LE MAGAZINE - Dans un marché des yearlings stable, la France progresse

International / 27.11.2019

LE MAGAZINE - Dans un marché des yearlings stable, la France progresse

La langue anglaise est riche d’expressions assez savoureuses. Quand les Britanniques disent que le marché des yearlings est leur "bread and butter", il faut comprendre que cette tranche d’âge est leur "gagne-pain". Et les résultats de la saison de vente 2019 pour cette catégorie sont l’exacte copie de ceux de 2018. Du moins en apparence.

Par Franco Raimondi

Le chiffre d’affaires des yearlings en Europe est de 368,24 millions d’euros pour 5.301 sujets vendus. Ce chiffre enregistre une hausse de 0,5 %. Dans le même temps, le nombre d’invendus passe de 22,7 % à 21,3 %. Ce qui se cache derrières ces indicateurs est très simple : cette année, les propriétaires européens avaient le même budget pour acheter des yearlings que l’année dernière. Pas plus. Pas moins. Les nouvelles vocations américaines ont soutenu le marché dans le haut du panier, mais sans tomber dans l’excès et les enchères débridées. Même si le programme américain sur le gazon prend de l’ampleur, le "bread and butter" des Américains reste le dirt. Cette année, 24 yearlings sont millionnaires en euros. C’est deux de moins qu’en 2018, malgré l’arrivée de nouvelles signatures sur les bons à sept chiffres, comme l’Allemand Westerberg. Tattersalls reste stable. Le temple du commerce européen représente 54 % du chiffre d’affaires du vieux continent, soit 199,11 millions. La France progresse de 68,03 à 74,16 millions, alors que l’Irlande recule de très peu. L’Allemagne pèse 8,21 millions et l’Italie 2,42. Les deux pays représentent 2,8 % du marché européen et donnent des signaux de reprise.

Le cas No Nay Never. L’élevage est un secteur important. Mais pas besoin d’un doctorat en macroéconomie pour analyser les résultats des ventes. On ne vend pas du pain et du beurre, mais des chevaux qui n’ont pas encore porté un homme sur leur dos. Sur le ring, on assiste à la rencontre des rêves et des ambitions. Comme dans tous les théâtres, l’émotion pèse lourd. Surtout que l’offre n’est jamais égale d’un an à l’autre. Un mois de bons résultats avant une vacation peut faire bondir la cote d’un étalon. Cette offre qui change est très spécifique du marché du pur-sang. Les exemples ne manquent pas. Le meilleur ? Sans doute No Nay Never (Scat Daddy). L’étalon de Coolmore avait sa deuxième génération en vente l’année dernière alors que ses 2ans volaient en piste. Dans sa génération de 131 sujets nés en 2017, 101 ont trouvé preneurs pour un chiffre d’affaires de 13,64 millions. En 2018, il n’a donné que 99 produits, 64 sont passés en vente et 61 ont changé de main pour un total de 9,77 millions. Le prix de saillie de No Nay Never a explosé, passant de 17.500 € en 2017 à 100.000 € cette année et 175.000 € en 2020.

Et celui de Kingman. Un autre étalon nous offre un exemple intéressant mais tout à fait différent. Kingman (Invincible Spirit) a commencé sa carrière d’étalon en même temps que No Nay Never. Mais au tarif de 55.000 £ (64.250 €), donc avec une meilleure qualité de poulinières. Sa génération 2017 comptait 111 sujets, dont 49 sont passés en vente. Au final, 41 ont trouvé preneurs pour un total de 12,7 millions. Les deux étalons se situaient dans deux créneaux du marché différent au moment du choix des éleveurs. Et cela explique beaucoup de choses, même si les résultats en piste sont similaires. Cette année, Kingman avait 138 yearlings, dont 60 ont changé de propriétaire pour 20,69 millions. Le seul étalon qui le devance est Galileo (Sadler’s Wells) avec 23,11 millions. Kingman a doublé son tarif, passant de 75.000 £ à 150.000 £ (175.000 €). Il est au même niveau que son rival.

Galileo, son rival, son frère et son fils… Galileo est le market leader. Mais cette année, il avait une offre légèrement plus réduite. Le prix moyen de ses yearlings a aussi baissé, c’est pour cela que son chiffre d’affaires est passé de 31,36 à 23,11 millions pour 28 sujets. C’est-à-dire six de moins qu’en 2018. L’offre était plus large pour Dubawi (Dubai Millennium) qui passe de 19 à 30 vendus avec une hausse du chiffre d’affaires à 19,53 millions, mais un recul du prix moyen de 897.940 € à 651.210 €. Parmi les cinq premiers étalons du classement – selon le chiffre d’affaires–, il faut noter la demande toujours forte pour la production de Sea the Stars (Cape Cross). L’étalon de madame Tsui atteint 16,54 millions avec 70 vendus. Frankel (Galileo) a doublé son chiffre d’affaires, à 16,3 millions. Dans son cas, il s’agit encore d’une énorme différence d’offre. Sa génération 2017 comptait 81 produits dont 30 sont passés en vente et 21 ont trouvé preneurs pour 8,36 millions. Le crack du prince Abdullah avait 161 yearlings en 2019. Sur 47 proposés en vente, 37 ont été vendus pour un total de 17,99 millions.

Siyouni et Le Havre, les millionnaires. Les ventes 2019 ont permis à Siyouni (Pivotal) de franchir un cap historique : il a eu son premier millionnaire, le demi-frère de Magna Grecia (Invincible Spirit), adjugé 1,3 million de Gns (1,52 M€) chez Tattersalls à M.V. Magnier. Le chiffre d’affaires de ses 66 yearlings vendus est de 14,16 millions avec un prix moyen de 214.633 €. Presque cinq fois son tarif de monte 2017, lequel était de 45.000 €. L’année dernière, il avait une offre plus importante, car 100 sujets sont passés sur le ring. La hausse de son prix de saillie va influer positivement sur la qualité de sa production. Mais l’étalon de Son Altesse l’Aga Khan peut toujours compter sur un nombre important de produits. Personne ne sera surpris si l’année prochaine, il grimpe dans le top 5 du marché. Un autre étalon français a eu son millionnaire en euros. C’est encore M.V. Magnier qui a déboursé 825.000 Gns (1,01 M€) pour un produit de Le Havre (Noverre). L’étalon du haras de Montfort & Préaux avait déjà eu un millionnaire en 2018 et il a amélioré son score de l’année dernière. En moyenne, ses yearling se sont vendus pour deux fois son prix de saillie 2017.

Shalaa la révélation. Il est très difficile pour un étalon de première production d’arriver au million. Shalaa (Invincible Spirit) a eu un top à 600.000 €. Sur 75 yearlings présentés, 65 ont été vendus pour un prix moyen de 115.969 €, soit 4,2 fois le prix de saillie. L’autre jeune qui figure parmi les 25 premiers du classement est Awtaad (Cape Cross), très soutenu par le cheikh Hamdan Al Maktoum. Il affiche un prix moyen de 83.755 € pour un tarif de saillie de 15.000 €.

Vingt-cinq étalons représentent deux tiers du marché. Au final, 25 les étalons génèrent individuellement quatre millions de chiffre d’affaires ou plus. Et on trouve quatre français dans cette catégorie, Siyouni, Le Havre, Shalaa… Wootton Bassett (Iffraaj). Ce dernier a réalisé une progression nette par rapport à 2018. Revenons un instant à la macroéconomie. Combien pèsent ces 25 étalons haut de gamme sur les ventes de yearlings ? Ils représentent 238,43 millions, c’est à dire 64,7 % du total, pour 1.433 vendus et 27 % des yearlings qui ont trouvé preneurs. Le haut de gamme est important, mais pour une raison ou une autre, beaucoup de bons étalons, comme par exemple Night of Thunder (Dubawi), n’ont pas franchi le cap des quatre millions de chiffre d’affaires. C’est le marché des rêves, il ne faut jamais l’oublier.

LES 25 ÉTALONS QUI PÈSENT LE PLUS SUR LE MARCHE EUROPÉEN 
Etalon Père Tarif ' 17 (€) Presentés Vendus Prix moyen (€) CA Top Price Vendus 18 Prix moyen CA
Galileo  Sadler's Wells Private 32 28 825 563 23 115 764 3 000 000 34 922 365 31 360 410
Kingman  Invincible Spirit 64 250 68 60 348 938 20 696 280 2 705 648 41 309 941 12 707 581
Dubawi  Dubai Millennium 292 000 32 30 651 210 19 536 300 3 364 742 19 897 940 17 060 860
Frankel  Galileo 146 000 47 37 486 315 17 993 655 3 646 742 21 398 407 8 366 547
Sea the Stars  Cape Cross 125 000 75 70 236 327 16 542 890 1 029 322 67 181 776 12 178 992
Dark Angel  Acclamation 65 000 97 80 190 203 15 216 240 1 259 276 81 156 289 12 659 409
Siyouni  Pivotal 45 000 79 66 214 633 14 165 778 1 529 279 83 154 953 12 861 099
Kodiac  Danehill 50 000 108 103 108 304 11 155 312 647 003 118 117 472 13 861 696
Lope de Vega  Shamardal 50 000 56 52 198 801 10 337 652 882 276 82 154 253 12 648 746
No Nay Never Scat Daddy 17 500 64 61 162 859 9 771 540 1 079 380 101 135 134 13 648 534
Shalaa  Invincible Spirit 27 500 75 65 115 969 7 579 785 600 000
Zoffany  Dansili 35 000 109 98 68 636 6 755 728 470 547 86 78 302 6 733 972
Camelot  Montjeu 35 000 71 66 99 803 6 586 998 650 000 80 119 066 9 525 280
Showcasing  Oasis Dream 41 000 74 61 103 125 6 296 725 420 000 71 120 733 8 527 043
Invincible Spirit  Green Desert 120 000 30 29 203 689 5 906 981 705 821 36 222 562 8 012 232
Le Havre  Noverre 60 000 50 42 125 504 5 271 168 1 011 150 55 79 637 4 380 035
Acclamation  Royal Applause 30 000 89 76 65 446 4 973 896 359 793 49 78 067 3 825 283
Gleneagles  Galileo 40 000 55 52 95 043 4 942 236 470 547 53 128 775 6 825 075
Australia  Galileo 35 000 55 53 92 750 4 915 750 525 000 47 100 994 4 744 838
Iffraaj  Zafonic 32 000 73 60 78 291 4 697 460 343 494 60 78 391 4 703 460
Awtaad  Cape Cross 15 000 66 55 83 755 4 606 525 411 728
Fastnet Rock  Danehill Private 42 35 131 537 4 603 795 852 867 22 154 487 3 398 714
Muhaarar  Oasis Dream 35 000 69 53 86 848 4 602 944 423 493 56 191 173 10 705 688
Exceed and Excel  Danehill 50 000 55 50 82 131 4 106 550 527 509 34 105 250 3 578 500
Wootton Bassett  Iffraaj 20 000 56 51 79 612 4 060 212 307 991 49 71 902 3 523 198