Barbara Guenet : « Je préfère arrêter en gardant de bons souvenirs »

Courses / 26.01.2020

Barbara Guenet : « Je préfère arrêter en gardant de bons souvenirs »

Bientôt quadragénaire, Barbara Guenet a décidé de mettre un terme à sa carrière d’amateur au galop. Désormais dévouée entièrement au trot, la championne aux huit Cravaches d’or nous a expliqué son choix.

Jour de Galop. – Pourquoi avez-vous décidé d’arrêter de monter en course au galop ?

Barbara Guenet. – J’ai changé de vie l’année dernière puisque j’ai quitté Royan pour aller vivre à Lisieux avec mon compagnon, Guillaume Gillot, qui est entraîneur au trot. À la base, j’avais repris ma licence et prévu de descendre à Pau pour sauter les chevaux chez David Cottin, mais c’était compliqué techniquement de m’absenter. Je me suis rendu compte que ça allait toujours être difficile d’aller sauter régulièrement, et je ne veux pas monter en course si je ne suis pas à 100 %. Il faut être dans le coup ! Je peux garder la condition physique en plat, mais pas en obstacle ; or, il faut sauter régulièrement pour garder un bon niveau en obstacle, et me contenter de monter en plat ne m’intéresse pas. Je suis entière, j’aime faire les choses à fond et je ne voulais pas faire l’année de trop. Je termine ma carrière avec 168 victoires en plat et en obstacle, en France et à l’étranger, ce qui est déjà très beau. Je suis aussi consciente que je ne serai plus associée à d’aussi bons chevaux que par le passé, étant donné que je ne travaille plus avec Guillaume Macaire. Je préfère mettre un terme à ma carrière au galop en gardant de bons souvenirs, plutôt que d’arrêter en étant au creux de la vague.

De quelle manière étiez-vous entrée dans le milieu des courses ?

Je n’ai pas de famille dans le milieu du cheval. À la base, j’étais monitrice d’équitation et je faisais beaucoup de concours complet. Je me suis retrouvée à enseigner au centre équestre U.C.P.A. de Maisons-Laffitte. En voyant passer les chevaux de course le matin, j’ai voulu essayer ! C’est ainsi que j’ai commencé à monter à l’entraînement chez Guy Cherel, qui m’a fait faire mes premiers canters, puis chez Thomas Trapenard.

Avec une réussite telle que la vôtre, n’avez-vous jamais eu envie de passer professionnelle ?

Cela m’a traversé l’esprit lorsque la décharge des femmes a été créée. Je trouvais que c’était une belle opportunité, mais il ne faut pas se leurrer : passé 35 ans, c’est difficile ! On prend des coups, et puis quand on passe professionnel, on ne joue pas dans la même cour que les amateurs. Quand on est amateur, on a la chance inouïe de monter sur les plus beaux hippodromes de France, et de trouver des conditions de course favorables aux chevaux expérimentés. Et puis, c’était plus intéressant pour moi d’être à un très bon niveau en tant que cavalière, plutôt que d’être noyée dans la masse. J’ai commencé à monter tard en course, à l’âge de 26 ans. Si j’avais eu dix ans de moins, je l’aurais fait ! Mais je ne regrette pas : j’ai savouré toutes les opportunités qui m’ont été offertes.

Vous êtes la première femme à avoir gagné dans toutes les disciplines en France, que ce soit au trot ou au galop. Ce doit être une grande fierté…

Oui, je suis également la seule femme à l’avoir fait la même année ! C’était un super challenge. Quand on a un bon cheval, quelle que soit la discipline, c’est savoureux. À la base, je préfère l’obstacle, mais je prends de plus en plus de plaisir au trot. Et comme c’est une discipline que je ne connais pas, j’apprends tous les jours !

Quelle victoire et quel cheval vous a le plus marquée ?

Sincèrement, il m’est impossible de détacher un succès ou un cheval en particulier, tellement il y en a qui m’ont marquée… Je connaissais les chevaux que je montais en obstacle l’après-midi puisque je les montais le matin chez Guillaume Macaire, du coup il y avait une relation forte entre eux et moi. Vraiment, c’est impossible de faire un choix !

Que retenez-vous de vos années d’amateurisme au galop ?

Le système de l’amateurisme est extraordinaire et très enrichissant. On a l’opportunité de faire des voyages, de rencontrer des gens, de monter de bons chevaux… Quand on est amateur, on a beaucoup de chance. J’ai toujours été consciente de la chance que j’avais d’être associée à des champions. L’amateurisme est essentiel au monde des courses, et je pense que c’est important de garder des gens passionnés.

Récemment, vous avez vécu un grand moment en triomphant dans la Finale du Grand National des Amateurs avec Doux Parfum, à Vincennes…

Oui, c’est ma plus belle victoire au trot ! Désormais, j’ai neuf victoires au trot, dont trois à Vincennes. C’est extraordinaire de gagner là-bas. Au début, je préférais le trot monté car c’est plus proche de ce que je faisais au galop ; à l’attelé, j’avais l’impression de subir beaucoup, car quand on est enfermé, on ne peut rien faire. Mais maintenant, je prends plus de plaisir à l’attelé qu’au monté, grâce justement à ce côté technique.

Est-ce que vous ressentez autant d’adrénaline au trot qu’au galop ?

Je ne ressens pas autant d’adrénaline au trot qu’en obstacle. Quand vous passez le poteau à Auteuil, même si vous n’êtes pas premier, c’est déjà une victoire d’avoir franchi tous les obstacles ! Mais j’ai le goût de la compétition, et quelle que soit la discipline, ça me plaît.

Allez-vous malgré tout continuer à monter des galopeurs à l’entraînement ?

Non, je ne pense pas. Encore une fois, j’aime faire les choses à fond et je vais me lancer à 100 % dans le trot, dans le but de progresser au maximum pour me faire une place dans le rang des amateurs. Je sais que ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais l’avantage au trot, c’est qu’il n’y a pas de limite d’âge pour driver (rires) ! Cependant, je continuerai à regarder les courses de galop et je compte bien revenir en touriste sur les hippodromes. Je remercie Guillaume Macaire d’avoir propulsé ma carrière au sommet car je suis consciente que je n’aurais pas eu ces résultats là sans lui. Je lui serai reconnaissante à vie.