BREEDERS’ CUP - Sistercharlie pour un doublé, les françaises pour une surprise

International / 01.11.2019

BREEDERS’ CUP - Sistercharlie pour un doublé, les françaises pour une surprise

SANTA ANITA (US), SAMEDI

BREEDERS’ CUP FILLY & MARE TURF (Gr1)

Sistercharlie (Myboycharlie), dans le langage des parieurs américains qui flamberont sur le Pick 6 de la Breeders’ Cup, c’est un single. C’est-à-dire une base à garder toute seule sur le ticket dans le Filly & Mare Turf (Gr1). Et c’est logique car elle est invaincue cette saison. Son entraîneur, Chad Brown, l’a habilement utilisée : trois courses et trois victoires, sur trois hippodromes différents, sans jamais forcer son talent. Elle ne pourra pas compter sur l’aide de sa fidèle copine Thaïs (Rio de la Plata), qui a été déclarée non partante après l’avis du vétérinaire du California Horse Racing Board. On peut y voir un excès de zèle, mais une Breeders’ Cup sans accident est indispensable, face à la pression des défenseurs de la cause animale.

Villa Marina, en souvenir de Banks Hill. L’élève de l’écurie des Monceaux n’aura besoin de personne pour gagner. Le choix de lui mettre un leader correspond également à un excès de prudence. Mais cela s’explique par le fait qu’aux États Unis, sur le gazon, le risque d’une course sans train existe. Sauf lorsque les européennes sont là. L’année dernière, Sistercharlie avait devancé d’une encolure la gagnante du Prix de l’Opéra (Gr1), Wild Illusion (Dubawi), et, cette année, elle sera opposée à une pouliche qui vient de remporter la grande course pour les femelles du meeting du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Villa Marina (Le Havre) est arrivée au bon moment, au sommet de son art, et elle affiche le même rating (115) que Wild Illusion. La pensionnaire de Carlos Laffon-Parias a progressé à chacune de ses sorties et peut offrir un deuxième succès à la France dans cette course, après celui de Banks Hill (Danehill) en 2001 à Belmont Park. Les deux ont un point commun, leur pilote : Olivier Peslier.

Castle Lady connaît déjà le job. La deuxième française au départ, Castle Lady (Shamardal), a elle aussi un point en commun avec Banks Hill : il s’agira de son premier essai sur 2.000m. On dit souvent qu’une pouliche de 1.600m peut tenir 2.000m sur les parcours avec deux tournants proposés par les hippodromes américains. Celui de Santa Anita est encore plus particulier, car le départ est donné dans le tournant et le train s’enflamme après 300 ou 400m de course. Après son succès dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), la pensionnaire d’Henri-Alex Pantall a quelque peu déçu dans les Coronation (Gr1), avant de prendre des vacances. Sa course de rentrée, dans la Queen Elizabeth II Challenge Cup (Gr1), à Keeneland, a été très bonne. Elle a donné du fil à retordre à la lauréate, Cambier Parc (Medaglia d’Oro), et, surtout, elle a montré qu’elle appréciait le parcours avec deux tournants.

Les chances des autres européennes. Le bilan des femelles entraînées en Europe dans le Filly & Mare Turf est de huit succès en vingt éditions. Mais, à Santa Anita, elles dominent, avec quatre victoires pour trois défaites. Outre les deux françaises cette année, trois irlandaises et deux anglaises ont fait le déplacement. Deux sont gagnantes de Gr1 : la pensionnaire de Joseph O’Brien, Iridessa (Ruler of the World), et Billesdon Brook (Champs Élysées), qui a retrouvé la verve de ses 3ans pour remporter les Sun Chariot Stakes à Newmarket. Iridessa affiche le meilleur rating (116) des européennes présentes, mais une livre ne représente pas grand-chose en fin de saison. Fleeting (Zoffany) n’a pas gagné cette saison et n’a pas raté un seul rendez-vous. Elle a été malheureuse lors de plusieurs de ses sorties, notamment dans les Oaks et les Qipco British Champions Fillies & Mare (Grs1), mais aussi dans le Prix de l’Opéra, où elle a fini très fort pour terminer deuxième. La pensionnaire d’Aidan O’Brien est plus à son aise sur 2.400m et a déjà tenté sa chance aux États-Unis face à Sistercharlie, sans trop aimer la façon dont se déroulent les courses américaines. L’autre pouliche de Ballydoyle, Just Wonderful (Dansili), a elle aussi couru deux fois aux États-Unis et elle n’a pas réussi à décrocher une victoire en 2019. La dernière du team Europe est Fanny Logan (Sea the Stars), qui a remporté trois Listeds et un Gr3. Elle progresse mais monte de catégorie. Elle aura également contre elle son numéro de corde (12), qui n’est pas des plus confortables…

SANTA ANITA (US), SAMEDI

BREEDERS’ CUP TURF (GR1)

Bricks and Mortar, le jour le plus long

Un américain favori de la Breeders’ Cup Turf (Gr1), on ne voit pas ça tous les ans. En fait, si 10 chevaux formés aux États-Unis l’ont remportée, le bilan de ceux du Vieux Continent est de 22 victoires. Bricks and Mortar (Giant’s Causeway) mérite bien ce statut et un succès peut lui assurer le titre de Horse of the Year. Il a tout gagné cette année dans une campagne commencée très tôt, fin décembre, pour se préparer à la Pegasus World Cup Turf (Gr1). Mais, ce samedi, il doit répondre à une grosse interrogation le concernant. A-t-il assez de tenue pour gagner sur 2.400m ? Même son entraîneur s’est posé la question. Mais le programme de la Breeders’ Cup ne lui offrait pas beaucoup de possibilités : soit sur plus court dans le Mile, une distance trop courte, soit tenter sa chance sur plus long… c’est-à-dire en terrain inconnu. Le prestige et l’allocation l’ont convaincu de courir Bricks and Mortar dans le Turf.

Anthony Van Dyck, le Derby winner. Sa capacité dépend aussi de la classe de ses rivaux. Bricks and Mortar peut battre les américains… même sur 4.000m. Mais est-il capable de faire mieux que les européens ? Il a devancé deux fois Magic Wand (Galileo), c’est là sa seule ligne sérieuse. En dernier lieu, la française de Ballydoyle a devancé dans les Irish Champion Stakes (Gr1) le Derby winner Anthony Van Dyck (Galileo), le meilleur européen au départ ce samedi. Depuis son retour aux balances à Epsom, l’étiquette de "mauvais gagnant de Derby" lui colle à la peau et il a enfin la chance de redorer son blason. Aidan O’Brien a fait de ce déplacement son objectif majeur. Anthony Van Dyck est fort probablement un mauvais Derby winner, mais pas un mauvais cheval.

Old Persian, il est fait pour ce job. Le troisième larron est Old Persian (Dubawi), qui avait affiché un rating de 122 lors de son succès dans le Dubai Sheema Classic (Gr1). Sa valeur a été revue à la baisse (118) par les handicapeurs. Mais le pensionnaire de Charlie Appleby a tout de même confirmé en se promenant à Woodbine dans les Northern Dancer (Gr1) qu’il est fait pour ce genre de courses, même si, dans les vrais Grs1 en Europe, il est barré. Il est frais et il adore le bon terrain. Les deux autres européens à avoir fait le déplacement sont le "FR" Alounak (Camelot) et Mount Everest (Galileo). Le premier a gagné un Gr3 chez lui en Allemagne et s’est classé deuxième dans le Canadian International (Gr1). Le pensionnaire d’Aidan O’Brien, lui, n’a pas participé aux classiques et reste sur une victoire dans une Listed. Le poulain de Ballydoyle avait dévoilé du talent à 2ans en affichant photographie avec Japan (Galileo) dans les Beresford Stakes. Si leurs ratings tournent autour de 110, ils sont meilleurs que les autres américains. 

SANTA ANITA (US), SAMEDI

BREEDERS’ CUP MILE (GR1)

Circus Maximus, pour perpétuer une tradition

La Breeders’ Cup Mile (Gr1), c’est une tradition familiale pour la casaque Niarchos. L’histoire débute en 1987, quand Miesque (Nureyev) a remporté le premier de ses deux succès. Spinning World (Nureyev) est arrivé ensuite, suivi par Domedriver (Indian Ridge), Six Perfections (Celtic Swing) et Karakontie (Bernstein). Le 3ans Circus Maximus (Galileo) peut offrir un septième triomphe à l’écurie, qui s’est imposée avec trois entraîneurs différents. Les milers n’ont pas offert un spectacle inoubliable cette année en Europe. Au tout début de l’année, Circus Maximus était considéré comme un poulain de Derby. La décision de le raccourcir et de le munir d’œillères s’est avérée payante. Le poulain a remporté les St James Palace Stakes et le Prix du Moulin de Longchamp (Grs1). Il arrive sur la Breeders’ Cup avec un rating de 118.

Uni, la meilleure américaine. Les Américains ne proposent guère mieux. Leur favori est Got Stormy (Get Stormy), dont le principal fait d’armes est un succès dans le Fourstardave, un Gr1 formule handicap. Il avait devancé l’ex-française Uni (More than Ready), qu’il retrouve dans des conditions différentes. L’élève du haras d’Étreham, qui rendait deux livres à son rival lors de leur rencontre à Saratoga, en reçoit trois cette fois-ci. Elle reste sur un facile succès dans les First Lady (Gr1) face à un lot uniquement composé de femelles. Ce n’est pas pur chauvinisme si on lui préfère la française.

Trois autres français. Trois autres produits de l’élevage français seront au départ, dont deux sont gagnants de Gr1. Suédois (Le Havre), qui a décroché le Shadwell Turf Mile en 2017, est encore compétitif, même s’il n’est plus tout jeune et qu’il a un peu perdu de sa superbe. Lord Glitters (Whipper) a atteint son meilleur niveau cette année, à 6ans, grâce notamment à sa victoire dans les Queen Anne Stakes à Royal Ascot. Le troisième est Trais Fluors (Dansili), dont le palmarès n’est pas à la hauteur de son talent. Acheté 370.000 € à la vente de l’Arc par Robert Ng, il fera ses débuts pour l’entraînement de Ken Condon et avec l’aide du Lasix.

La potion magique ? Si le Lasix est susceptible d’aider, ce n’est pas la potion magique d’Astérix et Obélix… Without Parole (Frankel), très décevant après son succès dans les St. James Palace (Gr1) 2018, fera ses débuts sous Lasix et pour l’entraînement de Chad Brown. L’anglais Hey Gaman (New Approach) s’y essaiera lui aussi. C’est un vrai cheval de 1.400m, mais on a tendance à dire que, sur un mile avec deux tournants, mieux vaut un cheval qui en Europe va sur plus court. Richard Fahey, quant à lui, a décidé de courir Space Traveller (Bated Breath) sans Lasix. Ce sera le seul des quatorze candidats au départ.