Hugo Mérienne, la relève en marche

Courses / 06.01.2020

Hugo Mérienne, la relève en marche

Par Christopher Galmiche

Les tribunes de Cagnes-sur-Mer ont tremblé quand Rockadenn (High Rock) est venu en roue libre prendre l’avantage dans le Prix Christian de l’Hermite (L). Tout son entourage a poussé le cheval et les cris "assure la der" ont fusé dans la phase finale. Son entraîneur, Hugo Mérienne, a décroché sa première Listed grâce au poulain qui a grandi chez son oncle Julien et qui est monté par son frère Adrien. Une première Listed seulement deux ans et demi après son installation, forcément, ça fait quelque chose : « C’est génial, c’est un rêve ! Nous sommes passés à côté du but deux ou trois fois et remporter maintenant une première Listed, c’est top ! Cela fait deux ans que j’ai des chevaux qui sont en retard de gains. Comme les conditions sont assez fermées à Cagnes, nous nous retrouvons avec des chevaux assez bien placés comme Lord Pit et Late News l’année dernière ou Rockadenn cette année. Ce sont des chevaux qui, pour certains, ne pourraient pas faire forcément Pau. En ce qui concerne Rockadenn, je pense qu’il est très bon. Cette victoire de Listed est d’autant plus magnifique qu’elle intervient en famille. C’est top de travailler avec Adrien car il connaît ses chevaux par cœur, je n’ai pas d’ordres à lui donner. Dans un parcours, il a le don de se retrouver toujours au bon endroit quand il faut. Il ne perd pas de course et en gagne certaines, c’est ce que l’on demande à un jockey. »

Compliqué mais doué. Rockadenn a été défendu après sa troisième place dans un réclamer sur les haies de Fontainebleau, alors qu’il était entraîné par Julien Mérienne. Il est ensuite parti chez Hugo en vue du meeting cagnois. Un meeting qui a débuté par un succès à réclamer après lequel il a été défendu, là encore. « J’ai récupéré Rockadenn au début du meeting cagnois. C’est un poulain que mon oncle a fait grandir, et qu’il a toujours estimé. En début d’année de 3ans, il était très compliqué. Il était passé à Avilly. Il a toujours été délicat, mais il avait du potentiel. Honnêtement, à mes yeux, je pensais qu’il était trop compliqué pour être bon. C’est mon oncle, qui l’a toujours estimé, qui l’a défendu. Il ne s’est pas trompé ! Rockadenn est monté sur sa course, a pris de la maturité et le fait d’avoir changé d’air à Cagnes lui a fait du bien. Il n’est pas encore venu et ne fait que progresser. Mon oncle a eu le nez fin. Après Fontainebleau, nous nous sommes dit qu’il ferait bien Cagnes. Il était très en retard de gains et avait des engagements assez simples. Il avait le profil parfait pour le meeting. Son succès dans la Listed est génial pour la souche. Nous nous sommes permis de courir la Listed à sept jours car le cheval était bien. Le plan s’est déroulé parfaitement. »

Un bon meeting. Le meeting cagnois 2019/2020 a pris fin ce lundi et globalement, il s’est bien passé pour l’écurie Mérienne : « Nous avons eu quelques péripéties qui ont écorché le meeting. Lord Pit avait été préparé pour le Quinté, mais nous avons joué de malchance. C’est un cheval qui n’a pas de garrot et la selle a avancé. Il est passé à côté de son meeting à cause de ça, mais on peut juger que notre meeting est plutôt bon. Nous avons doublé les gains par rapport à l’année dernière. »

Avilly Saint-Léonard, un choix réfléchi. Les entraîneurs d’obstacle occupant les premières places des classements sont installés en province et beaucoup de jeunes professionnels suivent le même chemin. Mais certains choisissent de rester en région parisienne comme Mickaël Seror, David Cottin et donc Hugo Mérienne, lequel a pris place à Avilly Saint-Léonard. Il nous a expliqué ce choix : « En province, nous avons une structure familiale donc j’aurais pu m’y installer. Mais sur le long terme, avec la crise actuelle, c’est peut être intéressant de prendre un temps d’avance et de s’inspirer de ce qui se fait dans le trot par exemple, avec deux structures, une à Paris pour éviter au maximum les longs transports, et une autre en province. Je ne m’installe pas pour les deux prochaines années, mais pour les vingt prochaines ! Dans cet esprit, je pense que c’était intéressant d’avoir une structure à Paris. Ensuite, j’ai choisi Avilly car lorsque j’ai visité le centre d’entraînement, je suis tombé sous le charme. Nous avons tout ce qu’il faut pour bien travailler et France Galop fait du superbe travail. Ils sont derrière les jeunes, ils nous aident beaucoup. C’est un site magnifique et pour les chevaux c’est très calme. Je ne regrette pas mon choix. Dans les années à venir, je pense qu’il y aura un retour sur investissement. » Tout en étant à Avilly, Hugo Mérienne peut aussi s’appuyer sur l’établissement familial et adapter ainsi les effectifs suivant les opportunités et les profils de chevaux. « Chez mon oncle, il y a les chevaux qui sont limités pour Paris ou au repos, voire qui ont des engagements plus faciles. Nous travaillons ensemble, en confiance. Il sait comment je travaille et comment sont les chevaux et inversement. À terme, si tout se passe bien, ça devrait fonctionner correctement. »

Un aspect commercial à ne pas négliger. Hugo Mérienne a eu une belle expérience au niveau commercial en achetant des chevaux pour l’étranger. Expérience utile au moment de bien juger le marché ou de placer tel ou tel cheval sur une vente bien précise. C’est d’ailleurs pour le jeune entraîneur que Ganzo d’Airy (Legolas) a fait de plaisants débuts victorieux, concluant deuxième en plat à Nancy avant sa vente à Toby Jones pour 300.000 € à la vente 100 % obstacle d’Osarus. « J’ai acheté pas mal de chevaux pour l’export. Cela m’a permis d’avoir des contacts. L’entraînement est une partie du métier mais l’aspect commercial en est une autre. Cela m’a aidé à comprendre le marché, savoir ce qu’était la demande, et de travailler en fonction de celle-ci. »

Un bagage solide. Plus jeune, Hugo Mérienne a monté en gentleman-rider, notamment pour Guillaume Macaire, pour lequel il a enlevé le Prix Duc d’Alburquerque à Auteuil avec Soldatino (Graveron), vainqueur du Triumph Hurdle (Gr1) précédemment. « J’ai gagné à Auteuil avec Soldatino sous les couleurs de Simon Munir. C’était un cadeau de la part de Guillaume [Macaire, ndlr] et l’une de mes plus belles expériences en tant que jockey amateur. J’ai monté un peu en course, mais j’étais trop lourd pour faire une carrière. De plus, ça n’a jamais été un objectif. Je me suis fait énormément plaisir. » Outre le plaisir de la piste, Hugo Mérienne est aussi passé chez plusieurs grands entraîneurs français ou étrangers comme Guillaume Macaire, Willie Mullins, Arthur Moore, Yannick Fouin ou encore Patrice Quinton. « Cela m’a permis de découvrir des façons de faire différentes. C’était intéressant de s’inspirer de ces entraîneurs. Cela fait des années que leurs méthodes sont rôdées. »

Objectif Groupe pour 2020. Après une première victoire de Listed, à quoi Hugo Mérienne aspire-t-il pour la nouvelle année ?« Nous avons rentré pas mal de jeunes chevaux et nous avons augmenté l’effectif. Augmenter l’effectif n’est jamais facile, d’autant que nous sommes passés de six à trente chevaux. Nous allons essayer d’avoir une bonne réussite avec nos 3ans. Forcément, j’aimerais bien attaquer les Groupes maintenant, et en gagner un ! » Et l’étranger dans tout cela ? « C’est mon rêve d’aller courir à l’étranger, à Cheltenham, à "La Mecque". J’espère avoir, un jour, les chevaux pour le faire. À terme, le jour où je pourrai courir à l’étranger et que j’aurai le cheval pour, j’irai les yeux fermés. »