ITM IRISH STALLION TRAIL 2020 - Coolmore relance le rêve américain

Magazine / 10.01.2020

ITM IRISH STALLION TRAIL 2020 - Coolmore relance le rêve américain

ITM IRISH STALLION TRAIL 2020

Coolmore relance le rêve américain

Les 10 et 11 janvier, l’Irish Thoroughbred Marketing organise la sixième édition de la version irlandaise de la Route des étalons : l’Irish Stallion Trail. Nous vous proposons de partir à la rencontre des haras qui font de l’Irlande l’un des plus grands pays d’élevage au monde.

Par Adrien Cugnasse

Prendre la route de l’Irish Stallion Trail, c’est un peu notre cure de jouvence à nous, les Français passionnés de course et d’élevage. Entre deux haras, le voyageur s’arrête dans un de ces pubs à l’ambiance boisée où l’on respire la passion du peuple irlandais pour le sport hippique. Si l’on croise des chevaux de toutes les couleurs et de toutes les tailles dans les herbages, ce sont bel et bien des pur-sang qui peuplent les murs des débits de boisson irlandais. Au sein de ce pèlerinage profane, une étape s’impose, dans un sanctuaire nommé Coolmore. Ici pas de reliques, mais une idole bel et bien vivante : Galileo (Sadler’s Wells). Du haut de son âge canonique – 22ans en 2020  il toise les foules en génuflexion devant son box. Lors de la seule journée de ce samedi, 1.500 personnes vont tenter d’obtenir un selfie de l’étalon qui fait la fierté de l’Irlande. Cela vous paraît beaucoup ? Et pourtant, Coolmore a dû fermer les inscriptions à cette deuxième journée dès le 3 janvier, alors que le nombre des visiteurs inscrits s’envolait comme un cheval au galop…

Au-delà des apparences. Malgré son omniprésence dans les pedigrees des meilleurs chevaux européens, sa réussite (jusqu’à présent) inégalée, et ses 70 fils étalons à travers le monde, Galileo n’est pas le père de la majorité des 23 étalons stationnés à Coolmore. Il n’a que 6 de ses fils à ses côtés (Gustav Klimt, Churchill, Highland Reel, The Gurkha, Gleneagles et Australia). C’est deux de moins que les descendants de Danzig (Northern Dancer) en lignée mâle dans cette cour d’étalons (US Navy Flag, Starspangledbanner, Fastnet Rock, Mastercraftsman, Holy Roman Emperor, Calyx, Magna Grecia et Rock of Gibraltar). Et c’est sans compter sur Storm Cat (avec Footstepsinthesand) et Sunday Silence (avec Saxon Warrior). Mais la lignée mâle de Galileo est encore plus minoritaire parmi les onze jeunes étalons du haras, c’est-à-dire ceux n’ayant pas encore eu de partants à cette date : il s’agit de Calyx (Kingman), Magna Grecia (Invincible Spirit), Ten Sovereigns (No Nay Never), US Navy Flag (War Front), Gustav Klimt (Galileo), Sioux Nation (Scat Daddy), Saxon Warrior (Deep Impact), Churchill (Galileo), Highland Reel (Galileo), Caravaggio (Scat Daddy) et The Gurkha (Galileo).

Abonnés à l’extraordinaire. Lorsque Sadler’s Wells (Northern Dancer) était au sommet sa gloire, John Magnier s’était laissé aller (ce qui n’est pas si courant) à une interview télévisée. Dans le rond des vainqueurs, il déclarait notamment : « Tout le monde sait que Billy McDonald a acheté la mère de Sadler’s Wells et que par un hasard incroyable nous l’avons récupérée. Elle a donné Sadler’s Wells, un très bon cheval de course, ce qui est toujours quelque chose de miraculeux. Il est ensuite devenu un bon étalon, ce qui est encore plus improbable. Encore plus incroyable, il s’est affirmé comme un père de pères, ce qui arrive une fois tous les cinquante ans. Nous avons beaucoup de chance de l’avoir, grâce à Dieu. » Dans un siècle, lorsqu’on se penchera sur le cas de Coolmore, le fait que trois étalons européens ayant donné le plus de gagnants de Stakes de l’histoire Sadler’s Wells (487 black types), Galileo (504 black types) et Danehill (581 black types) – aient officié dans le même haras apparaîtra comme toujours aussi incroyable. Il n’y a pas de martingale mais n’oublions pas que Marcel Boussac – le meilleur éleveur de l’histoire de France – a fait saillir outre-Manche à grande échelle et qu’il a fait appel à du sang américain à échelle régulière. Et seule la guerre avait empêché Federico Tesio de faire saillir hors d’Italie !

Comme un retour aux sources. Galileo n’étant pas éternel, Coolmore doit essayer un maximum de très bons prospects. Et pour trouver du sang neuf, les éleveurs européens ont testé beaucoup d’options avec plus ou moins de réussite. Coolmore fait pourtant le pari de revenir à la formule qui lui a tant réussi : des américains de naissance ayant effectué leur carrière de course en Europe (comme Danehill, Nijinsky et Sadler’s Wells) Ce coup de poker est peut-être en train réussir avec la descendance de Scat Daddy (Johannesburg). Son incroyable réussite malgré une disparition prématurée, tout le monde la connaît. Son fils No Nay Never a (déjà) réalisé trois exploits : passer de 17.400 à 150.000 € en l’espace de quatre saisons, être le deuxième étalon le plus cher de Coolmore à seulement 9ans et avoir un fils étalon dans ce même haras dès sa première génération. C’est selon toute vraisemblance un coup de trois totalement inédit. No Nay Never impressionne par son physique et son épaisseur. Il offre aux spectateurs une saisissante impression de puissance. Véritable diva, il porte tous les espoirs de Coolmore et son carnet de bal est volontairement allégé. On pense donc à l’avenir. Et l’avenir, cela passe aussi certainement par son fils Ten Sovereigns. Indemne du sang de Sadler’s Wells, il a affolé le chronomètre dans les Middle Park Stakes et la July Cup (Grs1). Tout juste débarqué d’Australie, ce poulain étendu a encore son physique de cheval de course. Hermine Bastide, la représentante française de Coolmore, nous a confié : « Ten Sovereigns était un cheval de course très dur, tout en étant très facile à entraîner. Il a énormément de vitesse et l’a montré une fois de plus dans sa victoire dans la Darley July Cup Stakes où il dominait de toute une classe Advertise (Showcasing). Tous les regards sont tournés vers No Nay Never et sa descendance, si bien qu’il est formidable de pouvoir proposer un de ses fils. Nous avons déjà beaucoup de demandes pour ce débutant. » Issu de la même lignée mâle, Caravaggio (Scat Daddy) est un très beau cheval, très athlétique, qui mérite le détour.

Dans la fabrique à étalons. À la fin du mois de novembre, Franco Raimondi avait réalisé un pointage des yearlings à l’entraînement chez Aidan O’Brien, c’est-à-dire la fabrique à étalons de Coolmore. À cette date, on trouvait 29 sujets issus d’étalons qui officient aux États-Unis. American Pharoah (Pioneerof the Nile), avec treize sujets, était le plus représenté des sires (devant Galileo donc). Parmi les produits du gagnant de la Triple couronne américaine, il y a un mâle issu de la lauréate classique Imagine (Sadler’s Wells), et les pouliches par les gagnantes de Gr1 Chicquita (Montjeu) et Peeping Fawn (Danehill). War Front (Danzig) est représenté par huit jeunes, dont le premier produit de la lauréate de l’Arc de Triomphe et de la Breeders' Cup Turf Found (Galileo), et la demi-sœur de Saxon Warrior. Pioneerof the Nile (Empire Maker) a deux mâles, alors qu’Uncle Mo (Indian Charlie) peut compter sur un demi-frère de Vino Rosso (Curlin) et deux pouliches par les gagnantes de Gr1 Bracelet (Montjeu) et Diamondandrubies (Fastnet Rock). Le jeune étalon d’Ashford Stud Air Force Blue (War Front), qui avait réussi la passe de trois dans les Grs1 Phoenix Stakes, National Stakes et Dewhurst Stakes à 2ans, peut compter sur trois de ses premiers produits chez le maître entraîneur.

Trois débutants en 2020. Outre Ten Sovereigns, Coolmore propose deux autres nouveautés en 2020. Calyx est le tout premier fils étalon de Kingman (Invincible Spirit). Lauréat des Coventry Stakes (Gr2), il a un pedigree aussi original qu’intéressant (pas de Danehill, de Sadler’s Wells ou de Storm Cat). Hermine Bastide précise : « Il est issu d’une de ces grandes familles Juddmonte qui apportent beaucoup de garanties. C’est un jeune étalon particulièrement intéressant. Il est le fils le plus rapide de Kingman et a toujours montré une pointe de vitesse très impressionnante en piste comme lors des Coventry Stakes où il battait entre autres Advertise, Shine So Bright (Oasis Dream)… » Son père Kingman est passé à 150.000 £ en 2020. Issu de la même lignée mâle, Magna Grecia (Invincible Spirit) est un lauréat classique – les 2.000 Guinées (Gr1) – avec un impeccable pedigree. À son sujet, Hermine Bastide détaille : « C’est un cheval calme, facile, qui couvre beaucoup de terrain en marchant. Les éleveurs du monde entier font confiance au label Coolmore car ils savent que nous avons un très haut niveau d’exigence en ce qui concerne les étalons que nous intégrons. Ils ne sont pas là par hasard ! » Alors que Saxon Warrior devrait avoir ses premiers foals cette année, c’est un cheval qui impressionne toujours autant grâce à son physique. Si Georges Stubbs était encore parmi nous, nul ne doute qu’il viendrait peindre Camelot (Montjeu). Ce magnifique cheval est l’archétype du classicisme. Au sein de la clientèle française de Coolmore, il fait toujours partie des deux ou trois étalons les plus demandés. C’est sur ses épaules que repose entièrement la pérennité de la lignée mâle de Montjeu (Sadler’s Wells), un sire qui a tant marqué l’histoire des courses françaises. Les Français sont aussi très fidèles à Mastercraftsman (Danehill Dancer) et Hermine Bastide poursuit : « Il faut remercier les éleveurs de France qui lui ont toujours fait confiance en lui envoyant de bonnes juments. Ils ont été récompensés par une réussite de premier plan en piste. C’est un exemple de régularité. »