Waldgeist, le marathon de Doha, le dirt et le rail ditch

Courses / 08.10.2019

Waldgeist, le marathon de Doha, le dirt et le rail ditch

Le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2019 (Gr1) s’est disputé pour la première fois avec un système de tracking. Toutes les données enregistrées permettent de comprendre comment Waldgeist a construit son succès, en dehors de sa qualité. Il a (aussi) gagné parce que, dans une course sélective, il était dans les 100 derniers mètres le cheval ayant fourni le moins d’efforts violents… Et donc le moins fatigué.

Le marathon de Doha et l’Arc de ParisLongchamp. Les plus courageux ou insomniaques d’entre vous auront peut-être regardé le marathon hommes aux Championnats du monde d’athlétisme de Doha, samedi soir, la veille du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Les conditions à Doha étaient extrêmes, avec une chaleur prononcée et un taux d’humidité dans l’air très élevé. Yohann Diniz partageait son expérience d’ancien champion du monde du 50km de marche athlétique sur ce marathon. Il expliquait qu’avec des conditions aussi extrêmes, celui qui gagnait était celui qui faisait le moins d’efforts possible, voyageait dans son rythme de confort le plus longtemps possible pour garder le petit supplément d’énergie nécessaire pour la fin. Le moindre effort superflu, même un petit km/h au-dessus de son rythme idéal sur une centaine de mètres, se payait cash au niveau de l’organisme un peu plus loin. Les données du tracking system fournies par France Galop sur un Arc couru dans des conditions difficiles côté terrain (très souple, au moins) viennent appuyer ce raisonnement. On vous explique tout.

Mieux vaut être Waldgeist que Ghaiyyath. Le tracking a permis de mesurer la vitesse maximale atteinte par chaque cheval lors du parcours. Le pic de vitesse, pour l’ensemble des concurrents, a eu lieu dans la première partie du parcours (à un moment entre le départ et les 1.000m, probablement juste avant d’aborder la montée). Si l’on devait refaire la fable de La Fontaine, Ghaiyyath serait le lièvre… et Waldgeist la tortue : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »

Le cheval ayant eu le pic de vitesse le plus important est Ghaiyyath (Dubawi), qui partait de la stalle 12 et qui a fait le forcing pour prendre la tête et mener à un rythme soutenu. Ghaiyyath a atteint, à son maximum, la vitesse de 64,94 km/h. Ghaiyyath enregistre deux records de vitesse dans cet Arc : la vitesse maximale ainsi que les 200m les plus rapides (sur la première partie de parcours, encore) : 11”48. Il est le seul cheval à être passé sous la barre des 11”50 pour 200m lors de cet Arc et même le seul à être passé sous la barre des 11”70. Ghaiyyath n’a pas fait exploser le peloton, mais il a joué un premier rôle en rendant la course très sélective. Sur un terrain à 4,1 (voire plus lourd encore dans le tournant et la fausse ligne droite), il a payé ses efforts et il était battu à la sortie de la fausse ligne droite.

Waldgeist a été le plus "lent" avec un pic à 62,68 km/h, aussi dans la première partie du parcours. Cela correspond au dire de son jockey, Pierre-Charles Boudot, qui a eu une très bonne analyse de la situation : « J’ai eu du mal à suivre dans le parcours, ça allait très vite et la piste est collante. Mon cheval m’a demandé du temps. Je le lui ai laissé. » Puis : « Dans la descente, j’accompagne mon cheval aux bras car je ne veux pas perdre des longueurs qui pourraient ensuite s’avérer précieuses. À ce moment-là de la course, je ne sais pas encore que je vais gagner. Mais je me dis qu’on va revoir les chevaux qui sont allés devant. » Il a eu raison. On notera qu’Enable n’a pas ménagé non plus ses efforts : elle obtient le deuxième pic de vitesse le plus élevé de la course, à 64,8 km/h, tout comme Japan (Galileo) qui est allé jusqu’à 64,76 km/h dans le parcours.

Waldgeist, comme sur le dirt. On a coutume de dire que, sur les courses de dirt où cela barde dans les premiers furlongs de course, c’est le concurrent le moins fatigué qui gagne. C’est aussi ce que Guillaume Macaire dit sur l’obstacle. À Auteuil, le juge de paix est le rail ditch and fence. Dans l’Arc 2019, le juge de paix a été le passage des 200 derniers mètres.

Grâce au tracking, on a les temps de chaque cheval sur 1.000m à 800m (S2 sur le graphique), des 800m à 600m (S3), des 600m à 400m (S4), des 400m à 200m (S5) et des 200m à l’arrivée (S6). Pour l’ensemble des concurrents, la principale phase d’accélération à ce moment du parcours a été des 400m aux 200m : c’est le moment où Enable a passé Magical (Galileo), qui n’en pouvait plus après avoir évolué dans le trio de tête. Avec sa cinquième place, Magical réalise malgré tout une performance de premier plan, ne s’effondrant pas comme Ghaiyyath (10e) et Fièrement (12e).

C’est aussi le moment où Sottsass (Siyouni) et Japan – auteur des 400m aux 200m les plus rapides pour se porter à la hauteur de Sottsass – ont placé leur attaque pour ne pas laisser filer Enable dans son accélération. Waldgeist, lui, a patienté un peu plus pour placer son accélération, n’étant décalé qu’aux 300m. Aux 200m, la cause est entendue pour Sottsass et Japan, Enable ayant creusé l’écart alors que les deux poulains ne peuvent pas suivre.

Pour Enable, qui a lancé son attaque à 400m, les 100 derniers mètres ont été de trop : elle s’est effondrée dans les 75 derniers mètres. Waldgeist, qui a attaqué 100m plus loin qu’elle, a pu poursuivre son effort. On a l’impression, visuellement, que Waldgeist va très vite pour finir. Les données du tracking disent que non et le graphique le montre bien : Waldgeist fait les 200m à l’arrivée sur un rythme quasi similaire à celui des 400m aux 200m : 12”44 des 400m aux 200m et 12”72 des 200m à l’arrivée. Il ne place pas de nouvelle accélération : il prolonge son effort tout en baissant très légèrement de pied. Waldgeist est le seul à rester sous la barre des 13 secondes dans le final furlong.

Derrière Enable, Japan et Sottsass – dans une moindre mesure par rapport aux 400 aux 200m – sont en pleine phase de décélération. Enable et Japan ont respectivement parcouru les 400m aux 200m en 12”37 et 12”25 et les 200m à l’arrivée en 13”40 et 13”52. Entre les deux, on a l’impression que Sottsass repart pour finir : en réalité, ce sont les deux concurrents l’entourant qui s’effondrent totalement à la fin.

Les temps partiels des cinq premiers dans les 1.000 derniers mètres

1.000m à 800m

800m à 600m

600m à 400m

400m à 200m

200m à fin

Waldgeist

12”46

12”76

12”92

12”44

12”72

Enable

12”34

12”90

13”08

12”37

13”40

Sottsass

12”36

12”87

12”93

12”54

13”41

Japan

12”27

12”82

12”88

12”25

13”52

Magical

12”53

13”05

13”16

13”19

14”11

En gras: Les 200m les plus rapides et les 200m les plus lents