LE MAGAZINE - Uni ou le huitième Gr1 américain de Nicolas de Watrigant

Courses / 06.11.2019

LE MAGAZINE - Uni ou le huitième Gr1 américain de Nicolas de Watrigant

Depuis 2015, les chevaux achetés par l’homme de Mandore International Agency ont remporté pas moins de huit Grs1 américain. À peine revenu des États-Unis, Nicolas de Watrigant nous a confié ses impressions.

Par Adrien Cugnasse

L’histoire a commencé avec Mshawish (Donn Handicap & Gulfstream Park Turf Handicap, Grs1). Acquis yearling pour le compte d’Al Shaqab Racing à la breeze up, ce dernier est devenu un cheval de Gr1 en revenant dans son pays de naissance, les États-Unis. Ectot (Joe Hirsch Turf Classic Stakes, Gr1), a été en partie acquis, alors qu’il était à l’entraînement, pour la même casaque. C’est aussi outre-Atlantique qu’il a décroché le graal. Nicolas de Watrigant a également acheté A Raving Beauty (First Lady Stakes & Just a Game Stakes, Grs1) sur le ring d’Arqana, et Uni (First Lady Stakes, Matriarch Stakes & Breeders' Cup Mile, Grs1) à l’amiable. Au total, ces quatre chevaux acquis par Mandore International ont remporté huit Grs1 en moins de quatre saisons sur le gazon et sur le dirt outre-Atlantique.

Des syndicats puissants. A Raving Beauty et Uni ont plusieurs points communs. Outre le fait qu’elles sont entraînées par Chad Brown, elles courent toutes les deux pour le compte des syndicats de propriétaires créés par le charismatique Sol Kumin. En 2018, ce dernier déclarait gérer la propriété de « 40 à 45 % d’un total de 110 chevaux à l’entraînement aux États-Unis. » Ses syndicats sont ainsi associés dans les victoires de Justify (Triple couronne américaine), Exaggerator (Preakness Stakes, Santa Anita Derby et Haskell Invitational Stakes, Grs1), Lady Eli (six Grs1 dont la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf, Gr1), Undrafted (Diamond Jubilee Stakes, Gr1), Beach Patrol (Arlington Million & Beverly D. Stakes, Grs1), Monomoy Girl (quatre Grs1 dont les Kentucky Oaks et la Breeders' Cup Distaff, Grs1), Catholic Boy (Travers Stakes et Belmont Derby, Grs1), Fatale Béré (Del Mar Oaks, Gr1)… et bien d’autres.

Une question de confiance. Lorsqu’il s’agit d’acheter en Europe, Sol Kumin, conseillé par Bradley Weisbord, fait souvent appel à Nicolas de Watrigant. Désormais installés à Deauville, il a acheté pour ces derniers pas moins de 11 chevaux qui ont confirmé au niveau black type outre-Atlantique… entre 2016 et 2019 ! Outre A Raving Beauty (Mastercraftsman) et Uni (More than Ready), il faut aussi citer les gagnantes de Groupe Colonia (Champs Élysées) et Thewayiam (Thewayyouare), ou encore Rockemperor (Holy Roman Emperor), troisième des Belmont Derby Invitational Stakes (Gr1). Pour pouvoir acheter un tel volume de chevaux à l’entraînement, compte tenu des sommes en jeux, une relation de confiance doit s’établir et Bradley Weisbord confiait récemment dans les colonnes du TDN : « Ici aux États-Unis, j’ai une connaissance parfaite du marché. Nicolas a les contacts en Europe. Et il est vraiment facile de travailler avec lui. C’est tellement important de pouvoir travailler en confiance, avec une personne honnête. C’est même crucial et j’ai une totale confiance dans ce qu’il me dit. »

Le pays des opportunités. Nicolas de Watrigant nous a expliqué : « Il y a aux États-Unis un nombre impressionnant de propriétaires avec des budgets importants et ils s’associent pour diluer les risques et pouvoir accéder au grand sport. Là-bas, j’ai fait des rencontres incroyables à chaque voyage. Dans le cas d’Uni, un de ses copropriétaires est Steven A. Cohen, gérant d’un hedge fund et trente-cinquième fortune des États-Unis. J’ai beaucoup de chance de travailler avec Sol Kumin, Bradley Weisbord et leurs clients. Ils donnent leurs chances aux chevaux et n’hésitent pas à tenter des challenges. Uni est vraiment une pouliche incroyable, certainement une des meilleures que Chad Brown ait eu dans son effectif. Et pourtant il a un effectif exceptionnel. » Outre Uni, A Raving Beauty occupe une place particulière dans le parcours commun de Nicolas de Watrigant et Bradley Weisbord. Au sujet de cette jument acquise seulement 225.000 € en décembre 2017, chez Arqana, alors qu’elle était placée de Gr1 en Italie, l’Américain explique : « Nicolas a réussi à me convaincre d’en garder une partie. Et à nous deux, nous en possédions 25 %. Nous sommes allés ensemble dans le rond des vainqueurs après sa victoire dans les Just a Game Stakes (Gr1). » A Raving Beauty a été revendue deux millions de dollars en novembre 2018, à Fasig Tipton.

En force sur le marché des yearlings en Europe. Les Américains ne se cantonnent plus à l’achat de chevaux à l’entraînement sur le vieux continent. À la vente d’octobre, Nicolas de Watrigant a acheté un yearling pour Erik Johnson, joueur professionnel de hockey sur glace dans l'équipe des Colorado Avalanche. Lors du book 1 de Tattersalls, les achats américains se sont multipliés. Mike Ryan, agissant pour Peter Brant, Jay Hanley et Klaravich Stables, a signé 24 bons, de 75.000 à 500.000 Gns. Ben McElroy a acheté trois yearlings lors de la même vente, dont un à 500.000 Gns. En août 2019 à Deauville, Michel Zerolo a acquis une Le Havre (Noverre) à 500.000 € pour Peter Brant, Jason Litt une Siyouni (Pivotal) à 650.000 € pour LNJ Foxwoods, Justin Casse une Frankel (Galileo) à 500.000 €, Hugo Merry une Galileo (Sadler’s Wells) à 560.000 € pour un client américain… tous ces achats vont encore renforcer le niveau local sur le turf. Les entraîneurs européens qui ont tenté leur chance sur le gazon outre-Atlantique cette année ont pu le constater : il est à présent devenu difficile de les battre. Et vu le niveau de leurs investissements, cela sera sans aucun doute encore plus difficile à l’avenir !