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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Institution : 2020 en 10 grandes questions (Partie 2/2)

International / 19.01.2020

Institution : 2020 en 10 grandes questions (Partie 2/2)

Brexit, Saudi Cup et réforme des courses américaines sous la pression animaliste : voici trois des grandes questions qui se posent pour les courses à l’international cette année.

Quelles conséquences le Brexit aura-t-il finalement?

Après des années de négociations, le Royaume-Uni devrait sortir de l’Union Européenne le 31 janvier prochain. Et face à la vindicte populaire qui a autre chose à faire de son argent, Johnson refuse de faire sonner Big Ben. Les interrogations autour des conséquences du Brexit pour les courses anglaises et européennes sont nombreuses : à quel point la circulation des équidés (transport, quarantaine, augmentation de la charge administrative), pour les courses ou l’élevage, va-t-elle être affectée ? Comment va réagir la livre sterling : peut-elle baisser drastiquement, ce qui aura une influence sur la valeur des allocations et sur l’enveloppe des acheteurs britanniques pour les ventes publiques françaises, tout comme pour les achats à l’amiable (on pense notamment au marché amiable très puissant de l’obstacle) ? Les courses britanniques vont-elles souffrir à trouver de potentiels nouveaux investisseurs ? Comment les sponsors vont-ils réagir ?

Beaucoup d’interrogations… Sans vraiment de réponse. Les effets du Brexit ne se feront pas connaître sur le court-terme puisque le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne sera assorti d’une période de transition jusqu’à – au moins – fin 2020. Concernant la circulation des équidés par exemple, France Galop a confirmé que l’accord tripartite entre la France, le Royaume-Uni et l’Irlande sera toujours valable pendant toute la période de transition… donc tout 2020. Un point positif pour la saison de monte ainsi que pour le Festival de Cheltenham, où les sauteurs irlandais sont nombreux.

La Saudi Cup, pour permettre à l’Arabie Saoudite de reprendre le leadership ?

La création d’une course à 20 millions de dollars est un événement majeur pour les courses hippiques, même si nous nous sommes habitués ces dernières années à voir surgir de terre ce l’on appelle les méga-courses. Le symbole de la création de la Saudi Cup et de sa réunion richement dotée par l’Arabie Saoudite va plus loin que la volonté d’attirer, dans le pays, les meilleurs chevaux et jockeys du monde.

L’Arabie Saoudite est un pays qui se veut en pleine mutation et tente d’affirmer sa place sur la scène politique internationale, au-delà de sa traditionnelle puissance économique liée au pétrole. Or le sport est l’un des meilleurs véhicules du "soft power" et de la "soft diplomacy". Avant l’Arabie Saoudite, le Qatar a aussi maîtrisé le sujet : championnat du monde d’athlétisme, prochaine coupe du monde de football, et grand meeting de courses hippiques… L’Arabie Saoudite utilise de plus en plus ce "soft power" pour s’imposer sur la scène internationale : elle a accueilli par exemple le plus mythique des rallyes, le Dakar, en 2020. Elle a tenu une des étapes du circuit de Formule E (la Formule 1 électrique) et fait tout pour obtenir un Grand Prix de Formule 1 dès 2023. Les courses hippiques sont aussi un moyen de prendre sa place sur la scène sportive internationale : bonne nouvelle, cela montre que les courses sont considérées comme un grand rendez-vous sportif, à portée politique. Outre les allocations, l’Arabie Saoudite a beaucoup investi pour cette réunion de la Saudi Cup : en créant une piste en gazon en un temps record, ou encore avec un budget communication conséquent.

Entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, c’est tendu et la création de la Saudi Cup est un exemple de "soft war" entre les deux pays. Elle aura lieu à une semaine des grandes réunions de l’Emir’s Sword du Qatar… mais sera un parfait tremplin vers la réunion de la Dubai World Cup !

Les États-Unis vont-ils réformer totalement leur modèle, sous la pression des activistes et du public ?

Pour les États-Unis, la question de la cravache n’est qu’une petite partie de l’iceberg. En 2020, c’est tout le modèle même des courses américaines qui pourrait commencer à évoluer : cravache… et surtout la médication. La pression des activistes anti-courses et du public – les lobbies sont les rois de la communication moderne – a pris une ampleur incroyable lors de l’hiver 2018-2019 à Santa Anita, où les accidents mortels se sont enchaînés. L’utilisation de la médication (Phenylbutazone et Lasix principalement) a été pointée du doigt. Les tensions ne se sont pas vraiment calmées au cours de l’année et ont atteint leur paroxysme à la Breeders’ Cup 2019, maintenue à Santa Anita. Malgré les protocoles de surveillance vétérinaire drastiques mis en place, il y a eu un accident mortel lors du meeting. Pas de chance : dans la plus grande épreuve du jour, la Breeders’ Cup Classic. Un événement qui a été autant – si ce n’est plus – médiatisé que la course en elle-même ! Une autopsie a été réalisée sur feu Mongolian Groom par l’un des vétérinaires les plus renommés des États-Unis et le rapport a d’ailleurs été entièrement publié comme gage de transparence.

Face à la grogne populaire, plusieurs autorités de courses américaines envisagent des mesures drastiques sur le Lasix : que ce soit du côté des hippodromes du groupe Stronach et de la California Horse Racing Board (avec Del Mar et Los Alamitos), du côté de la New York Racing Association ou de Churchill Downs, il y a une volonté affichée de commencer à éradiquer le Lasix dès 2020. La Kentucky Horse Racing Commission a aussi voté en faveur d’une interdiction progressive du Lasix dès 2020, dans les courses de 2ans. Du côté national, le Horseracing Integrity Act, qui pousse pour la création d’une autorité anti-dopage non gouvernementale ainsi que pour une politique sur la médication au niveau national (et non plus fédéral), a reçu le soutien de plus de la moitié de la Chambre des représentants aux États-Unis. Encore plus important : le dirt est remis en cause par quelques rares personnalités des courses américaines, qui plaident pour un retour de la polytrack, dont l’accidentologie est beaucoup plus faible.

Les États-Unis nous paraissent bien loin… Mais la morale de leur histoire est simple : il faut être proactif dans les questions liées au bien-être animal, et surtout ne pas attendre de se retrouver dos au mur et contraint par la vindicte populaire de changer du tout au tout.