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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Gérald Mossé raconte son Hongkong

International / 06.12.2019

Gérald Mossé raconte son Hongkong

Gérald Mossé raconte son Hongkong

Quand on pense jockey français et Hongkong, on pense évidemment à Gérald Mossé. Il nous parle de son Hongkong, qu’il connaît depuis près de trente ans !

Par Anne-Louise Echevin

Jour de Galop. - Entre le Hongkong du début des années 90 et le Hongkong de 2019, il doit désormais y avoir un monde d’écart ?

Gérald Mossé. - Les choses ont beaucoup changé, oui. Le Hong Kong Jockey Club a bien fait les choses pour réussir à faire progresser le niveau des courses. Je leur tire mon chapeau, vraiment, car les efforts réalisés ont été colossaux, que ce soit pour améliorer la qualité des chevaux ou des outils de travail. Les entraîneurs sont aussi de très haut niveau. Je retournerai avec plaisir à Hongkong, j’y suis d’ailleurs résident permanent… J’aurais peut-être pu monter les courses internationales cette année, mais je suis immobilisé avec une jambe cassée… Ce n’aurait pas été très pratique ! Cela dit, cette année, la situation est très compliquée : c’est la guerre, on tire à balles réelles… On m’aurait dit il y a quelques années que cela arriverait, je ne l’aurais pas cru. Tout cela va s’améliorer avec le temps. Je l’espère.

La qualité des entraîneurs et des chevaux a progressé. Et celle des jockeys ?

Je ne veux pas être médisant… Mais je trouve que le niveau des jockeys est tout de même inférieur à ce qu’il a été. Quand j’ai monté à Hongkong au début des années 90, il y avait Walter Swinburn, Mick Kinane, Shane Dye… Je dirais que, aujourd’hui à Hongkong, il y a trois vrais jockeys internationaux. Je ne parle pas des Européens qui viennent passer l’hiver. Il y a Zac Purton, Joao Moreira et Umberto Rispoli qui a l’habitude de voyager. Du côté des locaux, le niveau est plus faible même si Vincent Ho sort du lot.

Vous connaissez Hongkong par cœur. Quelle facette vous a le plus séduit ?

Pour moi, Hongkong, ce n’est pas les buildings, le bling-bling, le stress de cette ville où tout va à 100 à l’heure. L’âme de Hongkong, c’est celle des petits ports de pêcheur… Je n’habitais pas en ville mais au bord de la mer, à quinze minutes en voiture de mon lieu de travail. Quand on part dans un nouveau pays, peu importe lequel, il faut s’adapter à sa culture. Hongkong n’est pas que le faste de la ville. La nourriture y est formidable, les Chinois sont des gens adorables et on se sentait en sécurité.

Vous étiez bien installé en France lorsque, au début des années 90, vous avez décidé de partir pour Hongkong. Pourquoi ce choix assez fou ?

Cela m’a fait beaucoup de bien de partir et m’a appris beaucoup de choses. Et si c’était à refaire, je le referais, sans hésitation. J’ai pu aller à Hongkong car Patrick Biancone m’a obtenu un contrat. Il m’avait proposé de l’accompagner une première fois mais il n’était pas encore installé. J’ai préféré attendre un peu avant de le rejoindre tout en allant là-bas pour observer, dans un premier temps. Je me souviens bien du moment où j’ai signé mon contrat : c’était en plein été, il faisait 40 degrés avec 90 % d’humidité dans l’air… Je venais de me casser le pied en Italie et je suis allé à Hongkong, avec mes béquilles, pour signer mon contrat sur un bateau ! Je suis revenu en France deux ans après et j’ai eu mon contrat avec Son Altesse le prince Aga Khan… J’ai demandé, pour différentes raisons, à repartir à Hongkong, alors qu’il me restait encore un an de contrat. Le prince a accepté et je lui en suis reconnaissant.

Jim and Tonic, Daryakana, River Verdon, Red Cadeaux… Si vous deviez détacher une victoire à Hongkong, ce serait laquelle ?

Je ne veux pas faire mon garçon blasé : ce n’est pas ce que je suis ! J’ai gagné toutes les grandes courses à Hongkong. Après, il est difficile d’en détacher une. La victoire dans le Hong Kong Vase avec Daryakana, une pouliche du prince, est peut-être celle qui m’a apporté le plus de satisfaction. Gagner avec Red Cadeaux, qui a fait le tour du monde, a aussi été un beau moment… Je peux aussi parler de ma victoire avec River Verdon dans la Hong Kong Cup en 1991, une première pour un cheval entraîné à Hongkong. J’ai battu les records de vitesse là-bas avec Sacred Kingdom… J’ai passé sept ou huit années formidables avec l’entraîneur David Hayes. Mais, vraiment, je ne peux pas détacher une victoire en particulier. J’ai eu l’itinéraire d’un enfant gâté… Alors oui, il y a du travail mais il y a aussi une part de chance. Et je crois à un peu à la destinée et je crois que la destinée m’a amené à Hongkong. C’était certainement plus facile à l’époque qu’aujourd’hui, avec toutes les lois sociales…

Hongkong a l’image d’un paradis des courses… Mais c’est aussi un lieu où la compétition fait rage, où jockeys comme entraîneurs n’ont pas le droit à l’erreur et doivent être toujours performants. Est-ce vraiment le cas ?

Hongkong est le seul pays de course au monde où vous ressentez que, pour l’Institution du moins, vous n’êtes rien. Vous pouvez tout gagner et, la seconde qui suit, quelqu’un rentre dans vos chaussons et peut partir avec. Le jour où le Hong Kong Jockey Club vous dit que c’est fini, vous êtes immédiatement remplacé. C’est très frustrant. Il n’y a pas ce système-là dans les autres pays, en Europe, où il y a un minimum de respect et de reconnaissance.

Et le public ? Comment considère-t-il les acteurs des courses ?

Ah, le public est très reconnaissant ! Pas du tout comme les dirigeants… Cela va certainement les amener à changer, sachant que les choses ont changé quand les Australiens sont arrivés en force au Hong Kong Jockey Club. Le public est vraiment formidable. Encore aujourd’hui, quand je vais à Hongkong en tant que touriste, beaucoup de gens apprécient de me voir. Et ils montrent toujours beaucoup de respect et de politesse.

Comment expliquer ce succès des courses en Asie et à Hongkong plus précisément ?

Je crois que la situation est comme elle est en France, car les organisateurs n’ont pas fait ce qu’il fallait. À Hongkong, tout est fait pour que le public vienne : les joueurs ont toutes les informations sur les chevaux à disposition, pour bien jouer. Si vous venez en famille, les enfants ont plein d’animations à disposition. Il y a un grand choix de restauration… Je crois qu’il y a un potentiel en France : il y a les joueurs, les hippodromes, les chevaux… Il faut que la mayonnaise prenne.

On voit que les courses européennes cherchent l’inspiration vers Hongkong. L’exemple des Jeuxdis de ParisLongchamp, inspirés de Happy Valley par exemple.

C’est encore incomparable avec les nocturnes de Happy Valley ! Là-bas, la fête est avant, pendant et après les courses. En France, vous avez plus de monde à la fin ou après les courses : ce n’est pas normal. Mais il est difficile de juger ou de dire ce qu’il faut faire. La situation est compliquée et il faut remonter la pente. Hongkong est un endroit exceptionnel, qui a évolué dans le bon sens dans l’ensemble. Je pense que cela peut encore être amené à changer, notamment du côté des dirigeants. Je ne garde que de bons souvenirs de là-bas et je ne regrette rien de cette expérience. Encore une fois, j’ai eu l’itinéraire d’un enfant gâté et je souhaite à tout le monde d’avoir les mêmes privilèges.