LE MAGAZINE - L’étonnante histoire d’Itsinthepost, le stakhanoviste du gazon californien

Courses / 06.11.2019

LE MAGAZINE - L’étonnante histoire d’Itsinthepost, le stakhanoviste du gazon californien

En remportant son dixième succès américain, en ouverture de la première journée de la Breeders’ Cup, le "FR" Itsinthepost a rajouté un huitième Gr2 à son palmarès. Julien et Séverine Leaunes, ses éleveurs, nous ont conté son étonnante histoire.

Par Adrien Cugnasse

Son palmarès est exceptionnel. Aux États-Unis, Itsinthepost (American Post) a remporté pas moins de six Groupes sur la piste en gazon de Santa Anita : les San Marcos Stakes (Gr2, 2.000m, turf), les San Gabriel Stakes (Gr2, 1.800m, turf), les John Henry Turf Championship Stakes (Gr2, 2.000m, turf), les Charles Whittingham Stakes (Gr2, 2.000m, turf) et les San Luis Rey Stakes (Gr2, 2.400m, turf) à deux reprises. Itsinthepost a aussi remporté les Dixiana Elkhorn Stakes (Gr2, 2.400m, turf) à Keeneland et les Marathon Stakes (Gr2, dirt, 2.800m) sur le sable de Santa Anita. Désormais âgé de 7ans, le pensionnaire de Jeff Mullins a amassé près d’1,4 million de dollars de gains en plus de 40 sorties.

Le frère d’un espoir classique. Ce mardi, Julien Leaunes nous a expliqué : « Nous avons acheté sa mère, Sakkara Star (Mozart), pour 8.000 €, en novembre 2010, à Goffs. C’est une fille de Mozart (Danehill), un sire qui est mort après sa première sa saison de monte, mais dont le pourcentage de black types dans son unique génération sort vraiment du lot. La pouliche avait gagné son maiden à 2ans avant de courir au niveau Groupe, sans parvenir à s’y illustrer. Il y a beaucoup de vitesse dans son papier, mais elle même est taillée comme une jument de tenue [trois de ses quatre produits vus en piste ont gagné sur 2.000m et plus, ndlr] Un an avant que nous l’achetions, elle avait donné naissance à Jack of Diamonds (Red Clubs), lequel s’est révélé être un cheval dur, remportant neuf de ses 88 sorties en Angleterre. Son deuxième produit, le premier pour nous, fut Itsinthepost. Elle nous a ensuite donné Larry (Literato). Pour ses premiers pas à 3ans, il a battu de sept longueurs Wai Key Star (futur triple lauréat de Groupe). Il a aussi gagné sa deuxième sortie de deux longueurs. Acheté en partie par des propriétaires australiens, il s’est malheureusement accidenté dans le Derby allemand dont il était le favori. Après trois années d’absence, il a gagné sa rentrée de sept longueurs au mois d’avril, à Bratislava. Un mois plus tard, il s’est imposé de trois longueurs sur la même piste. » Sakkara Star est suitée d’un mâle par Almanzor (Wootton Bassett).

De modestes débuts. Au sujet du fer de lance de leur élevage, Julien Leaunes poursuit : « Un cheval qui remporte huit Grs2, de 1.800m à 2.800m, sur le dirt et sur le gazon… ce n’est pas courant. Lorsqu’il était yearling, nous l’avons présenté chez Osarus. Il était immature et Con Marnane l’a acheté pour 5.000 €. Ce dernier a rapidement décelé son potentiel, mais il n’était pas simple à canaliser à l’entraînement, et c'est certainement pour cette raison qu’il n’a pas été présenté aux breeze up. Parfois facétieux, Itsinthepost a couru quatre fois à 2ans avant de gagner pour la première fois, au mois de septembre, à Marseille-Borély. Ce jour-là, il dominait de quatre longueurs Toruk (Arcano), lequel est ensuite devenu black type. Il a été exporté suite à ce succès. Aux États-Unis, le cheval est venu progressivement. Ils ont eu besoin de temps pour trouver les boutons. Mais à présent, c’est une vedette en Californie. Il est très populaire parmi les turfistes. Pour suivre ses courses, avec le décalage horaire, nous nous levons la nuit. Lorsqu’il gagne, l’exaltation de la victoire fait qu’il est difficile de se rendormir. Et lorsqu’il ne s’impose pas, la déception fait qu’il est tout aussi difficile de retrouver le sommeil ! »

Deux passions nées à Étreham. Plus surprenant encore, Itsinthepost est le fruit des premiers pas de ses éleveurs dans l’activité. Julien Leaunes détaille : « Ce qui est assez incroyable, c’est que Sakkara Star est la première jument que mon épouse et moi-même ayons achetée. Au départ, nous n’étions pas destinés à devenir éleveurs. Nous nous sommes rencontrés lors d’un stage au haras d’Étreham, en 2002. Cette période fut donc à l’origine de la naissance de deux passions : notre idylle et notre vocation d’éleveurs ! Nous n’avions aucun lien et aucune formation pour évoluer dans ce milieu. Ma future épouse venait du secteur bancaire et moi des productions végétales. Suite à cette première expérience, nous avons parfait notre formation en France et à l’étranger, en travaillant dans d’autres haras. Nous avons ensuite repris le haras du Haut Gué (61), en association avec Jan Krauze. Notre activité s’articule autour de la pension de juments à l’année, mais aussi pendant la saison de monte pour aller à la saillie dans les haras voisins. Nous n’avons que trois poulinières personnelles. » Malgré un effectif réduit, Julien et Séverine Leaunes ont aussi élevé Arusha (Zanzibari), lauréate d’un Quinté à Compiègne au mois de mars.