Une année poétique au galop

Courses / 05.12.2019

Une année poétique au galop

Le Yearbook édité chaque année par JDG paraît demain. Pour ce tome 4, nous avons complètement revisité le fond et la forme de l’ouvrage. Le graphisme est ouvertement artistique, inspiré par Francis Bacon et Paula Scher. Côté textes, Adeline Gombaud a choisi un parti pris lyrique et poétique. Extraits.

Éditorial de la section plat

Elle et lui

Au début, c’était elle, seulement elle. Enable. Le triplé dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe à portée de sabot. On y croyait tant ! Pluie sur Paris, sabots englués, larmes sur les joues de Dettori. Alors ce fut lui. Waldgeist. La préparation parfaite du maître Fabre, la monte au millimètre du gosse Boudot. Le huitième sacre de l’entraîneur, le premier du jockey. Et le triomphe pour cet alezan de 5ans, preuve qu’il faut savoir attendre les chevaux. L’attente, Samuel et Élodie de Barros l’ignorent. Premier pur-sang, premier classique, et le Diane, s’il vous plaît. Merci Channel, merci PC, encore ! Merci Francis-Henri Graffard, définitivement lancé vers les sommets. Les sommets, les creux aussi, il connaît Jean-Claude Rouget. Nouveau Jockey Club, mais pour l’Arc, ce n’était pas encore pour cette année. Alors Sottsass reviendra en 2020. Enable aussi. Lui ? Elle ?

6 octobre : Qatar Prix de l’Arc de Triomphe

À cœur vaillant, rien d’impossible !

On retiendra le silence des tribunes quand Waldgeist a pris l’avantage sur Enable. On retiendra la joie d’un gosse de 26 ans, Pierre-Charles Boudot, qui remporte son premier Arc. On retiendra le regard triste d’une légende qui aurait pu gagner son septième monument. On retiendra qu’André Fabre a fait deux fois mieux que Charles Semblat, Alec Head et François Mathet. On retiendra la pluie aussi, cette pluie qui a sans doute privé Enable d’un triplé historique. Mais haut les cœurs ! La championne reviendra en 2020 et la France a gagné l’Arc ! Une victoire qui nous échappait depuis les exploits de la grande Trêve. (…)

Éditorial de la section obstacle

Elle et lui, bis

Ils partagent la rugosité de ces travailleurs infatigables, l’humilité de ceux qui savent que rien n’est acquis, le cœur immense des gens de l’obstacle. Comme leurs chevaux. Isabelle Pacault est devenue la première femme au palmarès du Grand Steeple. Carriacou, devant Bipolaire. François Nicolle a eu sa revanche à l’automne, avec le troisième La Haye Jousselin de son marathonien gris. L’histoire n’est pas finie. François rêve du Graal et prépare la relève. Isabelle aime ses chevaux peut-être plus qu’elle-même, mais elle aime aussi gagner. Qu’ils gagnent, plutôt. Eux : ses chevaux, son équipe. L’obstacle, cette grande famille qui avance même dans l’adversité. Isabelle, François, et tous les autres. Ils reviendront l’an prochain. Et nous, on vibrera. Encore.

19 mai : Grand Steeple-Chase de Paris

Isabelle 1re

Lui faire remarquer qu’elle est devenue la première femme au palmarès du Grand Steeple-Chase de Paris : elle n’aime pas cela, Isabelle Pacault ! Et pourtant, elle est entrée ainsi dans l’histoire des courses d’obstacle française, quand son Carriacou a passé le poteau en tête ce 19 mai 2019… Elle en a eu du culot, en faisant appel à Davy Russell, crack jockey dans son pays, l’Irlande, mais qui n’avait jamais sauté le steeple d’Auteuil, ni piloté Carriacou, si ce n’est la veille, au cours d’une promenade dans les allées de Maisons-Laffitte. Et pourtant, l’alchimie a pris. (…)

16 juin : Prix de Diane Longines

Heureux mariage

(…)

Pour Samuel de Barros, le propriétaire de Channel, la vocation a pris la forme d’un coup de foudre. Vous n’épousez pas seulement la femme. Vous épousez aussi sa passion. Élodie, ce sont les trotteurs. Pour Samuel, ce sera les galopeurs. Son premier achat ? Channel ! Son premier Groupe ? Le Diane ! Grande édition ou pas ? Peu importe. Ils ont gagné le Diane. Pour toujours.

2 juin : Qipco Prix du Jockey Club

Dans le tourbillon de la vie

(…) Sottsass a éclos au bon moment. Il porte la casaque de White Birch Farm, celle de Peter Brant, celle de Tryptich. C’est le petit frère de Sistercharlie, celle par qui l’Américain a repris goût aux courses. Alors il a voulu toute la famille ! Sur le podium, il manque un homme. Jean-Claude Rouget, le metteur au point de Sottsass, a vécu son quatrième Jockey Club depuis une chambre d’hôpital, victime d’un malaise la veille de la course. Mais on le sait : le travail, les réglages, c’est au petit matin qu’ils se font. L’après-midi, c’est la récolte !

28 juillet : Prix Rothschild

Le dernier joyau de la reine

Qu’elle est belle cette Laurens ! La lauréate du Prix de Diane Longines 2018 n’a pas renié la France, son pays de naissance. Neuf mois après son dernier succès (Sun Chariot Stakes, Newmarket), c’est sur la ligne droite de Deauville qu’elle a retrouvé le chemin de la victoire. (…) C’est un sixième Gr1 pour la fille de Siyouni. Le dernier aussi. Laurens est entrée au haras en fin d’année. Pour son entourage, pour John Dance, son propriétaire, Karl Burke, son entraîneur, et François Mathet, son éleveur, elle restera pour toujours "The Queen of the North".

5 septembre : Prix de Craon

Et dire qu’elle devait sauter !

Jeune, elle a goûté aux joies de l’attelage. Plus âgée, elle devait aller sur les obstacles. Mais c’est bien en plat que Fée Mano s’est distinguée. Jusqu’à remporter l’Arc des AQPS, le Prix de Craon ! La jument qui porte la casaque de Céline Leduc (plus habituée aux trotteurs, d’où l’apprentissage atypique de Fée Mano !) a donné un vrai uppercut à ses rivaux en démarrant sèchement à l’entrée de la ligne droite.

21 juin : Coronation Stakes

Inarrêtables !

On l’avait laissé ivre de bonheur à Chantilly, après le Diane de Channel. On le retrouve cinq jours plus tard à Royal Ascot, haut de forme et queue de pie, brandissant le trophée réservé à la lauréate des Coronation Stakes… Incroyable année pour Francis-Henri Graffard ! (…)  Cela méritait bien les drapeaux français et les chants de stade avec lesquels les supporters tricolores ont accueilli Watch Me à son retour aux balances, pilotée, évidemment, par Pierre-Charles Boudot ! Grande émotion aussi pour Antoinette Tamagni, qui a élevé cette fille d’Olympic Glory dans son tout récent haras de Saint-Julien, et qui en est toujours copropriétaire.

10 novembre : Prix Renaud du Vivier (Grande Course de Haies des 4ans)

L’autonomie en liberté

De Bon Cœur avait gagné le Renaud du Vivier par dix longueurs. L’Autonomie en a mis dix-huit à son plus proche poursuivant, la valeureuse Côtée Sud ! Elles partagent cette façon d’écraser les courses et l’entraîneur, François Nicolle. La pouliche de Catherine Coiffier a mis un peu plus de temps que sa glorieuse aînée à arriver au top. Il a fallu lui apprendre à se gérer, mais à présent que la mécanique est bien huilée, quel festival ! (…)

5 octobre : Qatar Prix du Cadran

Holdthasigreen n’abdique jamais

Quel courage il a, ce Holdthasigreen ! Battu l’an dernier dans ce Qatar Prix du Cadran par Call the Wind, l’alezan de Jean Gilbert et Claude Le Lay a tout donné pour s’imposer de trois quarts de longueur sur son rival. Et pourtant, sa saison n’avait pas commencé comme espéré. Malade, il a dû rester quatre mois sans courir, oublier ses rêves de Gold Cup, repartir de zéro… De zéro mais encore plus fort ! (…) Holdthasigreen est intraitable. Qu’on essaie de l’attaquer ! Monsieur ne désarme jamais.

3 novembre : Prix La Haye Jousselin

Appelez-le tripolaire !

Quel cheval ! Sa robe grise maculée de boue, Bipolaire a été accueilli en champion à son retour aux balances. L’AQPS est entré dans la légende d’Auteuil en remportant pour la troisième année consécutive le Prix La Haye Jousselin, avec trois jockeys différents ! Cette année, c’est Gaëtan Masure qui était associé au 8ans préparé par François Nicolle. Il l’avait débuté en plat… en 2014 !

7 juillet : Prix Jean Prat

Too Darn Hot dans le rôle du professeur

Même un maître entraîneur peut se tromper. John Gosden voyait en Too Darn Hot son cheval de Derby. Après une saison de 2ans conclue par un succès dans les Dewhurst Stakes, il l’a logiquement rentré dans les Dante. 2.100m. Trop long. Neuf jours plus tard, les Guinées irlandaises. Encore (un peu) trop long. Puis les St James’s, à Royal Ascot. Même cause, même conséquence… Alors John Gosden a fait son mea culpa et a choisi les 1.400m de Deauville pour redorer le blason de son protégé. Too Darn Hot n’a pas eu d’adversaires à sa mesure. (…)

18 mai : Grande Course de Haies d’Auteuil

Les adieux de la reine

Elle avait tout Auteuil acquis à sa cause… Mais cela n’a pas suffi ! De Bon Cœur a dû regarder partir Bénie des Dieux entre les deux dernières haies. La championne française ne remportera pas sa deuxième Grande Course de Haies d’Auteuil. Nous ne le savions pas encore, mais c’était même la dernière fois que nous la voyions en action. De Bon Cœur a rejoint ensuite le haras de Saint-Voir pour y entamer sa carrière de poulinière. (…)

15 septembre : Qatar Prix Vermeille

Attrape-moi si tu peux !

La recette est simple. Prenez un Gr1 pour femelles, sur 2.000m ou plus. Regardez dans la colonne entraîneur. Cherchez John Gosden. Plusieurs possibilités ? Choisissez la monte de Lanfranco Dettori et vous ne devriez pas être loin de la vérité ! Le tandem a remporté le Vermeille avec Star Catcher, gagnante auparavant des Irish Oaks. Dettori a fait une Dettori : il a mené, benoîtement, avant de demander à sa partenaire d’accélérer franchement. Ciao les amies ! (…)

6 octobre : Prix de l’Opéra Longines

Villa Marina gravit l’Everest

(…)

L’Opéra revient dans l’escarcelle de la France après quatre années de disette. C’est le point d’orgue d’une année exceptionnelle pour Carlos Laffon-Parias, le metteur au point de la pouliche. Il réalise sa plus belle année depuis 2012, millésime de la victoire de Solemia dans l’Arc. Quant à Dario Hinojosa, propriétaire et éleveur de Villa Marina, quelle réussite avec un petit nombre de poulinières ! La mère de Villa Marina n’a été achetée que 10.000 Gns…

3 novembre : Prix Maurice Gillois (Grand Steeple-Chase des 4ans)

Seul au monde

Trente longueurs ! Ce n’est pas une victoire, c’est une démonstration qu’a réalisée Figuero dans ce Prix Maurice Gillois. Les steeple-chasers de 4ans se cherchaient un leader après le départ au haras de Goliath du Berlais. Ils ont trouvé mieux que cela : Figuero est un patron, un futur cheval de Grand Steeple !

18 août : Darley Prix Morny

La lumière est venue d’Earthlight

Quatorze ans qu’il n’était pas venu sur l’hippodrome de Deauville. C’était pour le succès de Dubawi dans le Jacques Le Marois… C’est dire si Earthlight doit être spécial à ses yeux. Le cheikh Mohammed Al Maktoum a pu voir de ses yeux la casaque de Godolphin remporter pour la première fois le Morny. L’alezan, fils de son cher Shamardal, a livré un vrai récital, malgré un terrain assoupli (…)

4 novembre : Prix Cambacérès (Grande Course de Haies des 3ans)

Nirvana, quel pied !

Martaline nous a quittés, mais ses fils font en sorte qu’on ne l’oublie pas… L’an dernier, c’est Beaumec de Houelle qui avait remporté ce Prix Cambacérès. Cette année, Nirvana du Berlais, qui a lui aussi conservé ses attributs, a dominé ce Gr1 de la tête et des épaules. Arnaud Chaillé-Chaillé a su faire les réglages nécessaires sur cette mécanique de précision, "seulement" quatrième de la préparatoire, le Talhouët-Roy. Pas de bonnet cette fois, et une tactique offensive qui a écœuré ses rivaux. (…)

8 septembre : Prix du Moulin de Longchamp

Circus Maximus, le gladiateur

Qu’il est dur ce Circus Maximus ! Tout au long de la ligne droite, il a croisé le fer avec Romanised. Les deux chevaux se sont rendu coup sur coup, mais à la fin, c’est bien Circus Maximus qui a passé le poteau en tête, un nez devant son rival. Cependant Circus Maximus, tout vaillant qu’il est, a penché sous l’effort. Enquête des commissaires ! Résultat inchangé. Appel de l’entourage de Romanised ! Résultat inchangé. (…)