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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Institution : 2020 en 10 grandes questions (partie 1/2)

Institution / Ventes / 18.01.2020

Institution : 2020 en 10 grandes questions (partie 1/2)

Les élections sont passées… et de multiples défis attendent France Galop, LeTrot et le PMU en 2020. Voici quelques-unes des grandes questions qui se posent pour les courses françaises cette année.

Demain : les grandes questions institutionnelles à l’international.

Par Anne-Louise Echevin

Trot et galop affichent leur union : est-ce la première étape vers une fusion des sociétés mères ?

Mardi 14 janvier, Édouard de Rothschild et Jean-Pierre Barjon, présidents des deux sociétés mères, ont fait conférence de presse commune, au siège du PMU. D’habitude, les conférences de presse sont organisées pour délivrer un ou plusieurs messages. Cette fois, pas d’annonce. « L’annonce », si l’on peut dire, c’est la conférence elle-même : le fait que les deux patrons du trot et du galop affichent une franche camaraderie et nous confient qu’ils se parlent trois fois par jour et se voient trois fois par semaine. Tout est symbole, comme chacun sait…

On attend à présent du concret. Et des projets. Le concret, ça sera un rapprochement de tous les services supports (communication, ressources humaines, finances), ce qui offrira de substantielles économies d’échelle. Les deux parties sont convaincues de l’opportunité de rapprocher les métiers analogues.

Et les projets ? Il faudra en avoir. Car la gestion a ses limites. C’est bien d’optimiser ses charges, mais ce n’est pas cela qui permet à une entreprise de prospérer. Ce point de bascule gestion/innovations est d’ailleurs la clé de voûte de l’avenir de l’institution pour les années à venir. Que l’on parle de sport, de spectacle ou de pari, il faudra – au cas par cas – avoir le courage de passer de la gestion à l’innovation (évolution des produits actuels et/ou de leur marketing ; et/ou lancement de nouveaux produits). Il faudra aussi de l’intelligence pour choisir le bon timing. Changer la donne ni trop tôt, ni trop tard… chaque sujet ayant son propre calendrier ! L’accueil sur les hippodromes et le rajeunissement de la cible ont par exemple déjà amorcé leur bascule avec les Jeuxdis à Longchamp ; les règles de disqualification au trot pourraient basculer prochainement, si l’on en croit certains experts ; l’interdiction de la cravache (cf. sujet plus loin) basculera sans doute un jour prochain ; tout comme il finira bien par y avoir une réforme des paris (on parle de plus en plus de l’arrivée de la cote fixe, info ou intox) ; etc.

Statut, fiscalité… et acquisitions ?

Le 16 décembre, l’Assemblée nationale a adopté un amendement pour modifier la fiscalité sur les paris hippiques. Au lieu de taxer les enjeux, l’État se paiera sur le produit brut des jeux, c’est-à-dire sur ce qui reste une fois que l’on a versé leurs gains aux parieurs. Logique puisque c’est le vrai « chiffre d’affaires » du PMU ; et positif, puisque cela permettra au PMU de jouer sur le taux de retour parieurs en optimisant sa fiscalité. C’est un cercle vertueux : on rend plus aux parieurs, donc le produit brut baisse et la fiscalité aussi ; parce qu’on leur a rendu plus, les parieurs rejouent plus (c’est mécanique), le produit brut réaugmente et la fiscalité aussi ; et à la fin, on a fait de la croissance.

Mais, quand on parle du PMU, les sociétés mères ne sont jamais très loin – et vice versa. Ainsi, le 16 décembre, l’Assemblée a écrit : « L’amendement prévoit de faire coïncider la nouvelle fiscalité sur les courses hippiques avec la réalisation des engagements pris par la filière hippique en faveur d’un plan de transformation à deux composantes : d’une part, l’institution hippique s’engage à une baisse de charges globales émanant notamment des sociétés mères, sans préjudice de la mission d’intérêt général qui leur a été confiée ; d’autre part, elle s’engage à amorcer la transformation du statut juridique du PMU, aujourd’hui groupement d’intérêt économique (GIE), en société commerciale. »

Une manière évidente d’obtenir cette « baisse de charges globales émanant notamment des sociétés mères », c’est la fusion trot-galop. CQFD ?

Et la transformation du PMU en société anonyme ? On en connaît le principal avantage : pouvoir s’endetter, afin de financer des acquisitions et du développement. Mais là encore, il faudra un projet. Qui acheter ? Où ? Pour faire quoi ? La Belgique est au ralenti ; l’Allemagne se redéveloppe gentiment mais demeure anecdotique ; le Brésil n’a jamais décollé et a dû être débranché ; on a choisi de confier l’Afrique à un « partenaire » qui est majoritaire dans notre véhicule commun… et le PMU a manqué le rachat du Tote anglais il y a quelques années faute de pouvoir surenchérir. On parle là d’investissements faits avant l’arrivée de Bertrand Méheut et de Cyril Linette. Certes, tout cela ne fait pas très envie mais pourtant le salut du PMU et des courses passe assurément par l’international.

Vers un rebond des enjeux hippiques malgré un contexte tendu ?

Lors des vœux des présidents de France Galop, LeTrot et du PMU mardi, Bertrand Méheut (président du PMU) a dit : « Je crois qu’il n’y a pas de fatalité à voir dans la baisse des enjeux hippiques en France et, d’ailleurs, nous avons même affiché une croissance lors des trois derniers trimestres. Il y a beaucoup d’axes pour confirmer cette croissance et même l’accroitre. » L’ensemble des chiffres 2019 sur les enjeux hippiques (France et international) n’ont pas encore été dévoilés par le PMU mais son président affiche un certain optimisme.

2020 ne sera toutefois pas sans défi pour les paris hippiques. Il faudra notamment être très vigilant sur les actions menées par une Française des jeux privatisée, qui pourrait tenter d’obtenir plus de marge de manœuvre. Il y a donc le spectre du retour, par exemple, du live betting dans les points de vente FDJ. L’État s’est voulu rassurant en annonçant la création de l’ANJ (Autorité nationale des jeux), qui remplacera l’Arjel, avant de lancer la privatisation de la FDJ. L’ANJ devra donner sa validation sur le lancement de tout nouveau jeu et la principale différence par rapport à l’Arjel est que son pouvoir ne se limite pas aux jeux sur Internet : l’ANJ couvre aussi les jeux dans le réseau physique.

Notons par ailleurs que les paris hippiques auront deux concurrents de taille du côté des événements sportifs : l’Euro 2020 de football et les Jeux olympiques de Tokyo.

Quelle direction va prendre France Galop, placée sous le signe de l’obstacle ?

Lors de la précédente mandature, le conseil d’administration de France Galop était sous l’influence de Génération Galop, un nouveau mouvement rassemblant les "poids lourds" de l’élevage de plat français. Cette fois, le mouvement qui semble le plus peser est Alliance Galop… un nouveau mouvement rassemblant les "poids lourds" de l’élevage d’obstacle français ! Les deux mouvements peuvent sembler très éloignés ; ils sont en fait plus proches qu’on ne le croit. L’obstacle n’a-t-il pas, d’ailleurs, réalisé les plus grands fantasmes de Génération Galop, avec une hyper-sélection, des courses black-types à foison, un commerce public et amiable florissant, des acteurs hyper-professionnalisés et un étalonnage en plein boom ?

Alliance Galop va avoir tout le temps de méditer l’échec de Génération Galop, passée en quatre ans du statut de triomphateur au statut de vaincu. Génération Galop a-t-elle trop voulu influencer la politique de France Galop ? L’exemple le plus marquant est la suppression de la prime à l’éleveur pour les "vieux" chevaux, suggérée par la mouvance Génération Galop et votée par dix des douze membres du CA de France Galop. Un an plus tard, la mesure a finalement été annulée… deux mois après la faillite de Génération Galop dans les urnes. En France, qu’on le veuille ou non, et on a le droit de le regretter, l’élitisme ne paie pas. La défense d’intérêts catégoriels non plus.

La Fédération du galop va-t-elle changer le paysage politique ?

En général, le paysage associatif évolue surtout à l’approche des élections. Une association se crée alors avec un objectif principalement politique : gagner des sièges au comité, voire au conseil d’administration de France Galop. Le plus récent exemple est la liste Alliance Galop, pur véhicule de conquête électorale… appuyé par une association historique, concrète et riche en adhérents : les AQPS.

Il est en revanche beaucoup plus rare qu’une association se crée avec pour objectif de recruter des adhérents, de proposer de vrais services et de s’inscrire dans le long terme. C’est pourtant le pari que va tenter la Fédération des éleveurs, qui devrait lancer prochainement sa Fédération des propriétaires – les deux associations formant ensemble la Fédération du galop.

Loïc Malivet est motivé par son succès dans les urnes. Il espère notamment convaincre les adhérents du Syndicat des propriétaires de la rejoindre.

En alliant propriétaires et éleveurs, de plat comme d’obstacle, de pur-sang et autres que de pur-sang (on pense à Paul Couderc et à son Anglo-arabie), et forte d’une vraie équipe de permanents (quatre, contre un dans la plupart des associations), la Fédération du galop peut devenir la grande association transversale représentative du galop français.

Quelle place pour la province dans la nouvelle mandature de France Galop ?

Après de nombreuses années de densification de l’offre courses et paris du côté du PMU (France et international), Cyril Linette, directeur général du PMU, et ses équipes ont fait un choix totalement opposé pour relancer le pari hippique en France : moins d’offre de courses comme de paris. "Dédensifier" l’offre pour moins disperser le parieur. Les hippodromes de province ont ainsi perdu un certain nombre de leurs réunions premium. France Galop a maintenu pendant un an la rémunération des hippodromes de province mais cette année c’est terminé.

Les petits hippodromes de province ont par ailleurs reçu en 2019 le soutien de Martine Leguille-Balloy, présidente du groupe Cheval de l’Assemblée nationale, pour un rééquilibrage de la répartition des ressources au profit des petits hippodromes. Un texte qui a été contré par Éric Woerth et vidé de sa substance, ce qui a entraîné un certain cafouillage au sein de l’Assemblée nationale. La partie n’est pas encore finie, si l’on en croit Martine Leguille-Balloy : « Les quatre plus gros hippodromes sont entretenus par les sociétés mères, et les municipalités dont ils dépendent ne leur reversent qu’une part minime. L’intérêt de quelques grosses sociétés de courses et de municipalités a primé sur l’intérêt général et les petits hippodromes. Nous ne baissons pas les bras et allons revenir encore mieux armés l’année prochaine. La relance des courses en France passe assurément par le maillage des hippodromes sur notre territoire. »

La province rapporte certainement moins au PMU et aux sociétés mères que les grands hippodromes parisiens… Mais sa valeur ajoutée est ailleurs : dans son rôle de formation et de recrutement, que ce soit de futurs professionnels ou propriétaires comme des parieurs. C’est aussi dans la convivialité de la province que l’on déclenche les vocations. Sans football amateur, il n’y a pas de Ligue 1.

Vers une interdiction de la cravache ?

Plus que jamais, en 2019, la cravache a été au centre de nombreux débats dans la plupart des grands pays de courses occidentaux : Royaume-Uni, États-Unis et Australie (membre du Commonwealth et à culture anglo-saxonne) et, dans une moindre mesure, en France. Il est logique que la France ait été moins impactée que ses camarades par ce débat, qui est alimenté par la véhémence des lobbies de "défense des animaux", traditionnellement bien plus puissants dans les pays anglo-saxons. Mais on peut très bien imaginer que la question de la cravache trotte dans la tête des officiels français. Par exemple, lors de la dernière conférence de la Fédération internationale des autorités hippiques, en octobre 2019, le docteur Paul-Marie Gadot s’était exprimé sur le sujet : « La cravache n’est pas un problème de bien-être. C’est un problème de perception et son effet est désastreux. » France Galop revoit d’ailleurs régulièrement ses règles quant à l’utilisation de la cravache : nous sommes passés de huit à six coups en février 2017 et de six à cinq coups en mars 2019. Au Royaume-Uni, par exemple, nous sommes à sept coups maximum durant le parcours en plat et huit coups en obstacle.

On peut très bien imaginer que, en 2020, des annonces fortes vont être faites sur la cravache comme outil de sollicitation. Peut-être même assisterons-nous à une course de vitesse entre les différentes autorités hippiques pour avoir l’honneur d’être le premier pays à interdire la cravache. Peut-être cela viendra-t-il de la France. Peut-être du Royaume-Uni, ce qu’a laissé entendre Nick Rust dans sa lettre annonçant son départ de la BHA, promettant des annonces sur le bien-être animal. Peut-être d’Australie, où les activistes ont été d’une virulence rare avant la Melbourne Cup et où la cravache est de plus en plus remise en cause. Peut-être des États-Unis, où le groupe Stronach a annoncé vouloir interdire la cravache sur ses hippodromes et où le California Horse Racing Board pousse vers la fin de la cravache… Parce qu’ils n’ont guère le choix.

Si nous étions à leur place, nous viserions une coordination mondiale avec une annonce et un calendrier de mise en œuvre uniques. Voilà qui aurait un impact majeur sur l’ensemble des habitants de notre planète.

À l’inverse, le faire à la queue-leu-leu et dans le désordre aura forcément beaucoup moins d’impact.