Cercy-la-Tour, le nouveau centre de la France hippique

Élevage / 06.01.2020

Cercy-la-Tour, le nouveau centre de la France hippique

Quelques semaines après la percée électorale d’Alliance Galop, l’obstacle n’a jamais été aussi à la mode ! Ce samedi, le haras de Cercy organisait sa traditionnelle journée portes ouvertes. Et le temps de cette journée, cette commune de 1.700 habitants située au cœur de l’Hexagone était au centre de toutes les attentions.

Par Adrien Cugnasse

Certains étaient venus de loin, voire même de très loin, pour prendre part à l’Assemblée générale de la coopérative, au repas et à la présentation des étalons. Comme nous l’avons écrit dans notre édition précédente, avec 735 saillies en 2019, la coopérative est le haras français qui vend le plus de saillies. Lors de l’Assemblée générale, Jacques Cyprès, élu au Conseil d'administration de France Galop et président de la coopérative, a déclaré devant les éleveurs : « Beaucoup d’entre vous nous ont soutenus. Je pense sincèrement que les votes de la région ont beaucoup fait pour le succès de ces listes, et c’est à vous que nous les devons. Et je vous remercie du fond du cœur. Grâce à ça, nous sommes passés sur une autre dimension. À nous maintenant de faire en sorte que ça marche. Nous avons mis l’obstacle au-devant de la scène et c’est déjà une grande victoire. Maintenant, nous avons la possibilité de prendre notre destin en main. »

Que de chemin parcouru. Il y a toujours eu des chevaux de sang dans cette région. Mais dans les années cinquante, la densité nivernaise n’avait rien à voir avec celle de certaines parties de l’Ouest, de la Normandie ou du bassin de l’Adour. D’ailleurs, jusqu’à une période récente, c’est-à-dire celle où les Haras nationaux dominaient la région, beaucoup d’étalons de valeur étaient stationnés à Cluny, en Saône-et-Loire. L’élevage nivernais a véritablement changé de visage lorsque les piliers de la production locale ont réussi à convaincre des éleveurs de bovins et de chevaux de selle (soit deux productions en crise) de les rejoindre. Les chiffres sont assez éloquents. En 2010, selon l'Ifce, la Nièvre comptait 143 naissances de galopeurs. Contre 376 en 2018. La progression a aussi été sportive. À la fin de la saison 2010, le haras de Saint-Voir, basé dans l’Allier, était la seule structure du Centre dans le top 10 des éleveurs de sauteurs français. En 2019, Thierry Cyprès termine l’année à la première place. Nicolas de Lageneste est troisième et Jacques Cyprès quatrième. Ils sont tous les trois élus de la coopérative.

À contre-courant. Ceux qui ont conservé les brochures de l’époque peuvent s’en rendre compte : beaucoup de ménage a été fait dans les boxes de la cour des étalons de Cercy. D’ailleurs le catalogue 2020 est très certainement le meilleur depuis longtemps (avec Pour Moi, Ivanhowe, Tunis, Cokoriko, Karaktar, Rail Link, Jeu St Eloi, Elliptique, et Freet Port Lux). Mais en termes d’élevage, la réussite vient de l’alliance de la qualité avec la quantité. Pour inciter les petits éleveurs à continuer à faire saillir, alors que le marché est toujours plus sélectif, l’équipe dirigeante de Cercy a choisi d’aller à contre-courant du marché en limitant le prix plutôt que le nombre de saillies de ses étalons les plus demandés. Cokoriko (Robin des Champs) a par exemple couvert 212 juments à 6.000 € en 2019 et il reste à ce prix en 2020. Dans une région où le syndicalisme agricole a toujours été puissant, c’est un geste éminemment politique. D’ailleurs, Jacques Cyprès n’a pas hésité à déclarer : « Nous n’avons pas choisi de nous réunir en coopérative par hasard. Et c’est ce qui fait du haras de Cercy un haras pas comme les autres. Ce n’est pas juste un haras commercial. C’est notre outil, celui qui permet à tous les éleveurs de la région de rêver d’Auteuil et de Cheltenham (…) Avec des saillies à 9.000 € pour le haut du panier, on approche des limites. Il ne faut pas oublier que nous devons aussi fournir des partants. Ce n’est pas une fin en soi, mais c’est une réalité économique du galop et de l’obstacle en France. C’est un devoir. » Andrée Cyprès est responsable promotion, communication et événementiel de la structure. Elle nous a expliqué ce dimanche : « Il y a toujours eu de petits éleveurs dans la région. Mais nous avons la satisfaction de voir apparaître de nouvelles personnes tous les ans, y compris des éleveurs propriétaires. C’est gratifiant, on sait pourquoi on travaille ! » Jacques Cyprès poursuit : « Le plus difficile pour une structure de cette taille, c’est de trouver du personnel à la hauteur. Et nous avons la chance d’avoir une super équipe dirigée par Philippe Thiriet. »

L’avenir. Les plus anciens se souviennent que Vidéo Rock (No Lute) était gagnant de Listed, Laniste (Tarquin) du Grand Handicap de Deauville et Quart de Vin (Devin) du Grand Handicap de la Manche. Il était donc assez improbable d’imaginer que la station de monte de Cercy, créée dans les années 1920, allait un jour accueillir un gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe (Rail Link) et un lauréat du Derby d’Epsom (Pour Moi), les deux ayant donné des gagnants de Gr1 en plat. Jacques Cyprès précise : « Dans la région, nous avons toujours eu un mélange de pères ayant gagné en plat et d’autres sur les obstacles [Dom Alco, Verdi, Italic…ndlr]. Et pour nous, il est important de proposer les deux. Localement, Cercy est quasiment le seul lieu de monte en activité. Tout le monde a joué le jeu, grands comme petits. Il y a quelques années encore, nous avions 400 juments saillies. Mais notre objectif n’est pas d’établir des records. C’est de servir l’intérêt collectif. Et cela passe par notre capacité à sortir de nouveaux étalons. Notre particularité, c’est donc aussi de toujours avoir su donner leur chance à de jeunes reproducteurs. Notre autre force réside enfin dans le fait d’être une coopérative : nos étalons ne sont pas sur le marché. Et malgré des offres très importantes pour Cokoriko par exemple, il n’a jamais été question de le laisser partir. »