La retraite ? Non merci !

Magazine / 07.01.2020

La retraite ? Non merci !

Par Franco Raimondi

L’hippodrome de Maronas, en Uruguay, était plein à craquer ce lundi pour fêter les adieux de Pablo Gustavo Falero dans le Gran Premio Jose Pedro Ramirez (Gr1), l’Arc de Triomphe local. Le pilote, qui compte plus de 9.600 victoires, n’a pas pris sa retraite à 53 ans. Il a tout simplement changé de métier et il s’occupera d’entraîner 18 chevaux du haras Vacacion.

Ibrahimovic et l’adrénaline. Falero s’est classé quatrième en selle sur Olympic Harvard (Drosselmeyer) dans une course dominée par le jeune crack local, Ajuste Fiscal (Ioya Bigtime). Il portait une casaque rouge et noire comme celle de Zlatan Ibrahimovic qui, quelques heures plus tôt, à 38 ans, a fait son retour sur la pelouse de San Siro avec le maillot du Milan AC. L’ancien crack du football gagnera 3,5 millions pour un contrat de six mois mais, quand on lui a demandé pourquoi il revenait dans une équipe qui ne peut même pas gagner le tournoi du quartier, il a répondu : « Je cherche l’adrénaline, j’aime faire vibrer le stade. » Comme n’importe quel athlète, à deux ou quatre jambes, Ibrahimovic avait "besoin d’une course" après trois mois d’absence mais, même en jouant sur un mètre carré et avec des chaussures en béton, il reste le meilleur footballeur de son équipe.

Ricardo, 58 ans et l’objectif 13.000. Le métier de jockey est bien plus dangereux et c’est pour ça que Pablo Falero a décidé de raccrocher ses bottes après une tournée d’adieu façon Rolling Stones. Il a terminé sa dernière saison avec 227 victoires en 1.401 courses, des chiffres qui ne sont pas très loin de ceux de la Cravache d’or 2019 Maxime Guyon (234 victoires pour 1.478 montes), qui est né en 1987, quand Falero avait (déjà !) décroché son premier titre de champion d’Uruguay. Avant Noël, lors de l’étape de San Isidro de sa tournée d’adieu, Falero et le recordman des jockeys, Jorge Ricardo, en larmes, se sont embrassés un long moment. Le Brésilien, qui fêtera ses 59 ans en septembre, est encore bien actif malgré une terrible chute qui l’a contraint à 156 jours d’absence, de mai à fin octobre, quand il a retrouvé les hippodromes avec un objectif : 13.000 victoires. Il lui en manque une vingtaine et, d’ici quelques semaines, on reparlera de lui.

Mike Smith, 54 ans, ses Grs1 et ses dollars. Il ne s’agit pas d’une simple question d’adrénaline ou de battre des records, quitte à se casser sept vertèbres comme ce fut le cas de Ricardo. Jockey, comme tous les métiers des courses, est un travail de passion, qui n’a pas de limite d’âge. Le 28 décembre, lors de l’ouverture du meeting de Santa Anita, Mike Smith, 54 ans, a remporté deux Grs1 et il a ainsi décroché le record américain avec 217 succès au top niveau. Il pourrait prendre sa retraite après 5.556 victoires et 328,15 M$ (293,43 M€) de gains accumulés par ses montes tout au long de 37 ans de carrière. Depuis cinq ou six années, le pilote surnommé Big Money a réduit ses apparitions en piste : pas de petites courses, que les grands rendez-vous, au point qu’en 2019 il a monté 275 fois et ses chevaux ont gagné quand même 10,11 M$ (9,04 M€), une moyenne de 36.760 $ (32.871 €) par course. La tête de liste américaine par les gains, Irad Ortiz, a signé un nouveau record avec 34,1 M$ (30,49 M€) mais sa moyenne est de 22.499 $ (20.119 €).

Dettori, 49 ans, meilleur que jamais. Il faut se gérer pour durer. Lanfranco Dettori aura 50 ans en décembre prochain et il a réduit ses engagements. En 2019, avec à la clé son record de Grs1, il a monté 255 courses en Angleterre, 33 en France, 14 en Irlande, 21 au Japon, plus une autre vingtaine autour du monde. Cela représente environ 350 courses, mais il a établi son record de gains en Angleterre avec 7,73 millions de livres (9,08 M€) et il faut ajouter à ça les 3,27 M€ en France et les allocations dans les autres pays. En 1994, quand il était devenu Champion Jockey avec 233 victoires, le jeune Dettori (il avait 23 ans) avait cumulé un peu plus de deux millions de livres.

Glen Boss, 50 ans, sur l’Everest. Le vieux Dettori est bien meilleur que le jeune Dettori, car les grands pilotes ne vieillissent pas. Ils deviennent plus forts et plus sages. En 2019, le Brésilien Carlos Lavor a gagné à 50 ans le Gran Premio Carlos Pellegrini, et l’Australien Glen Boss, même âge, a fait son retour au pays après une période à Singapour pour remporter deux mythes que sont le Doncaster Mile (Gr1) et l’Epsom Handicap (Gr1) ainsi que le sprint le plus riche du monde, The Everest, et le flambant neuf The Golden Eagle, qui offrait 7,5 millions de dollars australiens (4,65 M€) d’allocations. Quand il était parti pour Singapour, les mauvaises langues avaient dit que le pilote, qui avait gagné trois fois (de 2003 à 2005) la Melbourne Cup (Gr1) avec la championne Makybe Diva (Desert King), était cuit. Il est un jockey à l’ancienne, au point que pour gagner une course il a tapé à l’ancienne et les commissaires n’ont pas apprécié, en lui infligeant une mise à pied qui l’a obligé à renoncer à la monte de Constantinople (Galileo) dans la Melbourne Cup.

Robbie Fradd, 55 ans, le Keith Richards. Ce samedi, Glen Boss montera Profit (Dundeel) dans les Magic Millions 3YO Guineas, avec 2 millions de dollars australiens (1,24 M€) d’allocations mais il ne sera pas le plus âgé du vestiaire. Robbie Fradd, 55 ans et un visage à la Keith Richards, sera en selle sur Wisdom of Water (Headwater), un des concurrents les plus en vue dans le Magic Millions 2YO Classic, un sprint pour les juniors lui aussi doté de deux millions. Robbie a quitté l’Afrique du Sud il y a plus de vingt ans et il a fait le tour du monde avec des étapes un peu partout. Champion Jockey à Hongkong pendant deux saisons à partir de 1999, il s’est installé ensuite à Singapour. En 2010, il fut crucifié par une courte défaite dans le Golden Shaheen (Gr1) à Dubaï en selle sur l’idole Rocket Man (Viscount). Pas grave, il a repris ses valises et il a trouvé son port dans le Queensland en Australie. Il a gagné 126 courses sur 712 montes en 2019.

Gérald Mossé, 53 ans, et encore des rêves. La retraite peut bien attendre. Gérald Mossé a fêté ses 53 ans vendredi et il vient de terminer son année 2019 avec sept succès dans les Groupes, dont cinq en Angleterre, où les courses sont les plus dures. Il est en pleine forme et il a de nouveaux projets pour son avenir, de jockey bien sûr. L’Italien Fernando Iovine, 51 ans dimanche, a décidé de reprendre sa licence dix ans après avoir quitté les courses sur deux succès. Les hippodromes lui manquent et il est en train de préparer ses bagages pour une destination encore top secret. Dans les courses, on ne vieillit pas. C’est vrai pour les jockeys mais aussi pour les entraîneurs. On peut changer de profession, comme c’est le cas de Luca Cumani, qui est devenu éleveur, mais la retraite… on la laisse aux autres !