Grève du 5 décembre : quelles conséquences pour le monde des courses ?

Courses / 27.11.2019

Grève du 5 décembre : quelles conséquences pour le monde des courses ?

Jeudi 5 décembre, un important mouvement de grève est annoncé en France : fonction publique, routiers… Nous avons voulu savoir quels pourraient être les impacts pour le monde hippique, des éventuelles menaces pour les réunions de courses aux difficultés de transport des chevaux, en passant par les ventes Arqana.

FRANCE GALOP ÉTUDIE TOUTES LES POSSIBILITÉS

Le 5 décembre et dans les jours qui suivent, il n’y a pas de réunion de galop en région parisienne. Les éventuels blocages à Paris pourraient impacter les réunions de Vincennes, sachant qu’un certain nombre de chevaux sont à Grosbois, à une vingtaine de minutes de Vincennes (quand tout roule bien) pour le meeting. François Boulard, directeur programme et région à France Galop, nous a dit : « Nous avons très peu de visibilité… En ce qui concerne le transport des chevaux, il y a deux cas de figure : les meetings de Cagnes et de Pau, où les chevaux sont sur place, et les autres réunions. Nous avons donc appelé les sociétés régionales pour leur demander de rester en alerte, d’être vigilantes, de se tenir au courant sur d’éventuels blocages par exemple. Et il faut ajouter d’autres contraintes annexes. Par exemple, il y a le cas des ambulanciers, sans lesquels une réunion de courses ne peut pas avoir lieu. Cela fait partie des sujets abordés avec les sociétés de courses régionales. Les réunions avec course support d’événement vont principalement se disputer à Vincennes. »

Le G.T.H.P. prêt à s’adapter

Directeur du G.T.H.P., Grégoire Morin nous a dit : « Nous n’avons a priori pas de grève au sein du G.T.H.P. Je pense que, pour nous, la principale difficulté sera l’accès des employés aux hippodromes. La plupart sont véhiculés et ne devraient pas être trop impactés par la grève de la SNCF ou de la RATP. Il y a le cas ensuite d’éventuels blocages routiers… Mais si nous ne pouvons pas passer, il est probable que les chevaux ne le pourront pas non plus ! Concernant les ambulanciers, je n’ai pas d’inquiétude car le mouvement de grève touche le secteur public. Je ne pense pas que la petite agence d’ambulanciers avec laquelle nous travaillons suivra ce mouvement de grève. »

Des options en cas de problèmes sur les réunions régionales. Si les meetings ne devraient pas être trop impactés par d’éventuels blocages, le cas est différent pour des réunions ponctuelles en province. France Galop a pensé aux différentes options, comme nous l’a dit François Boulard : « Le jeudi 5 décembre, le Quinté se dispute à Vincennes. Du côté du galop, nous avons des réunions à Salon-de-Provence et au Croisé -Laroche. S’il y a des défaillances sur ces réunions, il y a l’option de prendre les courses de Turffontein : trois courses sont déjà au programme et nous pouvons demander un arrangement des horaires pour avoir l’ensemble de la réunion. Nous avons aussi l’option de Meydan en soirée. Le vendredi 6 décembre, nous avons Vincennes en réunion 1 et nous sommes, au galop, à Cagnes-sur-Mer. Donc avec les chevaux sur place. Il y a aussi une réunion à Lyon-La Soie et une réunion à l’internationale au trot. S'il y a impossibilité à courir à La Soie, nous avons l’option d’aller à Marseille-Vivaux. Tout est possible, mais c’est à condition que Marseille soit accessible : nous ne maîtrisons pas les éventuels blocages. Quant au samedi 7 décembre, nous avons une réunion 1 à Vincennes et une réunion à Amiens, avec des courses internationales à Wolvega et Lima. »

LES TRANSPORTEURS DOIVENT S’ADAPTER

Les transporteurs peuvent se retrouver face à des blocages et donc à l’impossibilité d’acheminer les chevaux. L’autre problématique, en cas de blocage des raffineries par exemple, peut être la pénurie de carburant. Directeur de STC Horse France, Fathi Robjani nous a dit : « Dans ce genre de situation, nous gérons au coup par coup. Nous nous adaptons. Concernant les transports qui étaient prévus pour le 5 décembre, ils ont principalement été décalés au 4, afin d’éviter d’éventuels blocages. Pour le moment, nous ne savons pas s’il y aura des blocages. Ce mercredi par exemple, les agriculteurs ont bloqué plusieurs axes routiers mais on ignore s’ils seront présents la semaine prochaine. Du côté des routiers, il devrait surtout y avoir des opérations escargot. »

Entre manifestations prévues ou blocage soudain, au cas par cas. Pas facile de prévoir l’état du trafic quand, a priori, il n’y a aucun incident sur le trajet… En cas de mouvement social, c’est un véritable casse-tête qui peut attendre les transporteurs. Fathi Robjani nous a dit : « Si un déplacement était prévu le 5, il faut partir la veille, c’est tout. Les hippodromes peuvent s’organiser pour accueillir chevaux et personnel la veille. Si le mouvement se poursuit, nous ne pouvons pas faire de prévision pour le moment. Il faut s’adapter. Nous allons avoir des chevaux à ramener de Newmarket : si nous constatons un blocage, nous pouvons trouver des solutions pour que les chevaux soient accueillis dans un haras, le temps que la situation se décante, plutôt que de les stresser dans un camion. Il en va de même en Normandie : il est toujours possible de trouver des solutions d’hébergement en cas de problème connu. Après, s’il s’agit d’un blocage soudain d’une autoroute, c’est ingérable à l’avance. Il faut s’adapter. Nous avions eu un problème en emmenant des chevaux à Cagnes la semaine dernière, l’autoroute étant fermée suite à une inondation : le temps de négocier avec la préfecture, la situation s’était résolue, l’autoroute était de nouveau ouverte. Je n’ai pas d’inquiétude concernant le carburant : nous avons une cuve de 30.000 litres et nous venons de la remplir. Nous avons déjà fait face dans le passé à des cas de pénurie de carburant et nous avons trouvé des solutions. »

Le PMU devrait être impacté

C’est l’expérience qui le montre : en cas de mouvement social ou de fortes intempéries, le PMU est impacté. C’est un problème de mobilité des personnes, qui ne pourront peut-être pas se rendre dans les points de vente, sur les hippodromes, etc. Le PMU peut aussi être impacté en cas d’annulation de réunion suite à des blocages. Et même si France Galop prévoit un plan de secours via les réunions étrangères, par exemple, une réunion de courses à Lima fera moins d’enjeux qu’une réunion française.

VIGILANCE DU CÔTÉ D’ARQANA

Du 7 au 10 décembre, l’agence Arqana organise sa vente d’élevage de décembre. Certains syndicats appellent à une grève illimitée dans le temps, ce qui peut poser des problèmes logistiques : transport des chevaux depuis et vers Deauville, ainsi que transports des personnes, entre grève SNCF ou encore des contrôleurs aériens.

Pas une première pour Arqana. Éric Hoyeau, président directeur général d’Arqana, nous a expliqué : « L’énorme avantage de la vente d’élevage est qu’elle se tient à Deauville. Depuis plusieurs années, nous avons rencontré des périodes troubles pour nos ventes de novembre et décembre. En novembre 2017, il y a eu les attentats à Paris. En décembre, l’an passé, nous avions le mouvement des "gilets jaunes" qui, par sa nature même, était imprévisible. Et nous avions réalisé une vente exceptionnelle. Nous étions en contact avec la préfecture l’an passé, que ce soit pour les blocages routiers ou pour le carburant : nous faisons du transport de vivant et, avec l’aide de la préfecture, nous avions pu gérer le réapprovisionnement de carburant. À ce stade, les conséquences de la grève du 5 décembre sont difficiles à prévoir. Nous sommes en contact avec les autorités locales et nous n’avons pas d’alertes concernant des blocages dans la région. »

Prévoir au maximum. Un certain nombre d’acheteurs vont arriver à Deauville depuis Newmarket, ce qui devrait leur permettre d’éviter d’éventuels blocages sur la région parisienne. Éric Hoyeau nous a dit : « Arqana affrète un avion d’Angleterre à Deauville pour les acheteurs, dont beaucoup seront à Newmarket avant la vente d’élevage. Il s’agit d’une compagnie étrangère, donc il ne sera pas impacté par les grèves. Il y a le cas du mouvement social chez les contrôleurs aériens mais il n’y a pas d’alerte au niveau local, de même qu’il n’y a pas de problème annoncé, à cet instant, pour le réseau routier entre l’Angleterre et la France. Arqana essaye d’anticiper les éventuelles difficultés pour les arrivées étrangères à Charles de Gaulle. Il est évident que nous allons essayer de gérer au plus serré et que nous sommes extrêmement attentifs à toutes les différentes informations. Nous sommes en contact avec la préfecture, mais je pense qu’il s’agit d’un mouvement social corporatiste, qui ne touche donc pas tout le monde. Notre but, à Arqana, est d’assurer le meilleur service client possible, que ce soit en période calme ou en période plus troublée. Nous sommes vigilants et nous avons déjà dû gérer des écueils dans le passé. En tout cas, je peux garantir qu’il n’y aura pas de grève des auctioners ou des bidspotters chez nous ! »

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Le Salon du cheval a son plan B

Le Salon du cheval de Paris, du 4 au 8 décembre…  tombe en plein dans les grèves ! Et les organisateurs ont fait de leur mieux pour mettre en place un plan de secours. Un dispositif exceptionnel avec cinq mesures phares a vu le jour : parking gratuit du mercredi 4 au vendredi 6 décembre inclus, hotline, covoiturage avec widget Blabla Car sur le site du Salon du cheval, antenne taxi avec régulateur et partenariat avec les VTC Kapten. Jean-Luc Poulain, président du Ceneca et président du Salon du cheval de Paris, explique : « Si nous n'avons pas à nous prononcer sur le motif de revendication, il est de notre devoir – en tant que propriétaire et organisateur de salons, d'alerter sur les conséquences. Le Salon du cheval de Paris, organisé au Parc des Expositions de Villepinte, réunit toute la filière (…) et des milliers de visiteurs (…) Pour ce faire, ils choisissent souvent le RER B. Le Salon du cheval de Paris, déjà touché dans le passé par des événements extérieurs traumatisants, se voit cette année encore confronté à une "grève massive", qui plus est annoncée dans la durée. Cette grève pousse l’organisation à alerter sur les conséquences qui menacent le salon : conséquences humaines, conséquences économiques, conséquences sportives. »

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