Thierry Doumen - « Nous voulons une prime à l’éleveur à un taux unique réservée aux conçus, nés et élevés en France »

Institution / Ventes / 19.10.2019

Thierry Doumen - « Nous voulons une prime à l’éleveur à un taux unique réservée aux conçus, nés et élevés en France »

Thierry Doumen : « Nous voulons une prime à l’éleveur à un taux unique réservée aux conçus, nés et élevés en France »

La liste AEPI - Croissance Courses est menée par Thierry Doumen chez les éleveurs. Ce dernier, accompagné de son second sur la liste Guy-Charles Fanneau de la Horie, a répondu à nos questions alors que l’échéance électorale se précise.

Jour de Galop. – Dans quel contexte avez-vous décidé de vous présenter ?

Thierry Doumen et Guy-Charles Fanneau de la Horie. - Ces dernières années, la direction de France Galop s’est durcie face aux propositions alternatives, notamment celles émanant des rangs de l’AEP. Les entraîneurs, les éleveurs et les propriétaires doivent avancer groupés. Comme aime à le dire un grand entraîneur, nous sommes tous attelés à la même charrue, mais nous traçons notre propre sillon. Le véritable représentant des courses au quotidien, sur le terrain, c’est quand même l’entraîneur. Il est le lien entre les différents acteurs et le promoteur de l’activité. Il cumule aussi souvent plusieurs casquettes, comme celle du propriétaire et de l’éleveur. Et pourtant, comme beaucoup d’acteurs, il est en souffrance. On voit aussi que beaucoup d’acteurs français sont isolés. Éleveurs, propriétaires et entraîneurs se retrouvent face à un système où plus personne n’a le temps, où plus personne ne se parle. Tout est très concentré, très centralisé sur Boulogne. "Boulogne Galop" doit redevenir France Galop ! On ne ressent plus la force de ce tissu hippique français qui fait la beauté de notre sport et qui est à la base de bien des vocations.

Ce dernier point est avancé par de nombreuses listes…

Beaucoup appellent à la cohésion, mais sans propositions concrètes et en oubliant de faire le bilan de leurs quatre dernières années. De notre côté, nous avançons, droits dans nos bottes. Nous avons toujours proposé des solutions alternatives à celles de la direction de France Galop. Nous voulons mettre en place un système au service du bien commun, inclusif et pérenne. Notre outil est superbe, avec un maillage d’hippodromes unique en son genre. Or notre système ne sert que les intérêts d’une partie des acteurs qui concentrent de plus en plus de ressources. Il faut absolument retrouver les grands équilibres pour pouvoir assurer un avenir et une dynamique à cette filière.

Quelles sont vos propositions ?

Au-delà de la représentation au sein de l’Institution, notre groupe a travaillé de longue date à l’émergence d’un programme et de solutions. Et dès les premières heures de cette mandature, nous avons créé un groupe de travail pour être force de proposition. Notre raisonnement est simple : concentrons-nous sur la recette. Cela n’a jamais été accepté par France Galop. Le programme des courses doit être au service de tous. Ce qui n’est pas le cas de notre système de primes actuel, lequel est déséquilibré et incompréhensible.

Nous voulons une prime à l’éleveur avec un taux unique, pour tous les chevaux, à condition qu’ils soient conçus, nés et élevés en France. C’est un système clair, transparent, qui favorise les acteurs français. On peut voir que des gagnants classiques sont exportés en Irlande pour y faire la monte. Or nous voulons ramener de bons étalons en France. Et notre système de primes doit permettre d’y parvenir, en rétablissant un juste équilibre, pour contrebalancer les mesures fiscales accordées aux reproducteurs installés en Irlande. C’est la même idée que le plan GAFA du gouvernement actuel. Il faut aider les étalonniers et les éleveurs français à produire les meilleurs chevaux en France. Quand un gagnant du Prix du Jockey Club, qui a fait toute sa carrière en France, avec des allocations issues des parieurs français, part à l’étranger faire la monte, on marche sur la tête.

Vers quelles orientations le programme doit-il diriger la sélection ?

Il n’y a aucune raison de favoriser le raccourcissement des cycles. Le programme sportif doit prévaloir. Nous avons des courses sur la distance classique. D’autres sur le sprint ou encore de tenue. Or le système de primes doit être équilibré et intransigeant pour favoriser les qualités de tenue de l’élevage français. On sait très bien que les chevaux de distance ne sont produits que par les éleveurs-propriétaires. Et pas par les éleveurs commerciaux. Nous nous retrouvons donc avec des compétitions sur la distance dite classique qui sont creuses. En effet, les objectifs du système commercial, comme celui des primes, les orientent vers d’autres objectifs. Cela génère de véritables déséquilibres.

Comment allier sélection et nombre de partants ?

Toute la filière est en crise, car les enjeux sont en diminution. Le PMU baisse et la Française des jeux progresse. L’ensemble du marché des jeux est en expansion mais les paris hippiques régressent. De nombreuses études montrent une corrélation parfaite entre le nombre de partants et les enjeux. Une de nos propositions phare sera de remettre à plat le programme, de façon à diminuer, voire à supprimer les courses qui rassemblent systématiquement peu de partants. Ce sont des courses qui n’ont aucun intérêt, sauf pour ceux qui les courent, car lorsque l’on n’est que cinq, on est certain de repartir avec une allocation ! Ces épreuves coûtent très cher à l’Institution. Elles sont appelées "courses de sélection". Pourtant, quand on voit le niveau de la sélection, à part le très bel accident que constitue le Prix de l’Arc de Triomphe 2019, ce n’est pas brillant. Nous allons de défaite en défaite face aux étrangers. À Deauville, ce fut la catastrophe. Notre système n’est performant ni au niveau de la sélection ni au niveau des enjeux.

Après avoir fait le ménage dans les épreuves en manque de partants de manière chronique, il faut favoriser celles qui rassemblent beaucoup de candidatures. Nous proposons d’éviter les éliminations. Quand on a assez d’engagés pour dédoubler en créant une seconde course à douze partants avec les chevaux qui auraient dû être éliminés, eh bien il faut l’ajouter au programme ! C’est ça, le rééquilibrage des allocations dont nous parlons, les courses dites de sélection (C1, C2, Listeds, Groupes en Plat et Courses à Conditions, Groupes en obstacle) ont une marge brute négative (enjeux vs allocations) de 40 millions d’euros par an.

Cette situation n’est pas tenable. Si nous voulons préserver le programme classique, ces courses doivent participer davantage au financement global de la filière. Il y a là un levier très fort qui doit permettre de redynamiser l’ensemble du système. Si les enjeux repartent, toute la filière redémarrera. On sait très bien ce que veulent les parieurs.

Que proposez-vous pour l’obstacle ?

La gouvernance de France Galop s’est totalement coupée de la base des courses. Il faut remettre en confiance les gens, les rassurer. L’obstacle doit bénéficier de toute notre attention, pour redorer l’image de ce qui constitue un savoir-faire français. C’est une filière exceptionnelle à laquelle il faut rendre ses lettres de noblesse. Nous devons aussi garantir le 2/3-1/3. Pour se projeter vers l’avenir, les acteurs ont besoin d’avoir confiance dans le système. Le programme actuel est hyper concentré et encore plus déséquilibré qu’en plat, avec une structure qui ne favorise pas le nombre de partants et la rencontre des chevaux en compétition. Et tout cela s’est aggravé sous la pression du lobby des AQPS, représenté par Alliance Galop. Ce programme est fait pour le commerce, et non pour faire durer les chevaux en France, où ils font vibrer les passionnés et les joueurs. C’est dramatique pour la filière des sauteurs. L’obstacle, avec ses chevaux qui vieillissent bien et que les joueurs aimaient suivre, ne fait plus recette. Pourtant, il suffit de voir que le Quinté du Grand Steeple est l’un des plus porteurs de l’année. La mise en place d’un programme favorisant la compétition s’impose. Tant qu’on ne redore pas l’image des courses, comment donner aux éleveurs l’envie de faire saillir ? Surtout s’ils ont plusieurs générations de la même jument encore sur les bras.

Le mot confiance revient souvent dans votre discours…

L’Institution doit capitaliser sur ses milliers de passionnés et de professionnels. Et cela n’est possible qu’en ayant leur confiance, laquelle se mérite. Beaucoup de gens présentent des discours habiles alors que les élections approchent. Pourtant, si nous faisons le bilan, nous sommes les seuls à nous être opposés au nouveau Longchamp et à la baisse des primes pour les vieux chevaux… Il faut faire le bilan des gens qui sont en place depuis longtemps. Le "i" d’AEPI, c’est le "i" de "indépendants". Nous ne sommes inféodés à personne. Nous voulons redonner aux courses la place qui est la leur, qu’elles soient populaires et ludiques avec un esprit de modernité, le digital devenant une priorité. Dans le même temps, nous n’avons toujours pas compris où se cachent les économies liées à la fermeture de Maisons-Laffitte. Cet hippodrome est important pour une très grande majorité de professionnels. Sans son champ de courses, le centre d’entraînement fermera.