EN RÉGION - Patrice Montlouis-Félicité : « Les courses à la Martinique présentent beaucoup d’atouts »

Courses / 01.12.2019

EN RÉGION - Patrice Montlouis-Félicité : « Les courses à la Martinique présentent beaucoup d’atouts »

Les progrès effectués par les courses dans les Antilles ne passent pas inaperçues. À l’approche dans l’un des temps forts de l’année, Patrice Montlouis-Félicité, le président de la Société de courses de la Martinique nous dresse un panorama complet.

Par Guillaume Boutillon

Jour de Galop. – La saison touche à sa fin, mais vous préparez déjà la réunion la plus importante de l’année, celle du Grand Prix de la Collectivité Territoriale de Martinique 2020 en janvier prochain, une épreuve dotée de 40.000 €. Comment s’est déroulée l’année hippique 2019 ?

Patrice Montlouis-Félicité. – Dans l’ensemble, c’est satisfaisant. L’équipe en place depuis juin 2019 a d’ores et déjà identifié des points à améliorer. Mais on peut déjà noter une augmentation du nombre moyen de partants par course, qui passe de sept en 2015 à neuf en 2019. Cette saison, nous aurons également vu l’arrivée de deux nouveaux entraîneurs publics, ainsi que cinq nouvelles casaques. Malheureusement, nous avons aussi connu un événement tragique avec la disparition de notre ami jockey Didier Gengoul, après une chute en course. En ce moment, nous concentrons nos efforts sur l’organisation de notre journée de gala de janvier avec le Grand Prix de la Collectivité Territoriale de Martinique 2020

Vous avez organisé trois réunions premium cette année, contre 10 en 2018. Comment vivez-vous la situation ?

L’organisation des courses premium depuis 2016 a été un vrai challenge pour la Martinique. La mise en œuvre a nécessité une montée en compétence des différents acteurs et permis une amélioration certaine de l’organisation de nos courses. Cela a apporté une réelle visibilité nationale et internationale de nos courses, ainsi qu’un apport supplémentaire de trésorerie pour notre Société. L’organisation des premium a aussi permis d’intégrer dans les discussions autour de la filière courses, un ensemble de décideurs politiques locaux. Aujourd’hui, nous discutons avec nos élus et aussi avec les acteurs du tourisme sur la façon d’intégrer notre hippodrome dans un projet global de développement économique. Les premium ont été un vecteur d’accélération de cette prise de conscience. Nous avons organisé trois réunions premium en 2016, huit réunions en 2017. L’année 2018 a été une année charnière puisque 10 réunions sur 12 étaient premium. Cela a été un beau défi et une immense satisfaction. Malheureusement, trois réunions seulement nous ont été attribuées en 2019 et 2020 suite à la nouvelle stratégie du PMU et de France Galop. Nous sommes tout de même satisfaits de pouvoir encore réaliser ce type de réunions, alors que certaines sociétés en ont perdu le bénéfice. Mais nous restons en veille et sommes prêts à répondre à toute demande. Les courses à la Martinique présentent beaucoup d’atouts : décalage horaire de cinq ou six heures selon la période permettant une amplitude horaire de l’offre. D’autre part, les jockeys et les chevaux viennent pour la plupart de France.

Vu de métropole, on a l’impression que votre Société de courses ne cesse de grandir, est-ce le cas ?

J’espère que ce n’est pas qu’une impression ! Un audit réalisé par David Aelion de France Galop, fin 2014, a permis d’identifier les axes et leviers d’amélioration et de développement de notre hippodrome et de l’organisation des courses en Martinique. Depuis maintenant près de quatre ans, nous nous attelons à porter les différentes solutions devant permettre ce développement. L’organisation des premium a accéléré le processus, compte tenu du cahier des charges. Et en 2017, nous avons pu obtenir le placement de l’hippodrome en catégorie 2A. Nous avons enregistré l’installation de trois nouveaux entraîneurs publics et d’une dizaine de nouveaux propriétaires au cours de ces quatre dernières années. Nos propriétaires n’hésitent pas à investir sur des chevaux de valeur malgré le coût lié au transport, aux taxes (près de 6.000 €) et le trajet de près de 15 jours par bateau. Nous avons eu depuis quelque temps des chevaux issus d’étalons reconnus (Dalakhani, Dabirsim, Kendargent, Siyouni, Wootton Bassett, Rajsaman, Dansili, Manduro…) Le volet formation a aussi été pris en compte puisque plus d’une dizaine de jeunes Martiniquais est scolarisée à l’Afasec depuis septembre 2016. Les jours de courses, de nombreux jockeys professionnels effectuent le trajet aller retour Paris - Fort de France. Ils reconnaissent la qualité de notre piste et n’hésitent pas à accomplir les 16 h d’avion en 48 h. Cela représente aussi un effort certain de nos propriétaires compte tenu du prix du billet à certaines périodes de l’année (plus de 1.000 €). Il nous reste encore à travailler sur l’augmentation de nos allocations. La participation de France Galop à cette évolution n’étant pas d’actualité, conjoncture oblige, nous devons encore trouver des solutions de sponsoring et de partenariat afin d’abonder ces allocations. Aujourd’hui, dans nos orientations et projets, nous raisonnons Antilles, c’est-à-dire Martinique et Guadeloupe. Nos deux sociétés, quelque peu isolées, ont besoin l’une de l’autre afin d’assurer une offre cohérente et diversifiée, et de garantir un développement conjoint. La Martinique et la Guadeloupe, c’est un potentiel de 200 chevaux et une offre de 24 réunions annuelles, pour les propriétaires guadeloupéens et martiniquais. Nous devons encore continuer l’harmonisation de nos calendriers et programmes de courses. La réalisation attendue du futur hippodrome de Guadeloupe sera un plus à ce développement.

Où en êtes-vous en termes d’enjeux et de fréquentation ?

Nous avons une fréquentation moyenne qui varie entre 300 et 350 personnes pour une journée normale. La journée du Grand Prix de la Collectivité Territoriale de Martinique rassemble près de 3.000 personnes. Nous connaissons une baisse régulière de la fréquentation depuis quelques années. Il est vrai qu’avec les réunions premium, les horaires des courses ont été avancés de près de 2 heures, ce qui déroge quelque peu avec nos habitudes. Mais le vrai défi à relever, c’est d’améliorer l’attractivité de nos courses, la communication et l’animation de nos journées. En 2018, les enjeux des réunions premium étaient de l’ordre de 9 M€. Cela peut paraître insuffisant. Mais nous sommes tout de même satisfaits, car tous ces enjeux sont exclusivement effectués en ligne, car à l’heure à laquelle nous courons, les points PMU sont pour la plupart fermés. Et nous avons réalisé une journée à plus de 2,2 M€.

Quels sont vos objectifs ? Avez-vous des projets de travaux ou des travaux en cours, que ce soit pour les pistes ou pour l’accueil du public ?

Nous avons identifié trois grands axes de travail. Notre grand projet est la reconstruction de notre centre d’entraînement. Aujourd’hui, nous disposons d’une centaine de boxes relativement vétustes. Il s’agira de les rénover et de construire une vingtaine de nouveaux boxes. Nous devons aussi revoir l’organisation du centre dans son ensemble. Nous devons absolument améliorer les conditions de travail de nos entraîneurs et le confort de nos chevaux. C’est la condition préalable d’une prospection active de nouveaux propriétaires et entraîneurs. Nous venons de valider, avec l’aide d’un bureau d’étude, les différents axes de cette rénovation et surtout une approche des coûts.  Nous devons aussi engager un second projet structurant avec la collectivité territoriale de la Martinique, propriétaire de l’hippodrome, concernant la rénovation de l’hippodrome (15 ans depuis les derniers travaux) pour un meilleur accueil du public et des professionnels et surtout l’aménagement de structures annexes permettant, à terme, une utilisation de l’hippodrome pour d’autres activités. Aujourd’hui, des forums, expositions et manifestations festives sont organisés. Mais nous devons rendre le site plus efficient pour de telles manifestations

Votre hippodrome a la particularité d’accueillir des courses toute l’année, comment gérez-vous cela ?

Nous avons 12 réunions dans l’année, qui s’étalent de janvier à décembre. Néanmoins, nous programmons une coupure d’environ deux mois, de début juillet à début septembre. Cette période nous permet d’entreprendre nos "gros travaux" de réfection du site et des pistes, et de laisser passer une bonne partie de la période cyclonique. Néanmoins, la Guadeloupe demeure en activité, et nombreux sont les entraîneurs qui maintiennent les effectifs à l’entraînement.

Quelles sont vos relations avec France Galop ?

Nous avons un administrateur de France Galop chargé des relations avec les Antilles, en la personne de Jean-Baptiste Andreani, qui demeure notre interlocuteur privilégié. Malgré la conjoncture difficile, il y a toujours eu la volonté affichée de soutenir les différentes actions de développement des courses aux Antilles. Les diagnostics ont été réalisés en commun. Les actions ont été identifiées. L’appui des différents services a permis de mener à bien un ensemble de dossiers : la catégorisation de l’hippodrome, la mise en place des premium, le volet vétérinaire, la formation continue de nos commissaires, l’élaboration des programmes, la formation de nos hommes de piste… Il nous reste encore des problématiques à solutionner. En 2020, nous devrions entamer des discussions autour du projet de rénovation de notre centre d’entraînement.