Tom Ryan : « Nous évaluons les prospects étalons sur leurs meilleures performances, pas sur la dernière »

International / 16.01.2020

Tom Ryan : « Nous évaluons les prospects étalons sur leurs meilleures performances, pas sur la dernière »

C’est désormais un acteur important de l’étalonnage en Europe. S.F. Bloodstock, la branche équine de Soros Fund Management, est associé sur (au moins) une dizaine d’étalons à travers le monde, dont deux en France en 2020. Tom Ryan nous a levé le voile sur une partie de cette organisation internationale.

Par Adrien Cugnasse

Mondialement connu pour ses sorties retentissantes sur les marchés financiers, George Soros est le moteur de S.F. Bloodstock. Cette entité a été créée en 2008 par Gavin Murphy, un Australien basé aux États-Unis, dans le but d’investir dans des poulinières et des étalons au niveau international. La structure est managée par Tom Ryan, un Irlandais installé au Kentucky.

Partout… sauf en Angleterre. Parmi les étalons américains actifs dans lesquels l’entité a investi, on peut citer Justify (Ashford Stud, 150.000 $), Catholic Boy (Claiborne Farm, 25.000 $), Exaggerator (WinStar Farm, 20.000 $), Yoshida (WinStar Farm, 20.000 $), Flintshire (Hill 'n' Dale Farm, 15.000 $)… En Irlande, S.F. Bloodstock a notamment des parts de Phoenix of Spain (Irish National Stud, 15.000 €) et de son père Lope de Vega (Ballylinch Stud, 100.000 €). En France, on peut citer Almanzor (haras d’Étreham, 35.000 €) et Dream Ahead (haras de Grandcamp, 12.000 €). En Australie, c’est le cas de Capitalist (Newgate Farm, 55.000 AUD). S.F. Bloodstock a donc des participations dans des étalons un peu partout à travers le monde. Mais pas en Grande-Bretagne ! Tom Ryan nous a expliqué : « Nous n’avons aucun frein à l’investissement en Angleterre. C’est plus une question d’opportunités. Je suis né en Irlande et j’ai de bonnes relations avec les professionnels de ce pays. J’ai aussi développé de réelles amitiés avec certains Français sur la dernière décennie. » C’est d’ailleurs chez Willie Mullins qu’il effectué ses premiers pas et il se souvient avec nostalgie de cette période : « J’ai adoré cette expérience ! Cela m’a beaucoup aidé car je n’étais pas très beau à voir sur un cheval de course. Mais j’ai tenu le coup et je suis allé jusqu’au bout ! Lorsque je suis parti, j’ai intégré la formation de l’Irish National Stud, en ayant le sentiment d’avoir franchi les étapes dans le bon ordre. »


Le passé et l’avenir. Parmi les anciens étalons de S.F. Bloodstock, on peut citer les ex-français Myboycharlie (vendu en Turquie cet hiver) et Astronomer Royal (en Australie), mais également Super Saver (vendu en Turquie) et Pioneerof the Nile (mort prématurément), le père d’American Pharoah (Pioneerof the Nile). L’entité a aussi le regard tourné vers l’avenir avec Eight Rings (futur étalon de Coolmore aux États-Unis), lequel était favori de la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1) après sa victoire dans les American Pharoah Stakes (Gr1, ex Norfolk Stakes) et Hello Youmzain (qui fera la monte au haras d’Étreham en 2021). Mais dans l’immédiat, c’est la réussite des foals d’Almanzor, avec un prix moyen de 105.000 € aux ventes, qui occupe le centre de l’attention : « Je ne suis pas du tout surpris de leur attractivité commerciale. Dans l’ensemble, ce sont des chevaux très athlétiques, avec beaucoup de présence. Almanzor était un poulain incroyable doué. Lorsqu’il a gagné les Irish Champion Stakes et leur version anglaise, son changement de vitesse avait impressionné énormément de monde. »

Éleveur et propriétaire. S.F. Bloodstock est aussi actif sur les hippodromes, étant par exemple copropriétaire, pendant leur carrière de course, de trois chevaux actuellement eu haras : Super Saver (Maria’s Mon), gagnant du Kentucky Derby (Gr1) en 2010, Capitalist (Written Tycoon), lauréat du Golden Slipper (Gr1), ou encore d’Exaggerator (Curlin), gagnant des Preakness Stakes, du Santa Anita Derby et des Haskell Invitational Stakes (Grs1). Mais c’est aussi en tant qu’éleveur que l’entité brille ces dernières années. Tom Ryan précise avec une certaine pudeur : « Nous avons élevé plusieurs bons chevaux, mais je pense que le meilleur est à venir. » Il faut néanmoins citer les succès de Lope Y Fernandez (Lope de Vega), gagnant des Round Tower Stakes (Gr3), Jemayel (Lope de Vega), lauréate du Prix Saint-Alary (Gr1), Weary (Astronomer Royal), deux fois deuxième de Gr1 en Australie, Stella Path (Astronomer Royal), lauréate du Prix des Réservoirs (Gr3), Dark Vision (Dream Ahead), gagnant des Vintage Stakes (Gr2), Nyaleti (Arch), lauréate des 1.000 Guinées allemandes (Gr2), Tom's d'État (Smart Strike), gagnant des Clarck Stakes (Gr1), Ride like the Wind (Lope de Vega), lauréat du Prix Djebel (Gr3), Salai (Myboycharlie), deuxième du Prix Paul de Moussac (Gr3)…

De l’art de lancer des étalons. S.F. Bloodstock a pris son envol à partir de 2010, lors d’achats de poulinières de premier plan (notamment les mères de Mastercraftsman et de Canford Cliffs). Une simple lecture du paragraphe précédent laisse entrevoir le fait que l’entité utilise en majorité sa jumenterie avec ses propres sires. À ce sujet, Tom Ryan explique : « Soutenir nos étalons, c’est notre priorité. L’année dernière, nous avons envoyé six juments à Lope de Vega. Deux ont pris l’avion pour les États-Unis. Nous en avons vendu deux pleines et nous attendons les foals des deux autres. » Concernant le nombre de juments stationnées en France, il poursuit : « Nous adaptons ce chiffre en fonction de nos investissements : cela dépend vraiment du nombre dont nous avons besoin pour aller à nos étalons. Selon les années, nous avons de deux à 25 juments dans l’Hexagone. » En Irlande, le soutien apporté à Lope de Vega a été payant et S.F. Bloodstock va envoyer une dizaine de très bonnes juments à son fils en 2020 : « Phoenix of Spain avait montré beaucoup de classe dans les 2.000 Guinées d’Irlande après une remarquable saison à 2ans. C’est un cheval qui en impose physiquement et qui était à l’aise en terrain rapide, deux signes de qualité chez un prospect étalon. S’il a ne serait-ce qu’une partie de la capacité de son père à produire des chevaux de premier plan, ce sera déjà une réussite extraordinaire. » À la fin du mois de décembre, Tom Ryan avait déclaré dans le TDN : « Nous évaluons les prospects étalons sur leurs meilleures performances, pas sur la dernière. Phoenix of Spain avait déjà le niveau Groupe à 2ans et il a fait preuve de beaucoup de classe au niveau classique l’année suivante. Il n’y a pas si longtemps, nous achetions une partie de Lope de Vega après trois défaites successives où il était battu avec un cumul de 32 longueurs… La classe résiste au temps et Phoenix of Spain en a beaucoup. »

Le philanthrope. George Soros est aussi connu pour être un grand philanthrope international. Et il est peu surprenant de constater que S.F. Bloodstock a fait un don de 100.000 $ pour financer le manège du New Vocations Racehorse Adoption Program, c’est-à-dire la version américaine d’Au-delà des pistes. Tom Ryan déclare : « Si nous ne sommes pas capables d’accompagner nos athlètes au moment de leur retraite, en les aidant à trouver une reconversion, à quoi bon investir dans cette filière. Nous nous sommes toujours sentis responsable de l’avenir de nos chevaux, quel que soit leur niveau de performance en compétition. » À titre personnel, Tom Ryan est actionnaire du restaurant Graze à Lexington et il nous a confié : « J’aime beaucoup le curry, mais toute la carte est délicieuse ! »