Christophe Toulorge, à cheval entre trot et galop

Élevage / 21.01.2020

Christophe Toulorge, à cheval entre trot et galop

Gérant du haras de Bouttemont, où est notamment stationné Ready Cash, Christophe Toulorge est connu pour avoir élevé l’un des meilleurs fils du crack trotteur, à savoir Bird Parker. C’est pourtant au galop, et plus précisément en obstacle, que l’homme de confiance de Philippe Allaire a été mis en lumière le week-end dernier, par l’intermédiaire de ses élèves Elimay (Montmartre) et Goshen (Authorized).

Par Alice Baudrelle

La passion de Christophe Toulorge pour les pur-sang ne date pas d’hier. En réalité, il les côtoie depuis toujours : « J’ai grandi dans une ferme près du haras d’Étreham, donc j’étais tout le temps fourré près des "purs". Depuis que je suis môme, j’ai toujours suivi les grands cracks au galop. De fil en aiguille, j’ai eu la chance de connaître des gens importants, des directeurs de haras, par exemple. Il y a 25 ans, j’ai fait la rencontre d’Alec Head en emmenant une jument à la saillie au haras du Quesnay. » Cette rencontre fut déterminante pour Christophe Toulorge, puisqu’elle lui a permis d’acquérir sa toute première poulinière : « Nous avons sympathisé et Alec Head est devenu un ami. Par la suite, il a même eu des trotteurs avec Philippe Allaire et moi. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais m’associer avec lui sur une jument nommée Camarange (Carmarthen). Elle était alors déjà très âgée ; elle avait 21ans. Alec Head a accepté ma proposition et nous avons fait saillir la jument par Sillery (Blushing Groom). Le croisement a donné Ryde qui fut une bonne jument, puisqu’elle a gagné sur les haies et le steeple d’Auteuil. »

Hyde, le cadeau providentiel d’Alec Head à Christophe Toulorge. Ryde sera le dernier produit de Camarange. Christophe Toulorge et Alec Head décident de garder la pouliche comme poulinière : « Nous avons exploité les cinq premiers produits de Ryde. Un jour, Alec Head a décidé d’arrêter et de passer le relais à ses enfants, qui ne souhaitaient pas continuer l’obstacle. Ryde a donc été vendue à Arqana en 2011, mais Alec Head m’a fait un magnifique cadeau en me donnant sa part de l’une de ses filles. C’était Hyde (Poliglote), qui n’était pas gagnante mais avait fait l’arrivée à plusieurs reprises sur les haies. Lors de ses débuts, elle s’était classée cinquième du Prix Wild Monarch (L). Pour la petite histoire, j’avais gagné au sort la saillie de Poliglote (Sadler’s Wells) grâce au tirage au sort organisé par le Syndicat des éleveurs. »

Elimay, deuxième meilleure pouliche de sa génération sur les haies... Christophe Toulorge ne se doute pas encore que Hyde va devenir sa poule aux œufs d’or. Il amène la jument à deux reprises à la saillie de Montmartre (Montjeu), qui officiait au tarif de 3.800 € à l’époque : « Mes petits moyens m’ont permis d’envoyer Hyde à Montmartre, un cheval que j’aimais bien. Il avait montré beaucoup de classe en course, malgré une carrière assez courte. Et puis j’adorais son père, Montjeu (Sadler’s Wells), l’un des plus grands chevaux que l’on ait jamais vus. » Le premier produit de Hyde, Duena (Montmartre), est vendu yearling à Carlos Lerner. Elle ne réussit pas à gagner mais fait l’arrivée à plusieurs reprises en haies, se classant notamment deuxième du Prix Paul’s Cray à Auteuil, derrière le futur gagnant de Gr1 Srelighonn (Martaline). C’est avec le deuxième produit de Hyde, Elimay (Montmartre), que Christophe Toulorge accède au haut niveau. Gagnante au printemps de ses 3ans sur les haies d’Auteuil, Elimay enchaîne avec de nombreuses places au niveau black type. Son malheur est d’être née la même année que la championne Whetstone ** (Saint des Saints), derrière laquelle elle terminera deuxième des Prix Bournosienne (Gr3, à l’époque), Magne et de Chambly (Ls, à l’époque). Christophe Toulorge explique : « Je m’étais associé avec Carlos Lerner sur Elimay. D’entrée de jeu, il m’a dit qu’elle galopait et qu’elle était douée. À 3ans, elle a fait une très bonne année, tout en étant préservée, car nous n’avons jamais cherché à battre Whetstone à tout prix. Carlos et Yann Lerner ont fait du très bon travail avec elle, tout comme Philip Prévost-Baratte, qui a dressé tous les produits de Hyde. J’aime la façon de faire de Philip avec les chevaux, et c’est un gars franc, qui n’a pas peur de dire ce qu’il en est. D’ailleurs, il m’a dit tout de suite qu’Elimay sortait de l’ordinaire. »

Mais aussi le top-price de la vente d’automne. En novembre 2017, Elimay est présentée à la vente automne Arqana où elle sera adjugée 310.000 € à Hubert Barbe, atteignant le top price de la vacation par la même occasion. Exportée en Irlande, elle rejoint les boxes de Willie Mullins qui l’aligne pour sa rentrée au départ de l’Irish EBF Mares Hurdle (Gr3) à Leopardstown, dont elle terminera deuxième. Après une sixième place dans le David Nicholson Mares' Hurdle (Gr1), à Cheltenham, la jument enchaîne avec quatre succès consécutifs, dont deux au niveau Groupe, le dernier ayant eu lieu dimanche dernier à Thurles dans l’Irish EBF Mares Novice Chase (Gr2). Christophe Toulorge commente : « Elimay était bien présentée à la vente, elle était très belle sur le ring. On pouvait espérer qu’elle gagne au moins un Groupe dans le futur, et c’est ce qui a fait qu’elle atteigne un tel prix. Et quand votre cheval se retrouve dans l’écurie de Willie Mulllins, c’est évidemment un plus ! Bravo à lui d’avoir amené la jument à ce niveau. Je suis un petit éleveur et c’est une histoire exceptionnelle à mon échelle. »

L’histoire se poursuit à Cheltenham. L’histoire ne s’arrête pas là, car Hyde a également donné à Christophe Toulorge un potentiel vainqueur de Triumph Hurdle (Gr1). Après Elimay, elle a en effet produit Goshen (Authorized), l’un des gros espoirs anglais chez les juveniles. Pour l’anecdote, Goshen est un hippodrome historique des États-Unis dans la spécialité du trot ! Lauréat à trois reprises en plat à 3ans, Goshen a été dirigé en fin d’année vers les claies, où il est à ce jour invaincu en trois sorties par 68 longueurs combinées. Sa dernière victoire date de samedi dernier à Ascot, la veille du succès de Gr2 d’Elimay. Christophe Toulorge n’exclut pas l’idée d’aller voir son élève à Cheltenham : « Grâce à la réussite au trot de Bird Parker, j’ai pu me permettre d’envoyer Hyde à la saillie d’un gagnant de Derby d’Epsom comme Authorized, et elle m’a une nouvelle fois donné un bon cheval. Il est fort possible que je vienne voir courir Goshen dans le Gr1. Cela n’arrive pas tous les jours d’avoir un partant à ce niveau, qui devrait en plus faire partie des favoris ! Ce serait une première pour moi à Cheltenham. Il faut rendre hommage à Nicolas Bertran de Balanda, qui a repéré Goshen alors qu’il était chez Philip Prévost-Baratte. C’est lui qui l’a acheté pour un client anglais. » Bonne nouvelle, la propre sœur de Goshen âgée de 3ans, Harrisburg, est restée en France : « J’ai décidé de la garder et je l’ai placée à l’entraînement chez François Nicolle. Elle n’est pas très grande et elle est moins importante que Goshen, mais elle se présente bien. Elle ressemble à Elimay, avec un peu plus de puissance. J’ai également gardé la 2ans par Camelot (Montjeu). Elle ira chez la fille de Philippe Allaire, Élisabeth Allaire, qui devrait normalement s’installer entraîneur cette année. En 2018, Hyde est restée vide de Saint des Saints (Cadoudal) et va pouliner dans un mois de Nathaniel (Galileo). Parmi mes cinq poulinières, elle est ma seule jument pur-sang. »

Une souche de cœur. Malgré sa réussite, Christophe Toulorge a le succès modeste et ne compte pas investir dans une autre souche que la sienne : « J’ai envoyé Hyde à la saillie de bons étalons, et tout cela a un coût. J’ai vendu Elimay et Goshen car il faut bien que la boutique tourne, mais j’ai gardé leurs deux petites sœurs pour essayer de développer cette famille qui m’a tant donné. L’élevage de pur-sang demande beaucoup de rigueur, et je pense qu’il faut davantage s’impliquer qu’avec les trotteurs. Un pur-sang, ça ne s’élève pas dans la pampa ! En ce qui me concerne, j’ai eu la chance de voir comment faisaient les gens du galop. À l’exception d’Elimay, qui a été élevée au haras de Bouttemont, tous les produits de Hyde ont grandi dans une ferme que j’ai aménagée, juste en face du haras de Bouttemont. Je tiens d’ailleurs à remercier Philippe et Guitte Allaire, sans qui Elimay ne serait peut-être pas devenue ce qu’elle est, mais aussi Carlos Lerner, Philip Prévost-Baratte ainsi que monsieur et madame Head, à qui je dois beaucoup. »