Thierry Ravier : « Nous devons amener de nouveaux produits pour nos clients »

Courses / 28.10.2019

Thierry Ravier : « Nous devons amener de nouveaux produits pour nos clients »

Propriétaire, président de l’Association des propriétaires du Centre-Est, Thierry Ravier fait partie de la liste du Syndicat national des propriétaires des chevaux de course au galop. À quelques jours des élections du galop, il expose ses convictions.

Jour de Galop. – Comment jugez-vous la situation actuelle du galop ?

Thierry Ravier. – Le déclin financier, le déclin populaire et le déclin médiatique sont incontestables et sont alarmants quant à la pérennité de notre Institution.

Seuls nos fondamentaux résistent encore : notre modèle demeure l’un des meilleurs au monde ; la passion qui anime tous les acteurs ne se dément pas, notre élevage, nos entraîneurs et nos jockeys sont reconnus partout dans le monde.

L'heure n'est pas de savoir si le 50/50 (galop - trot) ou le 2/3 - 1/3 sont à conserver (bien sûr qu'ils le sont) mais plutôt de se doter des moyens garantissant la pérennité du système.

Nous avons parfois le sentiment de pouvoir être comparé à la Sécurité Sociale : nous avons le meilleur système au monde... Sauf que nous n'avons plus, en l'état, les moyens de nous le payer.

Quelles sont les causes principales de cette situation ?

L’absence de projet clair et ambitieux pour le galop et la filière. Une vision de ce que doit être notre organisation dans cinq ans, dans dix ans. Où voulons-nous aller ? Que voulons-nous être ?

Une entreprise de notre taille doit avoir un plan marketing clair sur le devenir à moyen et long terme. Tous les grands groupes élaborent des plans stratégiques dont la vocation est d'écrire la feuille de route pour les années à venir en impliquant les salariés, les partenaires et les clients. Chez nous, rien de tout cela.

L'ensemble des dossiers est géré "dans l'urgence", en réaction plus qu'en étant pro-actif.

Cette gestion court-termiste divise les opinions du fait justement de l’absence d’une direction clairement énoncée et nous fait perdre une énergie qui serait plus utile ailleurs. Il suffit de constater les choix erronés qui ont été faits : disparition médiatique, choix hasardeux du PMU, horaires des courses constamment modifiés.

Quelles sont vos solutions ?

Le diagnostic établi donne les directions à suivre. Bonne gestion, relance en incluant tous nos acteurs et nos infrastructures, avec un souci d’équité dans les décisions qui seront prises.

Rediffusons la culture des courses dans notre pays, par le sport, les médias, le jeu, les hippodromes.

C’est une nouvelle offre que nous devons proposer. Nous fonctionnons avec des produits qui ont au moins trente ans d’âge. Nous devons amener de nouveaux produits pour nos clients. C'est la base dans tous les métiers. En marketing, un produit meurt mais doit être remplacé par un autre, etc. C'est le cycle normal de toute activité.

Nous disposons de toutes les ressources : l’animal, l’écologie, le sport de haut niveau, les champions, les images fantastiques, le jeu, le rêve sportif et financier, la passion, etc. Il faut avoir la volonté de les mettre en œuvre en étant modernes et adaptées aux attentes des clients, des jeunes mais sans oublier nos fidèles clients.

Vous parlez dans votre profession de foi d’une nouvelle gouvernance, de quelle nature serait-elle ?

Il ne s'agit en aucune manière de porter un jugement de valeur sur les responsables actuels. La compétence, l'intelligence et l'intégrité des équipes en place ne fait aucun doute. Le problème réside plus dans l'organisation de la gouvernance qui n'est ni adaptée ni digne d'une structure de la taille de France Galop. Comment peut-on imaginer gérer une structure de cette taille (CA - nombre de salariés) de la même manière qu'une modeste association 1901 de quartier ?

Nous sommes des élus socioprofessionnels et donc, nous rendrons des comptes à tous ceux qui nous auront désignés.

L’engagement, la transparence, l’écoute et le respect de tous, mais aussi un pouvoir de décision fort, pour avancer avec un grand projet du galop et garantir notre avenir commun.

La question la plus importante est surtout : diriger pour faire quoi ? La plupart des concurrents reprennent ce thème de relance que nous avons mis en avant et qui est capital, mais ce qui va compter ensuite c’est l’ensemble des décisions qui vont être engagées pour le galop et la filière. Et sur ce sujet, il y a évidemment des différences. Nous constatons que l'ensemble de nos concurrents sont issus de l'équipe dirigeante sortante, et ce depuis de nombreuses années.

De quel bilan peuvent-ils se prévaloir, eux qui ont validé toutes les décisions mises en place ?

Nous avons un projet, nous allons l’engager, nous rendrons des comptes, c’est cela la démocratie !

Quelle est votre position sur les chevaux étrangers venant courir en France ?

Les courses françaises ont vocation à rester au plus haut niveau d’attractivité pour les chevaux étrangers et nous ne devons, en aucun cas, craindre la compétition, fusse-t-elle internationale. C’est un signe fort de notre réussite. Mais l’équité sportive, sanitaire et économique que nous prônons n’est pas incompatible avec ce postulat.

Nous devons tout mettre en œuvre pour que nos chevaux et nos entraîneurs puissent se battre "à armes égales" avec les chevaux étrangers sur les plans sanitaire, sportif mais aussi sur les aspects sociaux et humains. Nous ne devons pas nous retrancher derrière de faux prétextes "européens".

Comment ramener du public sur les hippodromes ?

Prenez un taxi dans toutes les grandes métropoles régionales, pas un ne saura vous diriger vers l'hippodrome ! L'expérience et le succès des JeuXdi sont éloquents. Si on attire une nouvelle clientèle vers nos hippodromes en proposant un spectacle de qualité, nous allons faire revenir le public.

Nous devons remettre nos hippodromes au centre du jeu.

Nous bénéficions de sites exceptionnels qui sont malheureusement sous-exploités.

À Lyon, où nous développons une importante activité extra-hippique d'événements en tout genre, sur nos deux hippodromes, il est surprenant de constater que nombreuses sont les personnes qui ont découvert le site hors jours de courses mais qui reviennent pour découvrira une réunion de courses et le monde des courses.

Comment attirer la jeunesse vers les paris hippiques ?

La chance dont nous bénéficions est d’avoir aujourd’hui une génération pour laquelle le jeu n’est plus culpabilisant. Il suffit de voir le développement des jeux et acteurs sur internet. Pourquoi sommes-nous absents auprès d'eux ?

Une offre claire et compréhensible, des codes de communication simple, le respect de valeurs telle que la transparence, le respect des chevaux et des hommes, des stars, des influenceurs et surtout une digitalisation efficace de nos jeux : ce sont les ingrédients à utiliser.

En travaillant avec le PMU et le trot sur ces vecteurs, nous allons construire une offre nouvelle et attractive.

Que proposez-vous pour les régions ?

Doit-on fermer les hippodromes ? La réponse est non, sous réserve de critères sérieux en matière de sécurité des hommes et des chevaux.

Est-ce qu’on doit continuer à recentrer le programme depuis la province vers la région parisienne ? La réponse est non. Nous n'allons pas pouvoir continuer, pour des questions évidentes d'environnement, de gestion humaine et sportive, à faire traverser la France de part en part à nos équipes pour courir un handicap fortement doté en région parisienne alors que nous n'avons pas à disposition une course identique à proximité. Les programmes vont devoir prendre en compte la diminution des kms et des déplacements et permettre une parfaite exploitation des chevaux dans des périmètres de 300 km.

C’est tout cela que nous allons non seulement maintenir mais dynamiser, par la mise en place d’une politique de programme d’accompagnement et de soutien au niveau de l’ensemble du territoire français.