Cédric Boutin : « Pourquoi pénaliser les acteurs qui font la recette ? »

Institution / Ventes / 01.11.2019

Cédric Boutin : « Pourquoi pénaliser les acteurs qui font la recette ? »

Candidat au collège des entraîneurs, Cédric Boutin évolue sous la bannière de l’Association des entraîneurs-propriétaires (AEP). Entouré de l’équipe d’AEPI - Croissance Courses, il nous a livré les grandes lignes de son programme pour l’élection à venir.

Jour de Galop. – Dans quel contexte l’AEP et Croissance Courses se sont-ils rapprochés ?

Cédric Boutin. – Les entraîneurs n’ont désormais plus le droit de se présenter aux élections à France Galop dans le collège des éleveurs ou des propriétaires. C’est scandaleux car la plupart d’entre nous sommes aussi propriétaires et même parfois éleveurs, avec des effectifs souvent importants. Les petits entraîneurs-propriétaires-éleveurs, dont je fais partie, font tourner le système. On nous a placés dans un ghetto en nous cantonnant à notre seule fonction d’entraîneur. Il nous a donc semblé opportun de nous rapprocher de mouvements ayant des idées proches des nôtres. Et c’est le cas de Croissance Courses. Nous partageons le même constat sur la situation et nous envisageons des solutions communes et cohérentes. 

L’AEP a une longue histoire et nous avons désormais une certaine expérience des rouages de l’institution. Mon équipe participe depuis huit ans aux conseils du plat et de l’obstacle ainsi qu’au comité de France Galop. Sans être dans une attitude d’opposition systématique car, dans une filière, tout le monde doit se serrer les coudes, l’AEP se montre vigilante sur chaque dossier et beaucoup nous ont ulcérés ces dernières années. Quand cela est nécessaire, nous avons su et nous saurons encore sortir les griffes pour tenter de préserver l’intérêt du plus grand nombre face à certains intérêts particuliers.

Votre cheval de bataille est la répartition des allocations. Que proposez-vous ?

Alors que d’autres efforts vont être demandés à la filière dans l’avenir, pourquoi pénaliser les acteurs qui font la recette ?

Il y a le programme de base, dit alimentaire, le programme black type et le programme intermédiaire. Ce dernier – l’intermédiaire – est censé être le tremplin vers les épreuves black types et c’est lui qui ne donne pas satisfaction. C’est aussi l’une des sources de notre manque de compétitivité à haut niveau face aux étrangers. En réalité, c’est un faux programme de présélection. Il est juste là pour favoriser le commerce. Normalement, après sa victoire de maiden puis dans une éventuelle course tremplin, un cheval devrait disputer des Listeds ou des Groupes… Or il ne s’y aventure pas, ou peu, car l’objectif est avant tout de le vendre. Donc il lui faut le moins de contre-performances possible, en patientant dans le circuit des Classes 1 et des Classes 2. On y court à sept ou à huit, voire moins. Dans le même temps, on accuse les petites catégories de faire l’aumône. Mais, au fond, qui bénéficie de la charité de qui ?

Selon vous, pourquoi ce système dégrade-t-il la compétitivité du galop français ?

On a créé de fausses bonnes courses, qui n’entretiennent pas la compétitivité. Dans le même temps, les poulains anglo-irlandais vont au charbon, ils prennent des coups et ils arrivent endurcis dans les bonnes courses.

En France, où est l’amélioration de la race chevaline ? On fait du très moyen avec des chevaux trop préservés pour devenirs compétitifs.

Notre programme de sélection est aussi un piètre support d’enjeux, alors qu’il consomme beaucoup d’allocations. Nous sommes en train de rompre des équilibres. Avez-vous déjà songé au fait que nous sommes l’un des rares sports – si ce n’est le seul – où c’est la base qui subventionne l’élite ! Dans d’autres sports, ce sont les revenus générés par les meilleurs (notamment les revenus publicitaires) qui permettent de faire vivre la base de la pyramide. Je ne suis pas contre l’élite et, dans un monde idéal, j’aimerais que les allocations dans les Gr1 soient encore supérieures. Mais ce n’est pas possible et il y a des arbitrages à faire. Quand je vois qu’on a maintenu des primes conséquentes dans les Gr1, lesquelles finissent trop souvent dans la proche de concurrents étrangers, je me dis qu’il y a un problème. Les chevaux qui courent ces épreuves ont déjà la double plus-value de l’élevage et du commerce ! Et je me pose aussi la question de savoir si France Galop a fait des efforts suffisants pour le sponsoring. Il existe, certes, mais il est endogène car il résulte de la générosité d’acteurs de la filière. En fait, c’est du mécénat. Les Gr1 devraient être sponsorisés, comme par le passé, par de grandes marques (aujourd’hui nous avons Longines et… le néant !). Et même au-delà, chaque course française, quel que soit son niveau, devrait avoir un sponsor. Or cela n’est pas le cœur de métier de France Galop. Pour y parvenir, nous avons besoin de recourir à une véritable régie publicitaire externe. En un mot, les courses de sélection doivent s’autofinancer en cumulant sponsoring et enjeux.

La concurrence étrangère ne se limite pas aux Groupes. On pense notamment aux entraîneurs frontaliers qui viennent disputer des épreuves de moindre catégorie… Quelle est votre position sur ce sujet ?

Par le biais de l’Europe, un nombre croissant de concurrents sont invités à se partager un gâteau dont la taille va en diminuant. Il y a là un vrai problème. France Galop ne montre aucun patriotisme hippique ; France Galop ne montre aucune empathie vis-à-vis des acteurs français de la filière. Car, derrière les entreprises, ce sont des familles, des salariés, des destins… Dans le même temps, les coûts ne diminuent pas. Je suis très favorable à l’installation en France des entraîneurs étrangers qui courent chez nous. Il faut que tout le monde travaille avec des conditions égales, alors qu’actuellement nous sommes dans une situation de dumping social de la part des pays frontaliers. La compétition internationale devrait être réservée aux épreuves de sélection, notamment les Listeds et les Groupes ; pas au programme alimentaire ! France Galop doit prendre ses responsabilités et soutenir les professionnels français. On nous propose de mourir en silence, car l’institution parie sur le fait qu’il y aura de la relève et que les étrangers feront le job. Les fédérations sportives ont créé des compétitions nationales, pourquoi est-ce impossible au galop ? Huit professionnels sur dix sont en situation précaire. Devons-nous travailler avec du personnel non déclaré pour nous aligner sur nos concurrents étrangers ? Non ! Alors faisons passer l’intérêt de notre profession avant nos querelles de chapelle. On voit des entraîneurs qui ont gagné des Groupes se retrouver quelques années plus tard hors circuit. Les chiffres sont là : les 10 % de partants étrangers des courses françaises décrochent 13 % des allocations. Ce n’est mathématiquement et économique pas tenable pour nous.

J’en profite pour préciser qu’il n’est pas normal qu’un seul siège soit réservé aux entraîneurs au sein du conseil d’administration de France Galop, alors que deux associations représentatives existent. Pourquoi les entraîneurs ne bénéficient-ils pas statutairement de deux sièges ? Voilà encore un exemple du manque de considération à notre égard et des mesures vexatoires qui ont été prises contre les entraîneurs au sein de l’institution.

Enfin, n’ayons pas peur de dire que le climat de suspicion qui règne autour des questions de dopage est néfaste. Il serait bon que France Galop nous donne des garanties sur sa capacité à détecter des produits non autorisés chez nous et dont on dit qu’ils sont utilisés. Notre image dans la sphère publique en dépend ; la confiance de ceux qui en vivent et de ceux qui investissent aussi.