au-delà de tout clivage politique. Nous sommes par ailleurs intransigeants en ce qui concerne la préservation de l’obstacle et du 2/3-1/3.

Enfin, j’ai la conviction que nous avons la capacité d’instaurer un dialogue raisonnable, constructif et respectueux avec le trot, tout simplement parce que c’est le quotidien des sociétés de courses mixtes que l’on trouve en province.

Quelle est la dimension internationale de votre liste ?

À titre personnel, je suis un Européen convaincu. Nul ne peut nier que les courses sont internationales. Même les anglo-arabes ne se limitent pas aux seules frontières de l’Hexagone et lors de notre grand show, nos amis italiens étaient présents et nous avons des contacts étroits avec les propriétaires marocains.

Pour en revenir à notre liste du collège des propriétaires, elle a la chance de bénéficier de l’expertise de plusieurs personnes qui connaissent très bien les courses étrangères. Antonia Devin maîtrise parfaitement la question anglo-irlandaise. Yvette Pantall, compte tenu de l’envergure de l’entreprise de son époux, travaille constamment avec des propriétaires et éleveurs étrangers. Julian Ince ou Antoinette Tamagni illustrent aussi parfaitement cette dimension internationale.

Auriez-vous une mesure phare à appliquer immédiatement après l’élection ?

Il faut revenir à un taux de TVA acceptable pour les chevaux à l’entraînement, et appliquer un taux réduit pour ceux qui sont dans leur période d’élevage. C’est-à-dire tout le temps qui précède leur départ chez l’entraîneur. Cette dissociation entre deux périodes de la vie du cheval est plus acceptable pour les autorités. C’est très important pour les acteurs dits petits ou moyens, lesquels n’ont pas le volume suffisant pour récupérer la TVA. Pour que la spécificité française continue, il faut que l’ensemble de l’écosystème vive. Une nation hippique où seuls les gros acteurs survivent est condamnée à terme. Les exemples ne manquent pas en Europe. Et l’inverse est aussi vrai, nous avons besoin de grandes casaques. Je suis un libéral, notamment dans mon activité professionnelle. Mais je crois que l’émergence d’une élite doit se faire en empruntant d’autres voies que celles qui consistent à couper la route aux petits.