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Jour de Galop

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Les ambitions françaises de la Yeguada Centurion

International / 08.11.2019

Les ambitions françaises de la Yeguada Centurion

Les ambitions françaises de la Yeguada Centurion

Lors des deux premières sessions de la vente d’élevage de Keeneland, la Yeguada Centurion a acheté pas moins de seize juments. L’entité hippique de Leopoldo Fernández Pujals a de belles ambitions en France. C’est depuis les États-Unis que son homme de confiance, Rachid Moutouss, a répondu à nos questions.

Par Adrien Cugnasse

À l’heure où nous écrivons ces lignes, avec seize lots pour 3,3 millions de dollars, la Yeguada Centurion fait partie du top 4 des acheteurs des deux premières journées de la vente d’élevage de Keeneland. Les juments acquises sont presque toutes black types ou mères de chevaux ayant décroché du caractère gras. Certaines ont des pedigrees très européens, d’autres totalement américains. Rachid Moutouss nous a confié : « Nous avons acheté neuf juments lors de la session du mercredi et sept lors de celle du jeudi. Elles vont toutes prendre la direction de la Normandie, plus précisément celle du haras de l’Hôtellerie. Elles seront croisées avec des étalons européens. Avec ces achats, M. Leopoldo Fernández Pujals dispose à présent d’une vingtaine de poulinières. Il a pour ambition de monter – à moyen terme – son propre élevage de pur-sang anglais dans cette région de France. L’objectif est tout simplement de produire de bons chevaux de course. Pour y parvenir, nous essayons d’acheter des femelles de qualité, bien nées, qui ont couru en montrant de la qualité en compétition ou qui ont déjà produit de bons chevaux. Nous avons acquis des juments avec pedigrees qui lui plaisent et dont nous pensons qu’elles peuvent devenir de bonnes mères. Nous aimerions aussi essayer d’importer certains courants de sang en Europe. À terme, nous voudrions avoir une quarantaine des poulinières pur-sang anglais en France. Nous ne sommes qu’aux prémices d’un beau projet qui passera un jour par le fait de créer un haras et de former une équipe en Normandie. » Ce vendredi, Leopoldo Fernández Pujals a accordé un bref entretien à Michele MacDonald, déclarant notamment : « Avant de mourir, j’ai décidé de me lancer dans un nouveau secteur, celui du pur-sang anglais. Je sais que je vais peut-être avoir besoin de vingt ans pour réussir. J’en ai conscience, mais je suis une personne patiente. J’aurai peut-être un jour cent poulinières, car je pense que c’est le nombre nécessaire pour être compétitif. Mais pour l’instant, je veux bâtir mon élevage à partir d’une quarantaine et améliorer cette base, en la faisant grandir. »

Un haras reconnu chez les chevaux de pure race espagnole. Rachid Moutouss poursuit : « Il y a 25 ans, M. Leopoldo Fernández Pujals a fondé son élevage de chevaux de pure race espagnole [au nord de Madrid, ndlr] car la sélection, les croisements et la génétique le passionnent. C’est ainsi que la Yeguada Centurion est née. Le terme Yeguada peut se traduire par haras en français. Centurion, c’est le nom de sa grand-mère. Le premier des haras que M. Leopoldo Fernández Pujals a acquis en Espagne, au milieu des années 1990, était celui que possédait jusqu’alors Enrique Sarasola. Ce dernier a notamment été le propriétaire de l’excellent Helissio (Fairy King), lequel a brillé au meilleur niveau [gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe, du Prix Lupin, du Grand Prix de Saint Cloud, à deux reprises et du Prix Ganay, Grs1, ndlr]. La Yeguada Centurion a produit des chevaux de pure race espagnole très compétitifs en concours d’élevage, où ils sont jugés sur leur locomotion et leur conformation, mais aussi en compétition de dressage, y compris au niveau international. Cette année, nous avions quatre représentants aux championnats d’Europe des jeunes chevaux. Mais M. Leopoldo Fernández Pujals se passionne pour les chevaux en général et depuis quelques années, il envisage de se lancer dans les courses. Je suis le manager de son élevage en Espagne où nous avons une belle équipe. »

Les bons débuts de la casaque. À ce jour, l’unique partant de la casaque est La Venus Espagnola (Siyouni), laquelle s’est classée (proche) troisième de l’important Arqana Prix de la Reboursière. Ces couleurs n’ont pas encore été vues en compétition en Espagne. Rachid Moutouss explique : « Nous avons en ce moment deux pouliches chez Carlos Laffon-Parias. Et quatre yearlings en Espagne qui sont partis à l’entraînement chez Álvaro Soto [un ancien assistant de Carlos Laffon-Parias, installé sur l’hippodrome de la Zarzuela à Madrid, ndlr]. C’est à Madrid que les produits du haras seront débourrés avant de rejoindre leurs futurs entraîneurs. En ce qui concerne les pur-sang anglais, il forge son avis avec son équipe, en interne, tout étant parfois conseillé par des amis. »

Il a acheté la mère du champion des 3ans canadiens 2015. Parmi les seize achats de Leopoldo Fernández Pujals, il faut citer le cas, pour 300.000 $, de Raven’s Lady (Raven’s Pass), lauréate du Goldene Peitsche (Gr2) à Baden-Baden et des William Hill Summer Stakes (Gr3) à York. Au même tarif, Queen of the Sand (Footstepsinthesand) est une placée des Matriarch Stakes (Gr1) et elle est pleine de Candy Ride (Ride the Rails). Instant Reflex (Quality Road), elle aussi à 300.000 $, est lauréate de Gr3 aux États-Unis. Urban Ball (Galileo), payée 275.000 $, est déjà la mère de Merimbula (Dalakhani), troisième du Prix de Malleret (Gr2). Elle est pleine de Speightstown (Gone West). Getback Time (Gilded Time), payée 80.000 $, est déjà la mère de Shaman Ghost (Ghostzapper), meilleur 3ans de sa génération au Canada. Il a gagné les Woodward Stakes et le Santa Anita Handicap (Gr1), mais il s’est aussi classé deuxième de la Pegasus World Cup (Gr1).

Actif chez Arqana cet été. Leopoldo Fernández Pujals s’est offert deux yearlings à Deauville. Il a acheté le lot 108 pour 210.000 €, une femelle par Frankel (Galileo) et L’Ancresse (Darshaan) présentée par La Motteraye, et il a signé un bon de 220.000 € pour le lot 325, une femelle par Teofilo (Galileo) et Quanzhou (Dubawi) présentée par le haras de La Pérelle. Né à Cuba, Leopoldo Fernández Pujals est l’un des hommes les plus riches d’Espagne. Il a fondé Telepizza, une chaîne de livraison de pizzas à domicile. Âgé de 72 ans, il possède près de 650 chevaux dans son haras qui s’étend sur 1.000 ha. Cet exilé cubain qui possède également la citoyenneté américaine – il a combattu au Vietnam – a été l’un des propriétaires de Jazztel, un opérateur de télécommunication racheté par Orange.