EDITO - Deux tiers, un tiers

29.01.2020

EDITO - Deux tiers, un tiers

Chers lecteurs,

Il reste encore quelques jours avant la fin du mois de janvier. Je vous adresse donc mes meilleurs vœux pour 2020. Vous êtes certainement nombreux à avoir reçu notre dernière édition de l’Arabian Yearbook. Cet ouvrage édité avec l’Afac connaît un véritable succès, et au nom de l’ensemble des personnes qui ont œuvré à ce projet, permettez-moi de vous remercier pour votre fidélité, mais également pour l’intérêt que vous portez à notre travail.

En France, l’année hippique 2019 a été marquée par d’intenses débats électoraux. Si vous êtes basés à l’étranger, vous vous demandez certainement à quoi correspond cette fameuse expression du "deux tiers, un tiers" qui ne cesse de fleurir dans la presse hippique.

Il s’agit d’une clé de répartition pour les allocations et le nombre de courses au galop en France : deux tiers de l’argent va doter les courses de plat, qui représentent deux tiers du programme au galop dans l’Hexagone, alors que le tiers restant abonde l’obstacle.

Mais le "deux tiers, un tiers" revêt bien d’autres significations, en particulier chez les pur-sang arabes. En effet, pour la race qui nous est chère, environ les deux tiers des allocations françaises sont issus de sponsorings. C’est considérable. Il faut remercier les nombreux soutiens qui financent notre sport et féliciter l’Afac pour son énergique travail de prospection qui, chaque année un peu plus, porte ses fruits. Cette proportion de financement privé est inégalée dans notre pays, quelle que soit la discipline, et cela atteste du fait que les courses de pur-sang arabes sont un rouage essentiel pour notre filière. Elles ne coûtent que très peu à la collectivité, mais rapportent énormément à la France des courses, en termes d’image à l’international, de balance commerciale et de recrutement de nouveaux investisseurs.

Cependant, j’aimerais attirer votre attention sur une autre utilisation possible de l’expression "deux tiers, un tiers". Si l’on en croit les scientifiques, il est bien établi, et ce depuis plusieurs décennies, que la part de la génétique dans la performance du cheval de course est d’environ un tiers. On appelle cela l’héritabilité. Les deux tiers de la performance sont donc liés au milieu, un terme très vague qui englobe les milliers d’actes et d’heures où l’on élève, nourrit et entraîne le cheval. Aussi, il n’est pas usurpé d’appeler un cheval français celui qui est élevé et entraîné en France. Il porte en lui le fruit des bonnes pratiques des professionnels français. Dès lors, on peut aussi se poser la question de valeur d’autres appellations, comme celle de pur-sang arabe égyptien, pour des individus élevés au Canada ou en Australie ! N’oublions pas que pendant des siècles, avant l’apparition des stud-books, la race d’un cheval était définie par le peuple et la région où il avait été élevé. Pour ceux qui souhaitent explorer cette notion, je ne peux que vous recommander la lecture d’un ouvrage paru en novembre 2019 : Horse Breeds and Human Society: Purity, Identity and the Making of the Modern Horse. Il a été rédigé par deux universitaires canadiennes, Kristen Guest et Monica Mattfeld, lesquelles portent un regard neuf sur notre univers.