Bonne retraite, Mickey !

Courses / 30.11.2019

Bonne retraite, Mickey !

Bonne retraite, Mickey !

Ancien jockey et entraîneur bien connu, Michel dit "Mickey" Gentile a mis un terme à sa carrière hippique ce samedi pour cause d’inaptitude physique, à l’âge de 62 ans. Depuis quatre ans, le professionnel marseillais travaillait comme cavalier d’entraînement au service de Jean-Claude Séroul.

Par Alice Baudrelle

Loin d’avoir été un long fleuve tranquille, la vie de Mickey Gentile vaut la peine d’être racontée, d’autant que ce vrai gouailleur regorge d’anecdotes croustillantes. En 1971, il débute son apprentissage à Marseille chez Max Loviro, qui était en ce temps tête de liste de la région. C’est à cette époque qu’il a été affublé du surnom de "Mickey" : « Quand je suis arrivé chez Max Loviro, j’avais les cheveux longs et les oreilles décollées. En me voyant, le premier garçon m’a dit que j’avais la même tête que Mickey, et le surnom m’est resté. » Quatre ans plus tard, le jeune homme décide de monter à Paris : « Je me suis présenté à Chantilly, chez Frédéric Palmer. Il m’a embauché et m’a appris non seulement à monter à cheval, mais aussi à m’habiller et à cirer mes chaussures : la grande classe, quoi ! Il me disait tout le temps : "Petit, il faut que tu te mettes en avant." C’est lui qui m’a permis de signer ma première victoire, en 1976. C’était le 14 juillet à Saint-Cloud, avec un cheval du baron de Waldner qui s’appelait Joyeux Noël (Happy New Year). Cela ne s’invente pas ! À l’époque, c’était dur de percer chez Freddy Palmer qui avait quatre ou cinq jockeys à l’écurie, mais j’ai quand même gagné le Prix du Chemin de Fer du Nord (Gr3) pour lui avec Fils Prodigue (Faraway Son). »

Une expérience inoubliable au Japon. Mickey Gentile a eu l’occasion de monter pour de grands propriétaires étrangers, ce qui lui a offert une opportunité unique : « En 1978, j’ai gagné à Saint-Cloud avec Princess Lyphard (Lyphard), pour le compte de l’écurie Wada. Quelque temps plus tard, j’ai eu l’occasion de m’imposer avec Red Wing (Red Lord), un représentant de Zenya Yoshida. De là, j’ai été invité au Japon par Reiko Saotomé, la représentante et interprète de Messieurs Yoshida et Wada. J’y ai passé trois semaines fabuleuses au mois de décembre, durant lesquelles j’ai monté à cheval dans le haras de Monsieur Wada. J’ai également eu la chance de passer une journée au cœur du centre d’entraînement de Miho, où j’ai pu faire la connaissance des jockeys japonais. Moi-même, j’étais l’un des premiers jockeys français à aller au Japon ! Je n’ai pas monté en course là-bas, car la J.R.A. ne délivrait pas de licence aux jockeys étrangers à l’époque, mais ce fut une expérience formidable. Reiko, qui est devenue une amie et qui est malheureusement décédée, m’avait fait acheter à Tokyo un médaillon que je porte sur moi depuis maintenant quarante ans. »

Une belle histoire d’amitié avec Philippe Paquet. Ayant côtoyé les plus grands jockeys de l’époque, Mickey a noué un lien particulier avec Philippe Paquet, double Cravache d’Or en 1977 et 1979 : « En 1984, Philippe Paquet, qui était mon idole, a eu un accident très grave à l’entraînement à Hongkong. Il est resté dans le coma pendant plus de trois mois avant de reprendre conscience. Lorsqu’il a été rapatrié en France, il était en fauteuil roulant. Mes amis Jacky Taillard, Yves Saint-Martin, Alfred Gibert et Alain Lequeux m’ont alors demandé si je pouvais passer du temps avec Philippe, étant donné que je montais moins souvent qu’eux. J’ai accepté et je me suis présenté aux parents de Philippe, qui m’ont accueilli les bras ouverts. C’est comme ça qu’une belle histoire d’amitié est née ! Philippe m’a donné la force de résister dans ce milieu. Il s’est rétabli de son accident de manière remarquable, même s’il n’a plus jamais monté en course. Il revenait de très loin. »

La rencontre avec Miesque. Si Michel Gentile ne s’est jamais retrouvé en selle sur un champion l’après-midi, il a en revanche eu la chance de galoper une vraie légende à l’entraînement : « Un jour, Philippe téléphone à François Boutin et me demande si ça m’intéresse de venir galoper ses chevaux de temps en temps. Évidemment, j’accepte ! Plusieurs fois par semaine, j’allais donc à la piste avec les grands jockeys. C’est comme ça que j’ai eu la chance de galoper plusieurs champions de la famille Niarchos tels que Miesque (Nureyev) et Baillamont (Blushing Groom). François Boutin me dit : « Cash [Asmussen, ndlr] ne va pas pouvoir monter le Premio Lydia Tesio (Gr1, à l’époque) à Rome, tu vas y aller à sa place." Je me suis alors retrouvé sur Private View (Mr Prospector), avec laquelle j’ai conclu deuxième. »

1988, le retour aux sources. En 1988, Michel Gentile revient pourtant à Marseille pour travailler chez son beau-frère, François Flachi. Il entre ensuite au service de Patrick Khozian, « mon meilleur patron à Marseille, avec Jean-Claude Séroul, que je remercie de m’avoir fait confiance ces dernières années », qui entraînait seulement douze chevaux à l’époque : « Ensemble, nous avons eu une belle réussite. Je me souviens notamment de Sky Swallow (Sky Lawyer), avec lequel j’ai gagné douze courses, dont le Prix Tantième (L). Ensuite, Antoine Capozzi est arrivé en tant que propriétaire chez Patrick Khozian : comme il ne voulait pas de moi comme jockey, je suis parti. J’ai rejoint l’écurie de Christian Scandella en 1992, où j’ai été le premier jockey de Patrick Dreux pendant un temps. Après un court passage chez Adolphe Rossio, et un retour chez mon beau-frère, ma sœur m’a suggéré de passer ma licence d’entraîneur et j’ai sauté le pas. J’étais réputé pour avoir bonne main et je montais les chevaux difficiles, mais vu ma grande gueule et mon sale caractère, je n’ai pas tout fait pour réussir non plus ! Je n’ai pas su saisir ma chance au bon moment, mais je ne regrette rien. J’ai remporté 508 succès en tant que jockey et j’ai eu la chance de monter à l’étranger, que ce soit en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Italie, et même à l’île Maurice ! » Mickey Gentile a d’ailleurs gardé un sacré souvenir de son expérience en Allemagne : « En 1988, je suis allé monter là-bas pour mon beau-frère dans un patelin. Nous avons fini deuxièmes, alors que nous étions favoris. M’entendant parler lors du sprint final, le jockey du troisième, qui ne comprenait pourtant pas un mot de français, m’a accusé d’avoir bigorné mon cheval ! J’ai écopé d’une mise à pied d’un an par les commissaires. J’ai fait appel et j’ai eu droit à un procès civil à Cologne, où ma mise à pied a été réduite à six mois. Mais il a fallu que je me batte bec et ongles ! »

Une carrière d’entraîneur faite de hauts et de bas. Après avoir mis fin à sa carrière de jockey, Mickey Gentile a entamé une nouvelle vie d’entraîneur qui n’a pas toujours été rose : « Une année après mon installation, en 1997, à Cabriès, j’ai failli cesser mon activité car je n’avais pas de clients. Jacques Rossi m’a alors dit : "Ce n’est pas normal que tu n’aies pas de propriétaires. Je me sépare de Monsieur Chandré-Cozzi, je vais lui parler pour toi !" Cela m’a donné un vrai coup de main, puisque notre collaboration a alors débuté. J’ai entraîné les chevaux de l’écurie Chandré-Cozzi durant sept ans et nous avons gagné beaucoup de courses ensemble, dont le Prix Delahante (L) avec Double Sens (Double Bed). Ce sont les plus beaux souvenirs de ma carrière d’entraîneur. J’ai également un bon souvenir avec une jument de l’écurie qui s’appelait Teenie Band (Exit to Nowhere) et qui a gagné deux Quintés, dont un à Longchamp. J’ai malheureusement arrêté d’entraîner en 2015, pour cause de redressement judiciaire. » De son ancienne activité, Mickey Gentile ne retient cependant que le meilleur. Il nous a d’ailleurs confié une anecdote à ce sujet : « En 1998, Monsieur Picone me demande de réclamer trois chevaux dans une course d’amateurs à Maisons-Laffitte. Il me dit : "Tu m’achètes l’avant-avant-dernier, l’avant-dernier et le dernier !" Je suis passé pour un fou, mais l’un d’entre eux, Went Away (Caerwent), a gagné dix jours plus tard sous mon entraînement à Marseille-Vivaux. Après cela, Monsieur Picone m’a confié quatorze chevaux. »