MELBOURNE CUP - Vow and Declare, un australien pas comme les autres

International / 05.11.2019

MELBOURNE CUP - Vow and Declare, un australien pas comme les autres

FLEMINGTON (AU), MARDI

Chers amis australiens, nous vous prions de bien vouloir nous excuser. En effet, contrairement à ce que nous laissions entendre dans notre précédente édition, vous savez encore élever des chevaux pour gagner la Melbourne Cup… Vow and Declare (Declaration of War) l’a prouvé ce mardi, dix ans après Shocking (Street Cry). Durant cet intervalle, et à l’exception de Prince of Penzance (Pentire), élevé en Nouvelle-Zélande, les européens, entraînés à domicile ou importés, ont toujours dominé. Le public a eu droit à une course de toute beauté, qui s’est jouée, comme d’habitude, sur un long démarrage et qui a nécessité l’intervention des commissaires. L’irlandais Master of Reality (Frankel), toujours proche de la tête avec en selle Lanfranco Dettori, est parti chercher en pleine piste Vow and Declare, qui avait trouvé le passage le long de la corde, en compagnie de Prince of Arran (Shirocco), lequel a prolongé son effort dans son couloir à l’extérieur. Master of Reality a pris l’avantage l’espace d’un instant, mais a trouvé une belle réplique, alors qu’Il Paradiso (Galileo) a fini fort en transperçant le peloton. Quatre chevaux en moins d’une demi-longueur. Résultat de la photo : Vow and Declare termine premier devant Master of Reality, Prince of Arran et Il Paradiso.

Lanfranco battu et mis à pied. Les commissaires ont ensuite rétrogradé Master of Reality à la quatrième place pour avoir gêné Il Paradiso. Une décision très sévère. Wayne Lordan, pilote d’Il Paradiso, a dit : « On a poursuivi notre effort jusqu’au bout, tout s’est joué à quelques mètres du poteau. » Lanfranco Dettori, quant à lui, a expliqué : « Mon cheval cherchait Vow and Declare et j’ai tenté de corriger sa trajectoire. J’aurais dû le faire une foulée avant, mais bon… J’ai envie de pleurer ! » En plus de la défaite et de la rétrogradation à la quatrième place, Dettori a reçu une autre mauvaise nouvelle : neuf jours de mise à pied, jusqu’au 14 novembre, ce qui l’obligera à faire l’impasse sur le prochain week-end japonais et peut-être à renoncer à sa licence JRA. Les réseaux sociaux n’ont pas été tendres avec le jockey, car c’est une pluie d’insultes qui s’abat sur lui depuis la course.

Et pourquoi pas un voyage à Royal Ascot ? Il y a comme un parfum de revanche dans cette Melbourne Cup pour l’Australie et l’entourage de Vow and Declare. Son jockey, Craig Williams, a remporté sa première Melbourne Cup. Il devait monter Dunaden (Nicobar) en 2011, mais fut obligé d’y renoncer suite à une mise à pied, et c’est Christophe Lemaire qui avait ainsi hérité de la monte. Son entraîneur, Danny O’Brien, avait été suspendu quatre ans pour des cas de cobalt en 2014, avant d’être blanchi par le tribunal civil. Ce dernier a expliqué : « La Melbourne Cup a beaucoup changé et il sera de plus en plus difficile de la gagner pour les chevaux locaux. C’est un succès très important. Mon cheval possède toutes les qualités : le courage, la tenue et le souffle. Les 3.200m sont parfaits pour lui, mais il peut aller sur plus long, sur 4.000m. »

Un rachat très heureux. Ce n’est pas un hasard si Danny O’Brien a évoqué les 4.000m. Les propriétaires de Vow and Declare s’imaginent déjà à Royal Ascot pour la Gold Cup. L’histoire du cheval démarre par un rachat à la vente Inglis Sydney Classic. L’éleveur, Paul Lanskey, avait fixé un prix de réserve à 60.000 AU$ (37.150 €), mais les enchères n’ont atteint que 45.000. Il a donc monté un syndicat avec des amis de Gympie, une ville de 20.000 habitants dans le Queensland, à quelque 150 kilomètres de Brisbane. Parmi les associés, il y a le directeur du lycée local, un joueur de football australien et cinq propriétaires, pour qui il s’agit d’une première expérience dans les courses.

Un vrai cheval de tenue. Vow and Declare est loin de l’idée que l’on peut se faire du cheval australien. Il n’a pas couru à 2ans, il a ouvert son palmarès dans un maiden sur 2.400m et, il y a douze mois, il a remporté une Listed le jeudi qui suit la Melbourne Cup. Deuxième du Queensland Derby (Gr1), il avait trop de tenue pour partir à Hongkong. Et c’est dans la Tattersalls Cup (Gr3, 3.000m) en juin qu’il a décroché son premier Groupe. Danny O’Brien lui a fait suivre un programme des plus traditionnels : quatrième dans le Turnbull (Gr1, 2.000m), deuxième dans la Caulfied Cup (Gr1, 2.400) et enfin le jour de gloire.

Declaration of War est parti au Japon. Le père de Vow and Declare, Declaration of War (War Front), a vécu une semaine exceptionnelle en Australie. Samedi, son fils Warning a remporté le Victoria Derby (Gr1) et Vow and Declare est le troisième lauréat issu de la première de ses deux saisons australiennes. Rappelons que, lors de sa première saison de monte, en 2014, en Irlande, il avait donné le lauréat de la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) Olmedo. Ensuite, il est parti pour les États-Unis, où il a des 3ans et des 2ans. Ses résultats ne sont pas mauvais, bien au contraire, car avec le succès de Vow and Declare il figure en tête du classement des étalons de troisième génération si on enlève du classement les japonais. Et c’est justement le Japon qui a été choisi comme destination pour Declaration of War en 2019. Il y a officié chez JBBA avec un carnet de 152 poulinières et au tarif de 2,3 millions de yens (19.000 €), montant confirmé pour 2020.

Où l’on reparle de Golden Horn… Vow and Declare n’est pas un australien comme les autres. Sa souche est arrivée en Australie dans la seconde moitié des années 1990 avec l’importation de Young Vic (Old Vic), une pouliche élevée par Sir Philip Oppenheimer, le père d’Anthony, mais jugée trop lente. Elle a produit deux gagnants black types et sa fille Youthful Presence (Dehere), inédite, a donné les gagnants de Gr1 Hauraki (Reset) et Kidnapped (Viscount). Young Vic est la troisième mère de Vow and Declare. La deuxième, Aim for Gold (End Sweep), s’est classée deuxième dans les Champagne Stakes (Gr1), une des étapes de la Triple Couronne des 2ans. La mère, Geblitz (Testa Rossa), a gagné cinq courses et a donné un cheval black type, Lycurgus (Star Witness). Quand Young Vic est partie pour l’Australie, en 1995, Anthony Oppenheimer ne se doutait pas que, vingt ans après, Golden Horn (Cape Cross) remporterait le Derby et l’Arc de Triomphe. Young Vic, en fait, est une demi-sœur de Nuryana (Nureyev), la deuxième mère de son champion.