ITM IRISH STALLION TRAIL 2020 - Une période faste pour les étalons des Aga Khan Studs

International / 12.01.2020

ITM IRISH STALLION TRAIL 2020 - Une période faste pour les étalons des Aga Khan Studs

Les 10 et 11 janvier, l'Irish Thoroughbred Marketing organisait la sixième édition de la version irlandaise de la Route des étalons : l'Irish Stallion Trail. Nous vous proposons de partir à la rencontre des haras qui font de l’Irlande l’un des plus grands pays d’élevage au monde.

Par Adrien Cugnasse

C’était en 1920, il y a tout juste un siècle : Teresina (Tracery) voyait le jour chez Lady Sykes en Angleterre. Durant l'été 1921, l'Aga Khan demanda à George Lambton de lui acheter des yearlings, de préférence des femelles. Parmi ces dernières, Teresina avait certainement une importance particulière aux yeux du grand-père de l’actuel Aga Khan car il lui donna le nom de la Begum Teresa Aga Khan. Après avoir gagné la Goodwood Cup et les Jockey Club Stakes, elle est devenue la première poulinière à donner un gagnant classique à l'Aga Khan : Theresina (les Oaks d’Irlande en 1930). Qui sait quel aurait été l’avenir des Aga Khan Studs sans ces succès de la première heure ?

La qualité et l’originalité. Près d’un siècle d’élevage, c’est considérable. Mais selon toute vraisemblance, rarement dans leur histoire, les Aga Khan Studs ont eu la chance de stationner en même temps deux étalons du calibre de Siyouni (Pivotal), en France au haras de Bonneval, et Sea the Stars (Cape Cross), en Irlande à Gilltown Stud. Pat Downes, directeur des haras irlandais de Son Altesse l’Aga Khan, nous a expliqué : « Accueillir un cheval comme Sea the Stars, pour le compte de la famille Tsui, c’est quelque chose d’exceptionnel. Et voir un cheval élevé par les Aga Khan Studs, comme Siyouni, connaître une telle réussite aux ventes et sur les pistes, cela l’est tout autant. » Il n’est pas courant de trouver des lauréats de Derby indemnes du sang de Sadler’s Wells (Northen Dancer) et Danehill (Danzig). C’est pourtant le cas de Sea the Stars et de son fils Harzand, l’autre étalon de Gilltown Stud. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun des cinq sires actuels des Aga Khan Studs n’est porteur du sang de Sadler’s Wells…

Une année cruciale pour Harzand. L’auteur du doublé Derby d’Epsom & Derby d’Irlande aura ses premiers 2ans en piste en 2020. Pat Downes poursuit : « En Irlande, le marché est très focalisé sur la vitesse et la précocité. Dans ce contexte, lancer un double lauréat de Derby n’est jamais facile. Les gens attendent que ces étalons fassent leurs preuves avec leurs premières générations avant de leur faire confiance. Et il est d’autant plus difficile d’émerger pour ces lauréats classiques, qu’ils ne saillissent pas toujours des books très larges. Les deux prochaines années seront donc cruciales pour Harzand. Nous savons déjà qu’il produit de très beaux poulains, des sujets bien dans leur tête, faciles à travailler. Et c’est ainsi qu’ils sont perçus par les courtiers et les entraîneurs [ses yearlings ont réalisé une moyenne de 46.500 € en 2019, alors qu’il était proposé à 15.000 € lors de ses deux premières saisons de monte, ndlr]. Les gens sont donc satisfaits du comportement de sa production à ce stade. »

Sea the Stars, la classe et le classicisme. Il est loin le temps où on reprochait à Sea the Stars de ne pas donner des 2ans. À seulement 14ans, il a déjà donné trois chevaux capables de monter sur le podium du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Taghrooda, Cloth of Stars et Sea of Class) ainsi que cinq lauréats classiques (Harzand, Sea of Class, Sea the Moon, Star Catcher et Taghrooda) et des chevaux d’âge de premier plan (Stradivarius et Crystal Ocean). Pat Downes détaille : « Lorsqu’il est entré au haras, les attentes étaient immenses. Mais je pense que le champion de madame Tsui a justifié l’accueil qui lui a été accordé à cette époque. Depuis qu’il a eu ses premiers partants, Sea the Stars a fait preuve d’une remarquable régularité parmi l’élite. Les éleveurs savent qu’il fait partie de ces quelques étalons dont on sait qu’ils peuvent donner des lauréats classiques. Mais désormais, Sea the Stars s’affirme aussi en tant que père de père. Son premier fils au haras, Sea the Moon, a de très bonnes statistiques et les Aga Khan Studs l’ont d’ailleurs utilisé avec succès. C’est un signe très positif et très encourageant pour Harzand qui a d’ailleurs reçu un certain nombre de juments françaises depuis ses débuts au haras. Les éleveurs français sont plus enclins à utiliser un cheval de distance intermédiaire comme lui que beaucoup d’Irlandais. Mais je suis persuadé qu’à l’avenir, les épreuves faisant appel à une certaine tenue resteront le cœur de la compétition hippique, comme c’est actuellement le cas. Pour avoir des chevaux compétitifs dans ces grandes épreuves, on ne peut pas utiliser que des étalons taillés pour donner des 2ans. Et le marché est considérable pour les chevaux à l’entraînement pouvant aller sur 2.000m et au-delà. »

À la recherche du successeur d’Invincible Spirit

Chaque année, plus de 125.000 personnes visitent l’Irish National Stud. L’entité réalise avec brio son ambition pédagogique et éducative. Mais c’est aussi un haras très dynamique, avec de jeunes étalons et de grandes ambitions.

En 2020, l’Irish National Stud lance Phoenix of Spain (Lope de Vega). À 2ans, ce lauréat des Ascomb Stakes (Gr3) s’est classé deuxième des Vertem Futurity Trophy Stakes (Gr1, ex Racing Post Trophy) de Magna Grecia (Invincible Spirit) et des Champagne Stakes (Gr2) de Too Darn Hot (Dubawi). Ce dernier, triple lauréat de Gr1, a été élu champion des 2ans de sa génération. À 3ans, dans les 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1), Phoenix of Spain a pris sa revanche sur Too Darn Hot, réalisant l’un des meilleurs chronos de l’histoire de la course. Il offrait à cette occasion un premier succès classique à son père Lope de Vega (Shamardal) qui fait partie des rares étalons à avoir atteint la barre des 100 black types. Élevé par Newtown Stud (Sheila et Cathy Grassick) pour le compte de Cherry Faeste, Phoenix of Spain a un pedigree très français.

Un Phoenix à l’accent français. Son père, Lope de Vega, a réalisé le doublé Poule d’Essai des Poulains & Prix du Jockey Club (Grs1). Sa deuxième mère, Special Lady (Kaldoun), avait donné naissance à Spécial Kaldoun (Alzao), lauréat de six Groupes dans l’Hexagone. Ses trois autres grands-parents ont brillé dans notre pays : Shamardal (doublé Poule d’Essai des Poulains & Prix du Jockey Club, Grs1), Lady Vettori (Prix du Calvados, Gr3) et Key of Luck (Prix Arenberg, Gr3). Ce dernier est un fils de la célèbre Balbonella (Prix Robert Papin, alors Gr1) et donc le frère d’Anabaa (Danzig), un étalon qui a si bien réussi en France. Phoenix of Spain est certainement le seul vainqueur de classique anglo-irlandais à porter les sangs de Kendor (Kenmare) et Kaldoun (Caro), deux sires qui ont profondément marqué l’histoire de l’élevage hexagonal. Les éleveurs français qui feront appel à ses services dans les années à venir seront donc en terrain connu !

Des soutiens de taille. Ces racines françaises ne détonnent pas à l’Irish National Stud, Rafha (Kris), la mère d’Invincible Spirit (Green Desert), ayant remporté le Prix de Diane (Gr1) ! Le jeune et dynamique Cathal Beale, qui dirige l’institution depuis près d’un an, nous a expliqué : « Invincible Spirit a toujours bien réussi en France. Mais pour lui, comme pour Phoenix of Spain, je pense que l’on peut parler de stature internationale. Phoenix of Spain a un papier et des performances qui parlent à tous les éleveurs d’Europe ! C’est un vrai outcross : indemne des sangs de Danehill (Danzig) et Sadler’s Wells (Northern Dancer), ce qui est rare pour un lauréat classique de nos jours, il a donc aussi un véritable intérêt en matière de diversité. C’est une opportunité pour les nombreuses juments descendant de Galileo (Sadler’s Wells). La lignée maternelle de Shamardal (Giant’s Causeway) a frappé très fort en 2019. » Le jeune étalon a des soutiens de taille et Cathal Beale détaille : « Phoenix of Spain est un grand cheval, qui marche vraiment bien. Il a une foulée de galop énorme, dont l’amplitude mesurée est proche de celle d’un Frankel (Galileo) ! C’est un cheval avec une impressionnante vitesse de croisière, tout en étant vraiment un 2ans de grande classe. Nous avons acquis une participation dans le cheval après les Vertem Futurity Trophy Stakes et nous sommes les porteurs majoritaires, comme pour tous les étalons stationnés ici. Il a été syndiqué et sera liste pleine en 2020. Phoenix of Spain bénéficie de soutiens majeurs, à l’image de S.F. Bloodstock qui va lui envoyer dix juments de classe. Nous allons aussi lui envoyer une dizaine de très bonnes juments. Et des éleveurs de référence des quatre coins de l’Europe ont aussi réservé des saillies. »

Des jeunes étalons pour bâtir l’avenir. L’impact d’Invincible Spirit sur l’Irish National Stud a été considérable, sur le plan financier mais aussi de la notoriété. L’ambition est donc de lui trouver un successeur et Cathal Beale poursuit : « Invincible Spirit avait montré de la classe à 2ans tout en étant capable de progresser par la suite. C’est exactement ce que propose Phoenix of Spain, comme ses aïeux Shamardal ou encore Giant’s Causeway. Nous avons aussi la chance d’accueillir un de ses meilleurs fils avec National Defense, lequel avait montré une classe assez incroyable à 2ans. C’est d’ailleurs le seul champion à 2ans par Invincible Spirit disponible en Irlande ou en Angleterre. Ses premiers produits se sont bien vendus et nous croyons beaucoup en lui. Lors de sa première saison de monte, il a reçu un coup qui a perturbé son activité, si bien qu’il n’a pas pu saillir autant que prévu. Mais tout est rentré dans l’ordre. Son pedigree et ses performances attestent du fait qu’il a de vraies chances de s’imposer en tant qu’étalon. Invincible Spirit est encore de tous les combats et de toutes les réussites, en piste comme sur les rings. Il est complet pour cette année et sa fertilité a toujours été remarquable. C’est désormais un père de père reconnu en Europe comme en Australie. Il est incroyable d’avoir un tel cheval. Enfin, les premiers produits de Decorated Knight (Galileo) sont nés en 2019 et il est impressionnent de voir le soutien que ses propriétaires lui apportent en achetant des juments exceptionnelles, comme ils l’ont encore fait cet hiver. C’est un signe de confiance tout autant exceptionnel. »