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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les 10 sujets dont tous les éleveurs français vont parler en 2020

Courses / 15.01.2020

Les 10 sujets dont tous les éleveurs français vont parler en 2020

L’année 2020 s’annonce riche sur le plan sportif comme institutionnel. Mais ce soir, nous vous présentons une liste de dix sujets qui devraient animer bien des discussions dans les haras et aux ventes !

Par Adrien Cugnasse

  1. L’attractivité du parc étalons français. En 2020, 33 nouveaux sires vont pour la première fois faire la monte en France, soit moins qu’en 2019 (36) ou qu’en 2018 (39). Parmi ceux qui ont fait carrière en plat, seulement 13 ont décroché un Racing Post Rating égal ou supérieur à 115. Selon ce critère qualitatif, le cru 2020 est l’un des plus faibles de ces cinq dernières années. On peut aussi voir le verre à moitié plein : parmi ces nouveaux venus, les meilleurs auront plus de facilité à trouver des juments et les sires déjà établis seront moins concurrencés par la jeunesse. Cependant, cela pose aussi la question de l’attractivité de notre pays. La réussite de Siyouni (Pivotal), Le Havre (Noverre), Kendargent (Kendor) ou encore Wootton Bassett (Iffraaj) a fait beaucoup de bien à l’élevage français, en attirant des juments et des clients. Avant d’avoir des partants, Shalaa (Invincible Spirit) et Almanzor (Wootton Bassett) ont été plébiscités par le marché et ils représentent sans aucun doute l’avenir. Mais il n’y pas de secret, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, si bien que pour conserver son rang, le parc d’étalons français doit attirer de nombreux débutants de talent… et tous les ans !
  2. Les nouveaux investisseurs et éleveurs. Channel(Nathaniel) a remporté le dernier Prix de Diane (Gr1), offrant un succès classique à Samuel de Barros, lequel lance avec son épouse, Élodie Mangeard de Barros, un ambitieux projet d’élevage au haras des Authieux. L’année 2019 a aussi été marquée par l’annonce de l’acquisition du haras de Monfort & Préaux. Le nouveau propriétaire, Nurlan Bizakov, a lui aussi de grandes ambitions en France, en tant qu’éleveur, mais aussi en tant que propriétaire. Il fait partie d’une nouvelle vague comprenant Leopoldo Fernandez Pujals, Steve Burggraf, Antoine Griezmann, Thierry Gillier, Alain Salzman, Philippe Segalot, Hubert Mauillon, le domaine de Rymska, Pierre Pilarski, l'écurie Vivaldi, Ambre et Grégory Vayre, Hajime Satomi, Clément Lenglet, Jiri Travnicek… La grande question est la suivante : est-ce un épiphénomène ? Ou les prémices d’un mouvement plus important ?
  3. L'érosion du middle market. Le volume total du marché des yearlings français est en progression. Dans le cas d’Arqana par exemple, le cumul de la vente d’août, de la v.2 et de la vente d’octobre est passé de 58,5 millions à 64,1 millions, soit une augmentation de 9 % entre 2018 et 2019. Cette progression globale du marché a notamment été portée par la vente d’août, laquelle passe de 38,1 à 43,8 millions, et dans une moindre mesure par la v.2, dont le volume a progressé de 3,5 à 4,17 millions. Comme un peu partout à travers le monde, c’est le haut de gamme qui fait progresser le volume total. Pour les catégories en-dessous de l’élite, la situation est plus difficile. La vente d’Osarus en septembre, à La Teste-de-Buch, a perdu 400.000 €. Et la vacation d’octobre à Deauville est elle aussi en décroissance, de 18,5 à 17,7 millions. En 2019, les yearlings de cette catégorie ont en moyenne été vendus pour environ 20.000 € de plus que leur prix de saillie (contre 23.500 € en 2015). Le nombre de lots de cette catégorie qui se vend pour moins que le prix de saillie a plus que doublé en cinq ans. Le middle market va-t-il se stabiliser en 2020 ? Ou l’érosion va-t-elle se poursuivre ?
  4. Les investissements français. Pour chaque exportation d’une lauréate classique, les réactions sont nombreuses sur les réseaux sociaux. En arrière-plan, ces ventes à l’étranger laissent entrevoir un problème plus profond, celui de la capacité d’investissement des éleveurs français, la majorité ayant besoin du marché pour faire tourner leur entreprise. Et cela sans avoir accès à des fonds illimités pour parvenir à cet équilibre financier. Les ventes de l’hiver 2018 avaient été marquées par une offensive commerciale des éleveurs français à la recherche de bonnes juments, à un niveau de prix où ils sont rarement présents. Après une année 2019 qui semble avoir été plus calme sur le plan des investissements, il sera intéressant de voir si en 2020, les Français auront la capacité à suivre un marché des poulinières toujours plus sélectif.
  5. Le Brexit et ses conséquences. Si les députés britanniques ont approuvé le texte qui permettra au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne le 31 janvier, le chemin avant une sortie définitive est encore semé d'étapes et d'embûches. Sur le plan du mouvement des chevaux, pour saillir ou pour courir, la situation sera forcément plus compliquée dans les premiers temps. Mais il reste vraiment très difficile d’évaluer précisément les conséquences sur le marché, en particulier de l’obstacle. Si l’économie de la Grande-Bretagne venait à souffrir du Brexit, c’est toute l’économie de la filière européenne qui en pâtirait.
  6. La montée en puissance du gazon à l’international. Au mois de décembre, Craig Bernick (Glen Hill Farm) nous avait confié : « Le turf ne va cesser de prendre de l'ampleur dans les décennies à venir. Cette surface est plus sûre, elle génère moins d'accidents. Les statistiques au niveau de l'accidentologie sont nettes. Et si vous suivez les courses américaines au quotidien, une simple lecture de la liste des partants est éloquente : les épreuves sur le gazon sont plus faciles à remplir que leur équivalent sur le dirt. Même si le marché n'apporte pas encore toute sa reconnaissance aux chevaux de gazon, je remarque que de très bons éleveurs américains anticipent cette évolution. » La grande majorité des nations hippiques émergentes accorde une réelle place aux épreuves sur le turf. C’est aussi le cas des richissimes réunions qui voient le jour à travers le monde (comme en Arabie Saoudite ou à Bahreïn). Cette situation va renforcer le commerce des chevaux à l’entraînement et la valeur de la crème des yearlings européens. Et il est remarquable de constater que lors des prochains Eclipse Awards, deux des trois finalistes de la catégorie des femelles sur le gazon aux États-Unis sont des françaises de naissance : Uni (More than Ready) et Sistercharlie (Myboycharlie). Le problème, c’est que leurs affixes (respectivement GB et IRE) font qu’une bonne partie du public ne sait pas qu’elles sont issues de l’élevage français. L’internationalisation du Galop est donc une chance pour les éleveurs de notre pays… mais c’est aussi un défi en matière de communication !
  7. Les crises sanitaires et environnementales. Ces dernières années, les épidémies des animaux d’élevage se sont multipliées et le changement climatique a impacté directement la gestion de l’herbe, en France comme à l’étranger. On peut constater que les bovins ont déjà mis en place des plans de réduction de l’utilisation des antibiotiques pour limiter l’émergence de résistances. Pour parvenir à suivre cette voie, l’avenir sera donc, dans un futur très proche, certainement lié à une formation du personnel d’élevage tout au long de son parcours professionnel. Le manque d’eau – ou l’excès selon les périodes – va perturber le travail des éleveurs français. Mais cela leur apportera aussi, peut-être, un jour, des clients en provenance de pays où il est devenu trop difficile d’élever…
  8. Le manque de personnel. En France, dans les haras comme chez les entraîneurs, le manque de personnel est criant. Des initiatives remarquables ont vu le jour, comme les Trophées du personnel par exemple. Mais cette crise sera malheureusement, et sans surprise, encore d’actualité en 2020. Comme plusieurs tribunes l’ont souligné en 2019 dans nos colonnes, beaucoup reste à faire en matière d’attractivité et de formation.
  9. La place des ventes françaises. Les vacations de notre pays ont considérablement progressé et nul ne peut nier que l’ensemble de la filière française a bénéficié de cette amélioration. Ne serait-ce que grâce à l’arrivée de nouveaux clients ou au travail de communication réalisé par les agences de vente. Les anglo-irlandais ne se reposent cependant par sur leurs lauriers et en 2019, ils ont réussi à attirer sur leurs rings une partie non négligeable des juments et des yearlings français. L’année 2020 sera donc plus que jamais celle d’une bataille entre agences européennes pour les meilleurs produits de l’élevage français.
  10. La sélection en France. Le paradigme dans lequel évolue l’élevage français a changé. D’un côté les exportations nombreuses parmi les meilleurs chevaux influent sur le niveau de la compétition (mais elles sont nécessaires d’un point de vue économique). De l’autre, la crise des paris hippiques exige de moins en moins de courses à faible nombre de partants, en particulier dans les maidens, Classe 1 et Classe 2, soit autant de courses de sélection. En 2020, comme en 2019, il y aura donc fort à faire pour maintenir le niveau de sélection en France… tout en se conformant aux exigences de l'offre actuelle des paris hippiques. Et ce qui est valable en plat l’est aussi en obstacle.