L’Europe galope de plus en plus vite

Magazine / 15.11.2019

L’Europe galope de plus en plus vite

Par Franco Raimondi

Surprise ! Le meilleur sprinter du monde, selon les World’s Best Racehorse Rankings, est un européen. Cela n’était arrivé qu’une fois depuis 2008. Battaash (Dark Angel) avec son 125 de rating devance d’une livre l’australien Santa Ana Lane (Lope de Vega). Le même cas de figure s’était présenté en 2017 quand Harry Angel (Dark Angel) avait terminé la saison avec 125 également, soit trois livres de plus que Chautauqua (Encosta de Lago). Il ne manque plus que le Hong Kong Sprint (Gr1) et la réunion des handicapeurs pour que tout cela soit officiel.

Blue Point vs Battaash. Mardi, au gala des Cartier Awards, c’est le titre du meilleur sprinter qui fut le plus serré. Il fallait choisir entre Battaash, qui pour sa manière de courir est une bête à rating, et Blue Point (Shamardal), qui a réussi à remporter les deux grands sprints de Royal Ascot en cinq jours d’intervalle. Ten Sovereigns (No Nay Never) avait pour lui son succès dans la July Cup (Gr1). Finalement, Blue Point a été récompensé. C’est son année sans faux pas, son palmarès et son résultat favorable lors de son unique confrontation avec Battaash cette saison qui ont fait la différence. Ce cru 2019 a confirmé la tendance de ces dernières saisons : le niveau des grandes courses de vitesse en Europe ne cesse de progresser.

L’écart avec l’Australie n’est plus si important. Si les australiens restent encore les plus forts dans ce créneau, il faut quand même saluer la progression des européens. Car, si la défaite de Ten Sovereigns dans The Everest est très lourde et que le Vieux Continent affiche un zéro pointé dans la Breeders’ Cup Turf Sprint et le Hong Kong Sprint (Grs1), deux sprints avec tournant, en ligne droite, en revanche, nous avons gagné quatre fois l’Al Quoz Sprint (Gr1), dont une fois avec le français The Right Man (Lope de Vega). Il s’agit bien évidemment de deux sports différents, mais, outre ces performances, il faut remarquer que deux lauréats de Sha Tin, Peniaphobia (Dandy Man) et Lucky Nine (Dubawi), et une du Turf Sprint, Belvoir Bay (Equiano), sont des produits de l’élevage européen. Au niveau des ratings, et si on se base sur la moyenne établie sur ces douze dernières années, le gap entre le top du reste du monde et le meilleur européen n’est pas si énorme : eux affichent 123,6 et nous 121,5. Je dois avouer que, pour arriver à un résultat aussi favorable aux européens, j’ai volontairement enlevé de ce comparatif Black Caviar (Bel Esprit), la meilleure australienne de 2010 à 2013, dont les ratings sont les suivants : 123 – 132 – 130 – 130. Il s’agissait d’un monstre et les monstres faussent les statistiques…

Les futurs étalons. Dans le tableau ci-dessous, nous avons ajouté le Qatar Prix de la Forêt à la liste des sprints de Gr1. Ce choix ne fera pas forcément l’unanimité, mais les 1.400m toboggan de ParisLongchamp sont un parcours plus favorable aux sprinters qu’aux milers. Le circuit de sélection au plus haut niveau a fourni neuf lauréats différents : Blue Point et Advertise (Showcasing) comptent deux succès. Sélection est vraiment le terme qui convient, car un seul gagnant ne laissera pas de traces dans l’élevage : le hongre Battaash. Blue Point sera proposé par Kildangan Stud à 45.000 € et l’équipe de Darley est sans concession au moment du choix des poulinières ; Advertise officiera au National Stud à 25.000 £ (29.000 €) et Ten Sovereigns fera la monte à Coolmore à 25.000 €. Donjuan Triumphant (Dream Ahead) a décroché son ticket d’étalon en remportant le British Champions Sprint (Gr1) et il est offert à 4.000 € par le haras de la Barbottière, alors que Hello Youmzain (Kodiac), acheté par le haras d’Étreham et Cambridge Stud, fera ses débuts en 2021 et sera proposé aussi en Nouvelle-Zélande. Il a encore le temps d’étoffer son palmarès.

LAURÉATS DES GRS1 COURUS SUR 1.200M ET MOINS EN EUROPE (AVEC EN PLUS LA FORÊT)

Date

Course

Hippodrome

Dist.

Gagnant

S/A

Père

Propriétaire

Entraîneur

Rating

18 juin

King’s Stand Stakes

Royal Ascot

1.000

Blue Point

M5

Shamardal

Godolphin

Charlie Appleby

123

21 juin

Commonwealth Cup

Royal Ascot

1.200

Advertise

M3

Showcasing

Phoenix Thoroughbred

Martyn Meade

119

22 juin

Diamond Jubilee

Royal Ascot

1.200

Blue Point

M5

Shamardal

Godolphin

Charlie Appleby

118

13 juil

July Cup

Newmarket

1.200

Ten Sovereigns

M3

No Nay Never

Coolmore

Aidan O’Brien

122

4 août

Prix Maurice de Gheest

Deauville

1.300

Advertise

M3

Showcasing

Phoenix Thoroughbred

Martyn Meade

119

23 août

Nunthorpe Stakes

York

1.000

Battaash

H5

Dark Angel

Cheikh Hamdan Al Maktoum

Charlies Hills

126

7 sept

Sprint Cup

Haydock

1.200

Hello Youmzain

M3

Kodiac

Jaber Abdullah

Kevin Ryan

118

15 sept

Flying Five

Curragh

1.000

Fairyland

F3

Kodiac

Evie Stockwell

Aidan O’Brien

112

6 oct

Prix de l’Abbaye de Longchamp

ParisLongchamp

1.000

Glass Slippers

F3

Dream Ahead

Bearstone Stud

Kevin Ryan

117

6 oct

Prix de la Forêt

ParisLongchamp

1.400

One Master

F5

Fastnet Rock

Lael Stable

William Haggas

115

19 oct

British Champions Sprint

Ascot

1.200

Donjuan Triumphant

M6

Dream Ahead

King Power

Andrew Balding

118

Dream Ahead et ses bombes. L’élevage français s’ouvre de plus en plus à la vitesse. Parmi les étalons pères de lauréats de Gr1, seuls Kodiac (Danehill) et Dream Ahead (Diktat) ont deux gagnants au plus haut niveau. Ce dernier aura ses premiers 2ans conçus en France l’année prochaine. Cette saison, en plus de Donjuan Triumphant et de la lauréate du Prix de l’Abbaye de Longchamp, Glass Slippers, il est également à l’origine de Dream of Dreams, qui a donné du fil à retordre à Blue Point dans les Diamond Jubilee à Royal Ascot, et de la pouliche Forever in Dreams, deuxième de la Commonwealth Cup et troisième des British Champions Sprint (Grs1). Dream Ahead fut lui aussi sacré meilleur sprinter d’Europe en 2011. Les handicapeurs lui avaient donné un rating de 120 pour son succès dans la July Cup et la Sprint Cup, avant de le passer à 126 après son succès dans un Prix de la Forêt d’anthologie. Il avait battu Goldikova (Anabaa) sur une pointe de vitesse et un chrono (1’18”10) canon. Officiellement, il figurait au classement comme miler. Mais il s’agissait avant tout d’un sprinter de grande classe, qui avait survolé les 1.400m de Longchamp et affiché une réduction kilométrique de 55”78…

Vitesse rime avec jeunesse. Revenons aux sprints de 2019, dont Battaash est sorti avec le meilleur rating et Blue Point avec son Cartier Award. C’est une excellente génération de 3ans qu’il nous fut donné de voir. Les jeunes ont battu leurs aînés dans la July Cup avec Ten Sovereigns, dans le Prix Maurice de Gheest avec Advertise, dans la Sprint Cup avec Hello Youmzain, dans les Flying Five en Irlande avec Fairyland (Kodiac) et dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp avec Glass Slippers. Les 3ans ont fourni le quinté à Newmarket et le jumelé au Curragh et à ParisLongchamp. Il ne nous reste plus qu’à déterminer quelle course doit être sacrée meilleur sprint de l’année. Le Battaash des Nunthorpe Stakes a été exceptionnel, mais, dans les King’s Stand Stakes, à l’issue d’un parcours malheureux, il a été battu par Blue Point. Si on passe sur 1.200m, la July Cup est sans doute au top, mais le fait que Ten Sovereigns ait été battu dans ses quatre autres sorties saisonnières soulève quelques interrogations. Il était sur trop long dans les 2.000 Guinées, un peu endormi dans la Commonwealth Cup, sur trop court dans les Nunthorpe et obligé de découvrir un autre métier en Australie.

Une spécialisation poussée à l’extrême. Le sprinter capable de courir toute l’année et sur tous les parcours n’existe plus. Le cheval de 1.000m manque de tenue quand il est obligé de courir sur 1.200m, les sprints avec tournant posent problème aux européens, lesquels ont appris le métier en ligne droite. Chacun a désormais sa spécialité au sein même de la discipline. Stradivarius (Sea the Stars) battrait tous les stayers de la planète de 2.800 à 4.000m, alors que Battaash ne gagnerait pas un Gr3 sur 1.200m, et Ten Sovereigns a terminé à presque huit longueurs sur les 1.000m des Nunthorpe et à cinq et demie de Yes Yes Yes (Rubick) avec le tournant. Si on reste en Australie, donc sans devoir mettre sa défaite sur le compte du voyage, Nature Strip (Nicconi) a fourni en ligne droite dans le Darley Sprint Classic (Gr1) de samedi dernier une valeur d’une douzaine de livres plus haute que celle qu’il avait faite dans le The Everest. L’édition australienne de Timeform lui a attribué 128 pour cette performance, la meilleure de la saison 2019-2020 toutes distances confondues, mais les handicapeurs officiels l’ont pris à 122 alors qu’habituellement l’écart est plutôt de quatre livres. Il reste Hongkong, mais le meilleur là-bas (120) est Beat the Clock (Hinchinbrook), qui fera sa rentrée dimanche dans un Gr2 et sera opposé à Regency Legend (Pins), qui est invaincu en quatre sorties à Sha Tin. Un européen meilleur sprinter du monde ? Le rêve est permis.

MEILLEURS RATINGS OBTENUS EN EUROPE ET DANS LE RESTE DU MONDE CHEZ LES SPRINTERS

Année

Top Europe

Rating

Top reste du monde

Rating

2019

Battaash

125

Santa Ana Lane

124

2018

Battaash

123

Trapeze Artist

123

2017

Harry Angel

125

Chautauqua

122

2016

Mecca’s Angel

121

Chautauqua

122

2015

Muhaarar

123

Able Friend

125

2014

Slade Power

119

Lankan Rupee - Terravista

123

2013

Lethal Force

121

Lord Kanaloa

128

2012

Moonlight Cloud

121

Hay List

125

2011

Deacon Blues

120

Rocket Man

125

2010

Starspangledbanner

121

J J The Jet Plane

122

2009

Fleeting Spirit

118

Sacred Kingdom - Scenic Blast

122

2008

Marchand d’Or

121

Sacred Kingdom - Scenic Blast

123